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Du "Bébé qui se fait naître" aux prémices des sciences de l’intuition

Ecrit par zinfos974 – le samedi 24 juillet 2021 à 06H35

Depuis ces quarante dernières années les sciences du vivant suivent la voie d’une intégration des différentes spécialités des sciences de la vie à celles des sciences dites « humaines » académiquement arbitrairement séparées. Cette « consilience » devrait Révolutionner tant nos conceptions de la santé, de la médecine que de « l’art » d’éduquer les enfants. Ces nouveautés interpelleraient les parents de telle manière qu’attendre un enfant, l’accueillir et favoriser son développement subirait de profondes transformations au plus grand profit des bébés, de leur santé et de leur développement.

Nous rappellerons qu’il y a une quarantaine d’année, le médecin et chirurgien  Guy LAZORTHE,  (1910-2014),  membre des Académies de médecine et des sciences, affirmait que « le bébé vit pendant sa première année une vie purement végétative ». De nos jours, d’éminents chercheurs du CREA (Centre de Recherche en Épistémologie Appliquée)  considèrent le nouveau-né comme « capable d’hypothèses et de tester ses hypothèses », le comparant à un « savant en herbe ».

Récemment, au plus haut niveau de l’État, il aura été confié au Docteur Boris CYRULNIK la responsabilité de repenser « les 1000 premiers jours de la petite enfance ». ; Cette annonce, non sans nous étonner que la période de gestation ait été laissée de côté, est bienvenue. Nous voudrions donc attirer l’attention sur les 270 jours qui précèdent la naissance et manifester notre enthousiasme pour les trois années qui la suivent.

Parmi les moments cruciaux et symboliques à la fois annonçant les prémices de changements de vision de cette période de la vie qu’est la gestation ou la grossesse - pour une mère une indéniable Révolution ! - ces 270 jours sont différemment vécus dans une société et même une civilisation qui semble découvrir tardivement son importance.

Nous relèverons qu’un couple de psychanalystes, atypique, proche selon nos critère de l’école de Carl Gustav JUNG, Varenka et Olivier MARC, publie un ouvrage (*) au titre évocateur, « Le bébé qui se fait naître » (1981) impliquant que celui-ci pouvait être auteur de sa naissance. Ces deux auteurs postulent intuitivement et cliniquement que le fœtus  garderait en mémoire les événements vécus associés à de fortes émotions ; et que ces souvenirs peuvent s’exprimer indépendamment de toute conscience au travers de dessins dès que ces derniers sont capables de dessiner. Le fœtus, selon ces deux auteurs, devrait avoir une sensorialité discriminative, mémorielle  et inconsciente. Elle se fixerait sans la moindre prise de conscience tant chez l’enfant que du point de vue d’un observateur extérieur cherchant vainement à la localiser dans la matière organique. De nos jours, avec les progrès accomplis sur ce thème de la discrimination sensorielle, les travaux de ces deux chercheurs ne devraient-ils pas être envisagés à nouveau ?

Un autre auteur, Mauro MANCIA, Professeur de Neurophysiologie et Psychanalyste (1927-2007) étudie « La vie prénatale et la naissance du SOI », toujours  dans cette même perspective d’exploration de la vie sensorielle et développementale du fœtus. Les perceptions des chercheurs dans ce domaine de l’exploration scientifique de la vie fœtale se réfèrent à des modèles animaux dont il est connu depuis des décennies que la vie des fœtus est vulnérable aux stress. MANCIA est plus qu’explicite pour le bébé d’homme lorsqu’il dit, déjà en 1989 : « Se pose à nous un problème épineux : est-il possible que le fœtus soit capable de faire une expérience affective du plaisir ou de la douleur ? Si l'on observe le fœtus à l'intérieur de l'utérus, la façon dont il se déplace dans le liquide amniotique pour occuper le plus d'espace possible, ou dont au contraire il se recroqueville sans bouger dans un coin de l'utérus, les expressions faciales lorsqu'on ajoute du doux ou de l'amer au liquide amniotique, les réponses motrices aux stimuli agréables, stressants ou douloureux, le geste du pouce porté à la bouche, en considération, donc, de ces différents éléments, il est difficile de penser qu’un ton hédonique, ou pour le moins certains principes liés au plaisir ou au déplaisir ne soient pas déjà présents chez le fœtus et ne contribue pas à organiser la qualité des expériences affectives les plus primitives au moment de leur apparition". « Vie prénatale et naissance du soi », , in Le fœtus et son entourage, m+h Editions - Médecine et Hygiène, Genève, 1989.
 
 Notons que cet auteur aussi se rapproche d’une vision jungienne du SOI qui élargit la notion restrictive du Moi selon Freud.
 
Le Professeur Henri LABORIT (1914-1995)  aura été l’un des premiers chercheurs à attirer l’attention des conséquences délétères d’une agression répétée dans la vie fœtale susceptible d’engendrer un développement ontogénétique de vasoconstriction chez le fœtus au détriment d’un développement en vasodilatation favorable à l’oxygénation  des tissus.

La pédiatre Ginette RAIMBAULT (1924-2014) directrice de recherche INSERM, a à plusieurs reprises attiré l’attention sur le préjudice phénotypique des petites tailles chez des nouveau-nés humains carencés en soins maternels du fait de placement de ces enfants en pouponnière.

Le Docteur Boris CYRULNIK a relevé les mêmes observations auprès d’enfants abandonnés et recueillis dans des orphelinats en Roumanie sans que ces 270 jours de la vie fœtale aient été considérés comme déterminants, apparemment,  incluant cette période dans le programme qu’il préside. Cet oubli est-il lié à une  défaillance perceptive le résultat d’un déficit d’intuition chez les chercheurs ?
Avec la récente publication de la Revue Sciences et Vie n° 1247 d’août 2021, qui titre en première page : « Peut-on se fier à notre INTUITION, la réponse des neurosciences », le thème de l’intuition semble sortir du confinement de la sphère « irrationnelle » ou subjective pour offrir un début de reconnaissance « pré-scientifique ». Cette revue de vulgarisation anticipe souvent des  reconsidérations dans les sciences. Nous recommandons aux lecteurs de  prendre connaissance de ce dossier tout en mentionnant cette mise en garde adressée aux scientifiques : « Ne suivre son intuition que dans les domaines où l’on a de l’expertise.»

Concernant les soins aux bébés, les parents ne sont-ils pas  aux premières loges de cette expertise pour percevoir la singularité de leur bébé et y répondre ? A condition, peut-être, d’avoir confiance en l’intelligence de leurs propres capacités perceptives et de leur accorder du crédit. C’est ce que font très souvent les parents qui ont bénéficié d’une éducation bienveillante lors de leur enfance.

(*) Cet ouvrage de Varenka (1930-2017),  et  Olivier Marc  est disponible en mode texte, Gallica – BNF.
 

 

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