Revenir à la rubrique : Faits divers

Elle fait croire qu'elle est enceinte puis drogue sa cousine pour tenter de lui enlever son bébé

Le tribunal de Saint-Pierre s'est penché sur une affaire rocambolesque de tentative de “soustraction d'enfant”, digne d'un film. Au cœur du scénario, Sonia*, à la personnalité atypique, qui a fait croire être enceinte et avoir donné naissance à un sixième enfant.
Ecrit par P.B. – le lundi 7 octobre 2024 à 05H51

Sonia* entre sur le radar de la justice en mai 2020. Dans cette affaire de tentative d'enlèvement à tiroirs et à nombreux rebondissements, tous ont été aspirés dans la spirale de mensonges créée par cette maman de 5 enfants.

Sonia, 40 ans au moment des faits, séparée depuis quelque temps du père de ses enfants, est de nouveau en couple mais chacun continue de vivre à son domicile. Sonia raconte à qui veut l'entendre qu'elle est enceinte de son nouveau compagnon. Cosy, parc de jeux, vêtements... tout est prêt pour accueillir le dernier de la fratrie. Mais le doute commence à s'immiscer chez ses proches. Le ventre de cette maman ne parait pas vraiment s'arrondir, remarquent-ils. “ Je le porte dans les reins”, rétorque-t-elle aux méfiants.

“Une spécialiste de la PMI”

C'est peut-être parce qu'elle sentait le moment fatidique arriver qu'elle a décidé de s'en prendre à sa petite cousine qu'elle n'a pas fréquentée depuis des années et de lui enlever son fils. Kelly*, à peine 17 ans, vient d'accoucher de son premier enfant, 10 jours auparavant. La jeune fille souffre d'une légère déficience mentale. Sonia l'appelle non pas pour la féliciter mais pour se faire passer pour “une spécialiste de la PMI”. Kelly doit absolument la rejoindre devant l'église de la Ravine des Cabris avec son bébé pour des soupçons de maltraitance. Interloquée mais apeurée, la jeune maman s'exécute. Elle retrouve une dame, masque chirurgical sur la bouche et lunette de soleil sur le nez au point de rendez-vous. Immédiatement, “la dame de la PMI” l'a pressée de boire une brique de jus déjà ouverte pour réaliser un test de diabète. Kelly doit également embarquer dans la voiture pour aller à l'hôpital de Saint-Louis, assure la “spécialiste de la petite enfance” qui n'a pourtant pas de siège bébé, note la jeune maman qui commence à avoir l'esprit embrumé.

Saint-Louis, Le Tampon et enfin la Plaine des Cafres. La jeune femme, bébé dans les bras, a à plusieurs reprises perdu connaissance sur le trajet.

Droguée au Zopiclone

Arrivée chez Sonia en réalité, cette dernière lui propose une deuxième fois de boire du jus et propose même du lait pour le bébé. Heureusement, Kelly a gardé son téléphone et est parvenue à appeler sa tante qui finit par reconnaitre leur cousine Sonia. Démasquée, elle n'a d'autre choix que de ramener la mère et l'enfant chez eux. Son plan pour l'enlever échoue.

Kelly, toujours dans un état second, est emmenée aux urgences. La jeune maman a été droguée au Zopiclone. Un médicament hypnotique et sédatif prescrit à courte durée en traitement de l'insomnie. Un signalement est fait et l'enquête démarre.

Les mensonges de Sonia vont alors mener les investigations vers le pire des scénarios. Interrogée, Sonia va d'abord confirmer être enceinte puis avoir accouché, allant jusqu'à produire un certificat de grossesse, une échographie, un certificat de naissance, un carnet de santé, des déclarations à la CAF... Sonia envoie des photos du bébé au père, mais prétexte que l'enfant est malade et est resté hospitalisé. Des photos qu'elle a prises en s'introduisant dans la nursery de la maternité du CHU.

Après la tentative d'enlèvement, une enquête pour assassinat ouverte

Pourtant, alors que tout indique son existence, personne n'a en réalité jamais vu l'enfant. Une enquête est ouverte pour assassinat d'un mineur de moins 15 ans par ascendant. Le père de l'enfant est mis en examen. Du sang est retrouvé dans le frigo et un chien est déterré dans le jardin de Sonia mais toujours aucune trace de l'enfant. En 2021, devant un juge des enfants, Sonia livre qu'elle a en fait une fausse couche. Peu de temps après sous la pression de son conjoint, Sonia finit par avouer n'avoir jamais été enceinte. Pire, les enquêteurs découvrent encore un mensonge. Malade d'un cancer, Sonia a subi une ablation de l'utérus en 2013... Les poursuites à l'encontre du conjoint pour assassinat sont évidemment levées.

Après plusieurs renvois et avocats qui ont jeté l'éponge face à une Sonia, instable et qui ne cesse de varier de versions, l'accusée se présente seule à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Sonia est poursuivie pour faux et usage de faux documents qu'elle a falsifié attestant la naissance de son dernier fils ; pour administration de substance nuisible avec préméditation ou guet-apens ; pour tentative de soustraction d'enfant, mais aussi pour conduite sans permis.

"Égocentrique et manipulatrice”

“J'ai beaucoup menti, c'est vrai. J'ai fait pas mal de tort mais aujourd'hui, j'ai besoin d'avancer”, exprime Sonia dans le prétoire, perplexe. Sonia explique être tombée “dans une dépression, une spirale” après la séparation avec le père de ses enfants. Ce dernier en ayant récupéré la garde. “ C'était la période du Covid, ma fille de 18 ans venait d'accoucher mais refusait de me voir. Je ne pouvais plus jouer mon rôle de mère et de grand-mère”. La pauvre Kelly, "ressemblait un peu à ma fille. Je voulais lui donner des conseils”. Les explications fournies par Sonia semblent en décalage total avec la gravité des faits qui lui sont reprochés. La prévenue reconnait les mensonges, avoir mis le médicament dans le jus, mais pas la tentative d'enlèvement.

Les expertises psychiatriques concluent à l'absence de maladie mentale mais assurent d'une “personnalité égocentrique et manipulatrice”.

“Elle n'a pas été digne des réponses qu'on attendait d'elle”, regrette Me Sameidha Mardaye. Le conseil de Kelly et de son fils âgé aujourd'hui de quatre ans déplore également “ les larmes de crocodiles, les 'j'entends bien” et les yeux grands ouverts d'étonnement” de la prévenue dans ce “dossier rocambolesque digne d'un film tiré par les cheveux”, à l'image d'un remake du terrifiant “La main sur le berceau”.

Mensonges et enlèvements "parfaitement fomentés”

“Elle a fait exister un enfant administrativement jusque dans le bureau d'un juge des enfants”, s'étonne encore la procureure. “Le mode opératoire était parfaitement fomenté”. Tout comme la tentative de soustraction d'enfant. “Elle sait l'impact qu'a une professionnelle de santé sur une jeune maman. Et le trajet avec plusieurs détours avait pour seul intérêt que le médicament administré avec préméditation fasse effet”. Les expertises concluant également à un risque de récidive, la procureure a demandé trois ans de prison avec mandat de dépôt différé ; un suivi socio-judiciaire ; une obligation de soins, une interdiction de contact et de paraitre au domicile des victimes, mais aussi une interdiction définitive d'exercer une activité professionnelle avec des mineurs.

Pour sa dernière prise de parole avant la clôture des débats, Sonia a préféré se taire.

Le délibéré de cette affaire incroyable est attendu pour le 7 novembre prochain.

 

*prénoms d'emprunt

Dans la même rubrique

0💬
Tri :