Elections municipales : la justice laisse carte blanche à Didier Robert

Le procès en appel de Didier Robert, condamné en première instance à cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire dite des indemnités de logement à La Région, a finalement été reporté… en avril 2026. Ce qui laisse le champ libre à l’ex-président de Région pour envisager un come-back en politique à l’occasion des municipales.
Le feuilleton judiciaire des indemnités de logement à la Région sous la mandature de Didier Robert se poursuit. L’ex-président de Région vient d’obtenir un second renvoi de son procès en appel au mois d’avril 2026, comme l’a annoncé ce jour Imaz Press Réunion.
Dans cette affaire, Didier Robert avait été condamné à huit mois de prison avec sursis, à 100.000 euros d’amende et à cinq ans d’inéligibilité, le 5 novembre 2024. L’élu, déjà déchu à la suite de sa condamnation définitive à 15 mois de prison avec sursis et à trois ans d’inéligibilité dans l’affaire dite des Musées régionaux prononcée le 21 mai 2021, avait fait appel de cette nouvelle condamnation.
Le procès d’un président bien logé
Pour mémoire, le tribunal avait estimé que Didier Robert résidait à Saint-Denis au moment de son élection à la tête de la Région. Ainsi, les indemnités de séjour versées afin qu'il se rapproche géographiquement de la Pyramide inversée pour y exercer son mandat n'avaient pas lieu d'être. En outre, Didier Robert percevait une indemnité de logement de 2.800 euros par mois quand le montant effectif de son loyer était de… 2.300 euros.
En empochant la différence, les magistrats avaient considéré qu'il s'agissait d'une faute. Cerise sur le gâteau, le président d’alors était présent au moment de la délibération, entérinée par la collectivité. Ce qui suffisait aux yeux de la justice à caractériser une prise illégale d’intérêts, au-delà du délit de concussion.
Un premier renvoi pour cause de chik
Le procès en appel de cette affaire, qui constitue une belle épine dans le pied de l’ancien locataire de la Pyramide inversée potentiellement intéressé pour revenir en politique contrairement à ce qu’il avait annoncé, avait été programmée une première fois à la date du 14 mai 2025. Manque de chance, l’audience n’avait pas pu avoir lieu puisque son avocat, Me Philippe Creissens, souffrait ce jour-là du chikungunya, comme indiqué sur un certificat médical produit le jour même par l’intéressé.
Le président de la chambre des appels correctionnels, Jacques Rousseau, avait alors convenu de renvoyer le procès au 12 novembre 2025. Une date à laquelle personne n’avait trouvé à redire à ce moment-là et qui semblait définitive sauf cas de force majeure.
Coup d’épée dans l’eau
Cependant, Didier Robert et son conseil, jamais à court d’idées, avaient tenté d’accélérer le calendrier judiciaire en s’invitant à l’audience du 25 septembre 2025. Le but de la manœuvre était d’avancer le procès des indemnités de logement. Un coup d’épée dans l’eau, sans surprise. Le président Rousseau avait tout bonnement indiqué que Didier Robert était un justiciable comme un autre.
Ce qui n’est plus tout à fait le cas si l’on considère le nouveau renvoi du procès au mois d’avril 2026 et ce à un mois de la date, fixée au 12 novembre. Il faut en effet noter que Didier Robert n’est plus engagé officiellement en politique. Pour autant, le parquet général et le président Rousseau, en maîtres des horloges, ont manifestement tenu compte d’un potentiel come-back du citoyen Robert à l’occasion des municipales de 2026.
La justice s’invite immanquablement dans la campagne
Raison pour laquelle le siège comme le parquet général ont répondu favorablement à une demande de renvoi du procès que l’intéressé n’aura pas manqué d’initier par le biais de son avocat. Pourquoi ne pas avoir anticipé la tenue des municipales avant cela ? Mystère.
En tout cas, en agissant de la sorte, la justice s’invite immanquablement dans la course aux municipales et plus spécialement dans celle de Saint-Paul. À dix jours du lancement officiel de la candidature de Cyrille Melchior, comme candidat unique à droite (?) ou en tout cas comme tête d’affiche de la principale liste de droite, le lâché-prise des magistrats quant au calendrier de l’affaire dite des indemnités de logement rebat les cartes.
La timbale de président du TCO et de l’huile sur le feu
L’ex-président de Région n’a pas seulement soufflé le chaud et le froid ces dernières semaines en annonçant tour à tour et en misouk son entrée et sa sortie de la campagne. Il a aussi tenté en vain, il y a peu, de se faire une place au soleil sur la liste de Cyrille Melchior dans l’espoir, dit-on, de décrocher la timbale de président du TCO. Désormais, il caresse sans doute l’espoir de revenir en odeur de sainteté. C’est tout du moins ce qu’il croit, car les principaux soutiens du président du Département ont fait savoir qu’ils n’étaient pas favorables, voire hostiles et même farouchement opposés, à ce come-back en politique aux côtés de leur leader.
Ce qui promet des rebondissements à venir, voire des coups de théâtre, tandis que le maire sortant se frotte déjà les mains à l’idée d’une dispersion des forces vives du camp opposé au sien. Il se murmure même qu’Emmanuel Séraphin cherche à mettre de l’huile sur le feu en faisant les yeux doux à certains relais de la droite locale avec de possibles renvois d’ascenseur à la clé de la part de la machine municipale.


