Drive de drogue du Port : la police fait tomber trois têtes d’affiche et cinq seconds couteaux

Le coup de filet, opéré lundi par les policiers du Port, du Raid et du STPJ, a permis de faire tomber un supermarché de la drogue qui tournait H24 en mode drive sur la place Ti Carré à la Rivière-des-Galets. Ainsi, les enquêteurs ont mis hors d’état de nuire trois têtes d’affiche d’un réseau structuré et lucratif qui rapportait entre 15 et 40.000 euros par jour.
Lundi, une soixantaine de policiers du Port, du Raid, de la Bac et du STPJ de Saint-Denis ont procédé au démantèlement d’un important réseau de trafiquants de drogue à l’échelle l’île. Cette organisation très structurée opérait H24 en mode drive sur la place Ti Carré de la Rivière-des-Galets, dans la commune du Port. Ce qui n’est pas une nouveauté puisque, déjà en mai 2021, deux dealers d’ecstasy y avaient été arrêtés. Zinfos974 écrivait à ce propos : « Il leur est reproché de tenir un point de deal bien connu des consommateurs à la Rivière-des-Galets. Au lieu-dit Ti Carré, on peut en effet trouver toutes sortes de stupéfiants. »
L’enquête en cours, qui a débuté au début de l’année 2024, a débouché sur l’identification et l’interpellation de dix suspects, âgés de 18 à 66 ans. Tous réunionnais et domiciliés sur les communes du Port et de La Possession. Parmi eux, cinq ont été jugés en CRPC, condamnés à des peines de prison comprises entre 10 mois et deux ans ferme. L’un d’eux a été immédiatement placé sous mandat de dépôt. Ce sont là les petites mains du trafic.
« Il fonctionnait comme dans l’hexagone avec des guetteurs, des vendeurs, des nourrices… »
Trois autres individus, soupçonnés d’être des têtes d’affiche, ont été présentés à un juge d’instruction en vue de leur mise en examen et d’un probable placement en détention provisoire. L’un d’eux, domicilié à Bordeaux mais arrêté à Paris, doit être ramené à La Réunion par le biais d’un mandat d’amener. Il semble qu’il s’était mis au vert en métropole il y a quelques temps.
Le démantèlement d’un point de deal en mode drive est « une première à La Réunion », s’est félicité le commissaire Guillaume Maniglier, en rendant d’abord hommage au travail de ses collègues du commissariat du Port. L’autre originalité de cette affaire est que le drive « fonctionnait comme dans l’hexagone avec des guetteurs, des vendeurs, des nourrices, des semi-grossistes et des grossistes », a poursuivi le patron du STPJ.
Cocaïne, résine de cannabis et drogues de synthèse…
Les chefs du réseau étaient en capacité de proposer une large gamme de produits, allant de la cocaïne, à la résine de cannabis en passant par des drogues de synthèse de type MDMA. Tout sauf l’héroïne qui reste d’ailleurs une drogue rare sous nos cieux.
Dans ce véritable petit supermarché de la drogue, chacun des protagonistes jouait un rôle. Les « ravitailleurs » récupéraient la marchandise à la demande auprès de « nourrices », domiciliées à proximité. Ces personnes, réputées pour leur discrétion et généralement au-dessus de tous soupçons, permettent de sécuriser les stocks de l’organisation.
« Ils connaissent bien le terrain et certains sont aguerris »
Il semble que certains suspects jouaient à la fois le rôle de « nourrice » et de « chouf », charger de guetter alentour et de donner l’alerte en cas de pépin. Notamment pour prévenir de la présence inopinée d’une patrouille de police sur le secteur. Les « ravitailleurs » remettaient les produits aux « charbonneurs », directement en contact avec le client de passage au drive.
Le travail de surveillance et de filature, mené par les services de police, n’a pas toujours été aisé. « La difficulté est venue du fait que les suspects connaissent bien le terrain et que certains sont aguerris », indique le commissaire du STPJ. L’autre complication était liée « à la vigilance voire la paranoïa dont ils faisaient parfois preuve pour éviter d’être détectés », complète Guillaume Maniglier. Et puis les trafiquants prenaient « la précaution de communiquer via les réseaux sociaux et des messageries cryptées », probablement aussi au moyen de téléphones « de guerre » dont la paternité est difficile à établir.
Le rachat de jeux gagnants comme Francis le Belge
Les perquisitions ont permis de saisir 25.000 euros en cash tandis que les réquisitions bancaires ont conduit au gel d’avoirs pour un montant d’un peu plus de 65.000 euros. Soit une petite centaine de milliers d’euros. Trois véhicules ont été confisqués ainsi que des objets de valeur et une machine à compresser pour fabriquer des comprimés de drogue de synthèse.
Le commissaire Maniglier a expliqué que le blanchiment de l’argent de la drogue se faisait sous plusieurs formes. Par le rachat de tickets gagnants, une technique déjà ancienne dont Francis le Belge, défunt parrain du milieu marseillais, a usé jusqu’au jour où il est tombé sous les balles de tueurs à la sortie d’un café de courses huppé de Paris.
Les autres techniques consistaient à exfiltrer les fonds par mandat cash urgent ou plus simplement en ayant recours à des mules d’argent. Côté produits stupéfiants, les enquêteurs ont fait chou blanc. Peut-être parce que la drogue entre dans l’île petit à petit. Sans doute aussi parce que « la nourrice mère » n’a pas été identifiée en amont du coup de filet de la police.
« Interdiction de paraître sur la place de Ti Carré pour sept suspects »
Maintenant que le point de deal a été purgé, les policiers du Port sont bien décidés à empêcher d’autres trafiquants de prendre le flambeau. « Le Préfet va prononcer l’interdiction de paraître sur la place de Ti Carré à sept des suspects concernés et nous allons maintenir la pression sur les consommateurs et les dealeurs », précise le commissaire du Port, Chloé Courtois. Un autre axe de travail a consisté « à verbaliser les consommateurs du point de deal ».
Pour Laurent Chavanne, directeur territorial de la police nationale (DTPN) à La Réunion, le démantèlement de ce « point de deal de type drive est important car il est une source d’insécurité importante pour les habitants du quartier ». Il estime que ce dossier, inédit dans son genre, illustre la forte progression des différents indicateurs qui permettent de mesurer l’évolution du trafic de produits stupéfiants dans l’île.
Trafic de drogue : tous les indicateurs au rouge
Le DTPN précise que les forces de police ont « verbalisé plus de 900 clients depuis le début de l’année 2025 en opérant un harcèlement quotidien dans les quartiers concernés ». Il livre d’autres chiffres bruts, liés au trafic de stupéfiants pour l’année en cours, qui en disent long sur l’ampleur du phénomène avec « 188 gardes à vue, la saisie de 20 armes longues, de quatre armes de poing, de 9 pistolets d’alarme ou à grenaille et de 17 véhicules ». Sans oublier que 40 mules ont d’ores et déjà été interceptées à l’aéroport Roland Garros contre 31 en 2024 et 22 en 2023. Et il reste un peu plus d’un trimestre avant de boucler la fin de l’année.
C’est dire si les autorités sont inquiètes. « Toutes les communes sont aujourd’hui concernées par le trafic de cocaïne et plus seulement celles de l’ouest et du sud. En matière de résine de cannabis, de cocaïne et de cathinones entrant dans la composition de « le Dou » et de B13, les quantités saisies sont en hausse à + 80% par rapport à l’an passé », complète le directeur de la police. Le Tsunami blanc n’a pas fini de faire de faire couler de l’encre.


