Disparition de Shana : la course contre la montre des policiers

En septembre 2023, l'assassinat de Shana, 15 ans, a bouleversé La Réunion par la sauvagerie du crime dont elle a été la victime. Mais aussi et surtout en raison du profil du couple de 14 et 16 ans qui l'a mise à mort au terme d'un guet-apens orchestré au millimètre. Les deux suspects seront jugés pour l'une le 10 septembre prochain devant le tribunal pour enfants statuant en matière criminelle et pour l'autre devant la cour d'assises des mineurs, le 10 novembre.
Le dimanche 17 septembre 2023, Mickaël se fait un sang d'encre quand il pousse la porte de l'hôtel de police de Malartic dans le courant de la soirée. Il ne parvient plus à joindre Shana, sa fille de 15 ans, partie de Saint-Denis la veille pour rejoindre une copine d'école à Saint-Louis. Sa fille aurait fait la connaissance d'une certaine Mia Payet au Centhor, le centre de formation en restauration où elles sont scolarisées.
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Le samedi en milieu de matinée, Shana a envoyé un bref texto à son père pour le rassurer. Par la suite, il a tenté de joindre sa fille à plusieurs reprises. Mais à chaque fois, il a buté sur sa messagerie. Et il n'a jamais reçu l'adresse de la copine que sa fille lui avait promis d'envoyer. Sa mère, établie en métropole, reçoit, quant à elle, un ultime et étrange SMS rédigé à partir du portable de sa fille, le 16 septembre en début de soirée.
Le lundi 18 septembre au matin, les enquêteurs constatent que le téléphone de Shana ne répond toujours pas. Ils découvrent que l'adolescente ne s'est pas présentée au Centhor ou au restaurant du BOTC qui l'emploie en alternance. Plus inquiétant encore, le responsable pédagogique est formel : il n'y a pas de Mia Payet dans le listing de leur établissement. L'inquiétude monte d'un cran.
Une relation virtuelle nouée sur Instagram
Une véritable course contre la montre s'engage. L'urgence pour les enquêteurs est de trouver un moyen de localiser Shana. Le numéro enregistré sur WhatsApp ne leur est d'aucune utilité puisqu'il borne en métropole et semble avoir été mis en service pour monter des escroqueries. La clé de l'énigme se trouve dans la tablette tactile et dans les trois comptes Instagram de Shana. Une récente conversation avec un certaine Mia attire plus spécialement leur attention. Du 10 au 14 septembre 2023, Shana et Mia échangent des centaines de message. Une relation sentimentale, voire amoureuse virtuelle, semble s'être nouée entre elles. Il est aussi question qu'elles se voient... le samedi 16 septembre.
Les policiers semblent tenir une piste sérieuse d'autant que le compte Snapchat associé appartient à une femme résidant à Saint-Louis. Le 20 septembre en début d'après-midi, les enquêteurs se rendent au domicile de la quadragénaire. Celle-ci ne connaît pas de Shana. Elle a deux jeunes enfants mais aussi une fille de 14 ans, Cloé* qui est absente du domicile, en formation au lycée Roland Garros du Tampon.
La mère de famille confirme que sa fille utilise son compte Snapchat. Elle sait aussi qu'elle a rencontré une Dionysienne par l'intermédiaire des réseaux sociaux. Elle confie enfin que Cloé traverse une passe difficile au plan identitaire et sentimental, ayant eu une relation avec une fille avant de se mettre en couple avec un garçon de 16 ans, Dylan*, avec qui elle a passé la journée du 16 septembre à Saint-Pierre.
Cela fait bientôt cinq jours que Shana est portée disparue et trois jours que les policiers sont lancés dans une angoissante course contre la montre. Contacté, Dylan est prié de se rendre illico presto au commissariat de Saint-Pierre. Interrogé, celui-ci affirme avec un remarquable aplomb ne pas connaître Shana avant de raconter par le menu sa journée en tête à tête avec sa petite amie Cloé, entre la gare et le port de Saint-Pierre. Le jeune garçon est si convainquant qu'il quitte la police moins d'une heure après son arrivée.
Aveux à brûle-pourpoint
Il est à peine parti que Cloé se présente à son tour au commissariat, en compagnie de son père. Ils sont tout juste dans le hall d'accueil que, déjà, celui-ci sollicite un entretien entre sa fille et un fonctionnaire de police. Lors de ce face à face, qui se tient à l'écart du public, Cloé reste sans voix. Mais quand le policier fait référence à la disparition de Shana, l'adolescente lâche à brûle-pourpoint qu'elle a tué Shana avec son petit ami Dylan. Elle ajoute dans la foulée que le corps de la malheureuse est dissimulé dans une usine désaffectée à Saint-Pierre. Si Cloé dit vrai, la course contre la montre entamée il y a trois jours par les policiers vient de s'achever brutalement, de manière aussi tragique qu'inimaginable.
Tandis que Cloé est placée en garde à vue, plusieurs équipages de police investissent le site abandonné de l'ancienne usine sucrière de Pierrefonds. Ils explorent les bâtiments partiellement en ruine où trônent les vestiges de machines rongées par la rouille. Une vision d'horreur les attend dans l'aile Est de l'édifice principal. L'accès est malaisé puisqu'il se fait en traversant un mur éventré que barrent des morceaux de grillage partiellement arrachés.
Un corps inanimé repose dans le recoin d'une pièce lugubre, plongé dans une plus grande obscurité. Des traces rougeâtres au sol témoignent qu'il a été déplacé, probablement après que la victime a été tuée à l'angle d'un muret et d'une machine-outil hors d'usage comme le suggèrent d'importantes et franches projections de sang. Elle a été défigurée par les coups, probablement portés à l'aide des pierres maculées de sang découvertes sur la scène de crime.
* Prénoms d'emprunt.


