Enquête : 2.000 Réunionnais interrogés sur ce qu’ils mettent dans leur assiette

Une enquête sociologique menée par l’IRD doit permettre de questionner les changements d’habitudes alimentaires des Réunionnais, mais aussi d’en savoir plus sur leur rapport à la nourriture, en fonction de leur situation économique et sociale. L’objectif est de fournir des outils d’analyse pour les politiques publiques sur l‘alimentation et la santé.
En 2007, la sociologue Laurence Tibère avait déjà mené une enquête sur les habitudes alimentaires des Réunionnais, lesquelles habitudes avaient amplement été modifiées par le développement d’une société de consommation accueillie avec une forme de libération à la fin du XXe siècle. La fin d’un temps où l’absence de choix et la pénurie étaient la norme.
« Cela a été une révolution. Je n'ai pas de jugement de valeur, mais voilà, il y a toute cette question-là, celle de la société de consommation, qui est aussi la société du désir, en fait. Elle est arrivée avec une espèce d'abondance », souligne la socio-anthropologue de l’alimentation Laurence Tibère.
Près de 20 ans après, elle est à la tête d’une nouvelle enquête sociologique sur les pratiques alimentaires des Réunionnais menée dans le cadre du projet OR-ALIM (Observation et recherche sur l’alimentation) auquel s’associent plusieurs institutions et universités *. Son financement est assuré par l’Union européenne via le programme Feder-FSE+ piloté par la Région.
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L’enquête, qui sera menée auprès de 2.000 Réunionnais âgés de 16 ans et plus à compter du 26 mars et jusqu’au mois de juillet, doit permettre de documenter les changements opérés dans la société réunionnaise, en fonction des bassins de vie (Hauts et littoral…) ou des situations sociales et économiques.
Le coût des aliments, principal facteur d'achat
À l’île Maurice, où la même enquête vient d’être achevée, certaines personnes interrogées sur leurs aspirations en termes de nourriture auraient répondu qu’elles souhaiteraient simplement pouvoir faire deux ou trois repas par jour. À La Réunion, les arbitrages socio-économiques se traduisent surtout par l’achat de produits importés et à bas coût en grandes surfaces.
« Nous avons de plus en plus de gens qui ont recours à la banque alimentaire. Donc, nous avons une question sur le lien social autour de l'alimentation, pour savoir si les gens reçoivent des dons alimentaires, y compris de la famille. Est-ce qu’eux-mêmes donnent ? Est-ce qu'ils sont invités ? Est-ce que nous sommes toujours capables de former un tissu social autour des plus vulnérables ? », interroge Laurence Tibère, en évoquant les expérimentations réussies de la sécurité sociale de l’alimentation à Montpellier ou à Toulouse, ainsi qu’une tentative locale menée à Trois-Bassins.
Outre les adultes, une enquête similaire sera menée sur 400 adolescents âgés de 12 à 15 ans. L’ensemble des données anonymes récoltées doit permettre de fournir des informations susceptibles d’être utilisées comme des outils d’analyse et décision pour les politiques publiques futures en matière d’alimentation et de santé. Et pourquoi pas d’inciter agriculteurs et acteurs économiques à se positionner en faveur de la politique de souveraineté alimentaire soutenue par les services de l’État. L’idée d’un Observatoire régional de l’alimentation, dont les contours restent à définir, serait aussi à l’étude.
*Union européenne, FEDER, Région, IRD, ARS, ANSES, INRAe, Cirad, Université de La Réunion, Université de Maurice et Université de Toulouse.


