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Elle a quitté le foot au sommet pour le théâtre, l’incroyable virage de la Réunionnaise Océane Caïraty

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le dimanche 8 mars 2026 à 06H22
Capture d'écran X (chaîne OL).

D’un HLM de Saint-Denis aux planches d’Avignon. Trois fois championne de France avec l’Olympique Lyonnais Féminin, passée par les sélections jeunes de l’équipe de France, la Réunionnaise Océane Caïraty a pourtant quitté le football à 25 ans. Un choix radical pour suivre une autre passion, le théâtre et la scène. Rencontre, en marge de la Journée internationale des droits des femmes, avec une Réunionnaise libre qui a troqué les crampons contre les planches.

Il y a des trajectoires qui bifurquent brusquement, comme un tir soudain qui change la direction du jeu. Celle d’Océane Caïraty en fait partie. Et quel incroyable virage. Née et élevée à Saint-Denis de La Réunion, dans le quartier du Ruisseau, la jeune fille jouait d’abord au football comme on joue dans une cour d’école, par instinct et par plaisir.

"On jouait le samedi avec les garçons et puis je gérais, comme on dit", raconte-t-elle timidement aujourd’hui, installée à Paris, devenue comédienne.

Révélation

À l’époque, elle ignore même que le football féminin existe. La révélation viendra d’un film. "J’ai vu qu’il y avait des filles qui jouaient au foot, mais je ne le savais pas, moi. Du coup j’ai demandé à mon grand frère de m’inscrire dans une équipe."

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Tout s’enchaîne très vite. Inscrite à Saint-Denis, elle s’entraîne à Champ-Fleuri. Quelques mois plus tard, la voilà déjà en tournoi en métropole. Un tournoi à Vichy précisément, qui, malgré une dernière place pour la sélection réunionnaise, change le cours de sa vie.

Un recruteur de l’Olympique Lyonnais Féminin la remarque. "Ils sont entrés en contact avec monsieur Payet (son entraîneur de l'époque, NDLR). Et un an après, j’ai été recrutée à Lyon. Mais ça dépendait aussi de mes résultats à l’école."

Elle n’a que quinze ans lorsqu’elle quitte son île.

À Lyon, la carrière s’emballe. Entre 2005 et 2010, la jeune Réunionnaise remporte trois titres de championne de France et passe par les sélections jeunes de l’équipe nationale. Une réussite sportive impressionnante. Pourtant, quelque chose manque. "Je n’avais plus le cœur à jouer au foot. Je m’ennuyais en fait, tout simplement."

Le rêve d’enfant, une fois réalisé, ne produit pas la joie espérée. "C’était mon rêve avant d’y être. Mais quand j’y étais, ce n’était pas aussi accomplissant. Je n’ai pas ressenti de joie particulière."

À l’époque, le football féminin n’a pas encore pris l’ampleur qu’il connaît aujourd’hui. Les joueuses sont logées et salariées par des montages parfois précaires. "Elles avaient un logement de fonction et une voiture de fonction, mais elles faisaient des boulots fictifs. Aujourd’hui c’est normal, elles ont de vrais contrats."

Fin de carrière

Elle décide d’arrêter. Une décision qui ne plaît ni au club ni à son entourage. Il lui faudra un an pour imposer son choix. "L’Olympique Lyonnais ne voulait pas que j’arrête. J’ai pris un an pour leur faire comprendre que je voulais arrêter, aussi bien à eux qu’à ma famille."

Le moment de rupture restera gravé dans sa mémoire. Presque cinématographique.

Océane Caïraty : "Je suis allée à l’entraînement. Je me suis habillée, je suis sortie, j’ai regardé le terrain. Je suis rentrée, j’ai tout enlevé. Mon entraîneur m’a appelé de loin et m’a dit “qu’est-ce que tu fais ?” Je lui ai répondu “j’arrête”. Et j’ai jeté mes crampons dans la poubelle."

Fin de carrière. Elle a 25 ans.

Mais ce départ n’est pas un vide. Pendant sa dernière année à Lyon, elle suit un BTS communication et commence en secret des cours d’improvisation. "Je préférais dire à ma famille que je faisais des études. Je ne parlais pas de théâtre."

Quand elle quitte Lyon pour Paris, elle imagine d’abord travailler dans le cinéma. Puis la scène s’impose.

Aujourd’hui, Océane Caïraty est comédienne professionnelle. Elle a notamment joué au Festival d’Avignon dans La Cerisaie d’Anton Tchekhov mise en scène par Tiago Rodrigues, aux côtés d’Isabelle Huppert.

Tournées et rôles notables

Elle poursuit aujourd’hui une tournée avec la pièce Cœur des amants, toujours sous la direction de Tiago Rodrigues, tout en préparant une nouvelle création.

Autre rôle marquant pour elle, la pièce Ce qu’il faut dire, texte de Léonora Miano mis en scène par Stanislas Nordey. "Ça parle beaucoup des femmes noires et de l’histoire de l’esclavage avec un regard d’aujourd’hui."

Car le monde culturel lui a révélé d’autres réalités. "Dans le foot, j’étais juste une sportive. Dans la culture, je suis une femme noire."

Elle évoque des formes d’assignation, parfois ambiguës. "Il y a des metteurs en scène qui s’intéressent à moi parce que je suis comédienne, mais aussi comédienne noire. Les projets se montent aussi parce qu’il y a des femmes de la diversité."

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Mais elle refuse de se laisser enfermer dans cette seule identité. "Après, c’est moi et les rôles que j’accepte ou pas. J’essaie de faire des choix en accord avec le chemin que j’ai envie de suivre dans le théâtre."

À 36 ans, la Réunionnaise poursuit cette route artistique avec la même détermination que celle qui l’avait menée vers les terrains de football.

Elle revient régulièrement dans l’île, voir sa famille installée désormais à Sainte-Marie.

Entre deux tournées, deux répétitions, deux vies. Comme si, au fond, à 36 ans désormais, l’essentiel n’avait jamais changé. Choisir sa trajectoire. Et continuer d’avancer. Libre de ses choix.

Etiquettes : 8 mars | La Réunion | Portrait | Théâtre

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