Didier Robert : "Je fais le choix de me mettre en retrait de la politique"

Cela fait quatre mois que les élections ont eu lieu et à part une fois où on vous a vu lors de la passation de pouvoir à la Région, vous avez disparu de la circulation. Qu’avez-vous fait pendant ces quatre mois ?
Non je n’ai pas disparu. J’ai pris du recul, avec ma famille, mes enfants, avec mes amis. C’était aussi le temps de la réflexion, le temps d’analyser comment cette campagne s’était déroulée. Et aujourd’hui j’éprouve ce besoin de m’exprimer et de dire un certain nombre de choses sur des sujets qui sont des sujets d’actualité pour La Réunion, des sujets d’actualité pour la Région. En même temps, je ne suis pas dans une logique d’opposition systématique et caricaturale car c’est ce dont j’ai eu à souffrir, d’une certaine manière, durant mes deux mandats successifs. Avec une opposition systématique, acharnée, arc-boutée contre tous les dossiers, contre tous les projets qui pouvaient être présentés. Ce n’est pas ma manière de faire. Je considère que quand on est élu, quand les Réunionnais, les électeurs, les citoyens vous confient un mandat, vous devez avoir la responsabilité et le respect de ce mandat. C'est-à-dire agir, faire, construire, bâtir, faire des propositions. Mais surtout agir. C’est de cette manière que je conçois les choses.
On va reprendre les événements de façon chronologique et puis on reviendra sur l’actualité brûlante. Ces élections, quelle analyse vous en faites ? Richard Nirlo, le soir du second tour, avait dit que quelqu’un avait trahi, en désignant très clairement le maire de Saint-Pierre. Est-ce que vous êtes d’accord avec lui ?
Les élections se sont déroulées comme elles se sont déroulées. Avec le résultat que l’on connaît. Nous avons perdu. L’union des droites et des centres a perdu. Les Réunionnais, pour la politique comme pour le foot, sont des experts pour beaucoup d’entre eux. Ils savent lire entre les lignes. Ils savent très bien comment les choses se sont passées. Ils ont tous les éléments pour pouvoir mesurer ce qui s’est réellement passé. Pour ma part aujourd’hui je n’ai ni amertume ni colère. J’ai la déception d’avoir perdu une bataille électorale, mais quand on démarre une campagne, quand on s’engage dans une élection, on sait qu'on peut gagner mais qu'on peut aussi perdre. Donc il faut juste l’anticiper.
Voilà mon état d’esprit aujourd’hui. Une déception électorale mais aucune amertume, aucune colère vis-à-vis de quiconque. Chacun porte sa propre responsabilité. Je porte la mienne. J’ai une part de responsabilité évidente dans ce qui a été fait de positif comme de négatif pendant cette campagne. Je porte une responsabilité, d’autres également mais à chacun d'assumer sa propre responsabilité, face à lui même, face aux Réunionnais. Et encore une fois, je connais suffisamment les Réunionnais pour leur reconnaître une vraie expertise de la vie politique réunionnaise.
Toutes les grosses élections sont passées. Les deux seules élections importantes qui restent à venir sont les législatives et l’élection présidentielle. Est-ce que vous serez candidat aux législatives à Saint-Denis ?
Je ne serai pas candidat aux législatives. Pour plusieurs raisons dont une essentielle : je l’ai dit, je ne serai pas dans une opposition systématique, brutale, par rapport à la nouvelle majorité. Cette nouvelle majorité a été élue, je respecte le choix des Réunionnais. J’ai félicité Mme Bello et je lui ai souhaité une pleine réussite dans le cadre de son mandat. Une pleine réussite pour La Réunion ! Parce qu’elle est à la tête aujourd’hui de l’une des plus grandes collectivités avec des compétences importantes, je souhaite qu’elle aille de l’avant et qu’elle réussisse. Voilà pourquoi rester campé, figé dans des oppositions stériles, ce n’est pas ma manière de faire. Par contre, je continuerai à agir. Je continuerai à agir différemment. Je vais m’engager, comme plusieurs associations me l’ont demandé, à titre bénévole. Je vais m’engager à titre professionnel auprès d’un certain nombre d’entreprises et je fais le choix, de manière claire, de me mettre en retrait de la politique et de la vie politique.
Ça veut dire que demain vous n’assisterez pas à l’assemblée plénière ?
C’est évident que je n’assisterai pas à cette assemblée plénière. Comme à la précédente. Je le dis, je le répète : je ne suis pas dans un rôle d’opposition systématique. Mme Bello a souhaité qu’il y ait une assemblée plénière spécialement réservée à la NRL. Ça fait dix ans qu’on en débat ! Ça fait dix ans qu’à chacune des assemblées plénières, le sujet de la NRL est posé sur la table. Ça fait dix ans qu’à chacune des commissions permanentes, ce sujet est évoqué. Ça fait dix ans que les médias s’en font abondamment l’écho. Un débat pour quoi ? Un débat pour dire qu’il manque des accropodes ou que des accropodes sont cassés ? Et que pour cette raison on ne peut pas aller plus loin. Un débat pour arrêter une solution qui a déjà été mise en avant par les techniciens avant même cette élection…
Quelle solution ?
Il y a deux problèmes qui restent posés aujourd’hui. Il y a celui de finaliser la voie de raccordement de la Grande Chaloupe. La NRL, ce sont 12 km au total. La partie entre Saint-Denis et la Grande Chaloupe, ce sont plus de 9 km en grande partie en viaduc, avec des morceaux de digue à l’entrée de Saint-Denis et à la Grande Chaloupe. Il faut livrer cette route-là. L’appel d’offre concernant le raccordement a déjà été lancé depuis l’an dernier. Le budget est validé. Les entreprises savent ce qu’il faut faire et le chantier lui-même a démarré. Il faut simplement accélérer. On a déjà perdu quatre mois depuis l’élection puisque la majorité actuelle veut à nouveau poser ce débat. Il faut juste les remplacer - ça ne pose aujourd’hui aucune difficulté en termes de sécurité de l’ouvrage - et ce n’est pas de la responsabilité de la Région, c’est de celle de l’entreprise. Mais pour autant, on ne doit pas utiliser comme prétexte qu’il y a 700 accropodes qui sont mal posés ou qui sont fragiles - sur 25.000 accropodes qui composent l’ensemble du chantier - pour décaler encore d’un an ou de six mois la livraison de cette portion.
Le deuxième sujet qui reste, c’est comment effectivement finaliser les deux kilomètres entre la Grande Chaloupe et la Possession. Pendant dix ans, la majorité actuelle et l’opposition d’hier, ont été arc-boutées contre le projet de la NRL, contre les carrières, contre les matériaux, avec 90 recours au total qui ont été posés et une instrumentalisation d’un certain nombre d’associations - ce qui a été reconnu - pour pouvoir effectivement tout faire pour retarder le chantier. Si ça ce n’est pas de l’acharnement, je ne sais pas comment il faut le qualifier. Oui il y a un retard aujourd’hui. Chacun mesure sa part de responsabilité qui est la sienne. On m’a expliqué pendant toute cette période qu’il fallait absolument et impérativement terminer en viaduc. Aujourd’hui, ceux-là même qui sont en responsabilité se rendent à l’évidence de la réalité des choses. La réalité c’est quoi ? C’est qu’il y a un cadre juridique qu’il faut respecter, en l’occurrence la déclaration d’utilité publique qui fixe le projet du début à la fin. Si vous changez aujourd’hui le projet, à savoir si vous passez en viaduc sur la dernière partie à la place d’une digue, vous retardez de deux à trois années le chantier, a minima. Un temps nécessaire uniquement pour les procédures administratives supplémentaires qu’il faudra lancer.
Un scénario qui coûtera forcément aussi plus cher ?
Contrainte juridique, contrainte évidemment budgétaire ! Avec le scénario digue, le budget est stabilisé. On sait aujourd’hui qu’il y a une enveloppe supplémentaire d’une centaine de millions d’euros. L’Etat s’est déjà prononcé favorablement. Sébastien Lecornu et le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari étaient à La Réunion l’an dernier et ils ont déjà annoncé que l’Etat viendra, en plus de ce qui était prévu dans les accords de Matignon, financer, avec la Région, les deux kilomètres manquants. Qu’est-ce qu’il faut faire aujourd’hui ? Il faut aller mettre l’Etat devant ses responsabilités et signer un avenant. L’Etat a toujours été dans une démarche loyale et partenariale donc il faut poursuivre sur cette voie. Mais il faut agir. Ensuite, les préconisations qui sont posées encore une fois, lors de la prochaine assemblée plénière, pour finir ce chantier, ce n’est ni plus ni moins qu’une digue à réaliser.
Vous dites que la Région a le choix entre quatre scénarios : solution 1 : la digue, solution 2 : la digue, solution 3 etc.
Elle se donne en effet le choix entre quatre scénarios aujourd’hui : une digue, une digue, une digue ou une digue ! Dont acte ! C’est ce qu’on a dit depuis le départ !
Cette solution technique vous l’avez déjà évoquée, quelle est-elle ?
La solution digue - viaduc est posée depuis un an et demi maintenant puisqu’effectivement, l’absence de carrière a entraîné l’obligation pour les techniciens de réfléchir à des alternatives pour les matériaux. Le principe des caissons permet effectivement d’utiliser moins de gros enrochements, davantage de remblais. Et oui, il y a aujourd’hui à La Réunion les enrochements nécessaires pour pouvoir le faire. Je partage un chiffre qui pourrait faire réfléchir certains : La Réunion consomme chaque année l’équivalent de 5 millions de tonnes de matériaux, pour tout autre chantier que la NRL. Et pour la NRL, il manque aujourd’hui 1,9 million de matériaux. Vous voyez la proportion ?
Si vous deviez, aujourd’hui, reprendre la décision de faire la NRL, est-ce que vous la referiez pareille ?
Il y a des éléments d’évidence auxquelles on ne peut pas échapper. En 2010, 2011, 2012, tous les scénarios sont posés sur la table, du tout viaduc au mix entre viaduc et digue, tous les scénarios étaient posés. Je rappelle qu’en 2007, l’ancienne majorité à laquelle certains élus de l’opposition d’hier et de la majorité d’aujourd’hui ont appartenu, avait privilégié très exactement un projet digue - viaduc. Les seules modifications que nous avons apportées en 2010, ça été la suppression du péage - qui était prévu dans le projet initial - et le fait de rajouter deux voix supplémentaires au profit des transports en commun. Pour le reste, nous nous en sommes quasiment tenus au projet digue - viaduc tel qu’il avait été imaginé en 2007. Lorsque les appels d’offres sont lancés en 2012, 2013, le projet le plus sérieux sur le plan financier, c’est le projet digue - viaduc qui coûte 150 millions d’euros de moins que le tout viaduc. Est-ce que vous imaginez un seul instant une commission d’appel d’offres, en 2012, qui accorderait un marché à une entreprise pour 150 millions d’euros de plus ? Vous imaginez le scandale ? Vous imaginez l’entorse au droit qu’on aurait dû faire à ce moment là ?
Avec en plus le fait de ne pas faire travailler les entreprises réunionnaises ?
C’est un autre débat. Je m’en tiens au droit, je m’en tiens à la réalité de ce qui s’est passé. La commission d’appel d’offres n’a pas d’autre alternative, en 2012, que de faire le choix qui a été posé, c’est-à-dire digue - viaduc pour des raisons financières. Pas pour faire plaisir aux transporteurs, pas pour faire plaisir aux entreprises réunionnaises mais parce qu’il y a un constat d’évidence. Et en 2012, il n’y a pas de débat sur les carrières. On est au moment où l’Etat doit renouveler le schéma des carrières. Personne ne dit qu’il n’y a pas de galets, personne ne dit qu’il ne faut pas ouvrir de carrière.
Il y a ensuite une polémique politicienne qui est montée. L’ancien maire de Saint-Leu et d’autres qui se rajoutent à ça en disant : "Non, non, surtout pas de carrière à La Réunion. On touche à rien". Ok, et donc la solution alternative qu’on propose pour pouvoir avancer quand même sur le chantier, ce sont les andains. Mais il faudra bien ouvrir d'autres carrières un jour, non plus pour la NRL puisqu’on est capable de terminer ce chantier avec une digue sans avoir à recourir à une carrière, mais pour le reste. Pour construire des maisons, pour construire des routes, dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans… Avec quel matériau on va le faire ? Il y a déjà aujourd’hui une alerte qui est portée par les carriers et les responsables du BTP à La Réunion. La conséquence de cette perspective c’est quoi ? C’est l’augmentation du coût de la construction. Qui paye au final ? Je comprends la sensibilité par rapport à l’exploitation d’une carrière, mais…
L’intérêt général doit primer sur l’intérêt particulier ?
Je pense.
Autre dossier important à la Région : Air austral sur lequel pèse aujourd’hui une double menace : soit d’être absorbée par Corsair et la réaction des Réunionnais c’est de se dire : "tout ça pour ça, on a dépensé autant de millions pour que ça soit les Antillais qui prennent le contrôle", soit carrément une fermeture d’Air Austral. Quelles sont les solutions que vous préconisez aujourd’hui ?
Air Austral est une très belle compagnie aérienne. Avec un personnel, des agents remarquables, qui se battent pour le pavillon Réunion et qui ont amené de manière saine une vraie concurrence dans les déplacements entre La Réunion et la métropole. Air Austral a en plus cette particularité d’être la compagnie réunionnaise dans l’océan Indien, ce qui permet à La Réunion d’être connectée aux autres pays du bassin océan Indien. Avec des expériences qui ont été menées jusqu’en Chine, en Inde, en Afrique du Sud. C’est de cette compagnie-là dont on parle aujourd’hui. Avec près de 1.000 agents. Cette compagnie a été construite sur les fonds publics. La Région Réunion est l’actionnaire principal de cette compagnie depuis trente ans.
Aujourd’hui, pour des raisons que tout le monde comprend, qui sont liées à la crise Covid avec quasiment aucun vol en 2020, une reprise timide, pas de desserte de l’océan Indien, vous avez nécessairement un à-coup terrible. Au niveau national, quelle a été la réaction ? L’Etat a accordé plus de 7 milliards d’euros - par des facilités, des emprunts, tout ce que vous voulez - à la compagnie Air France.
La Région Réunion, en 2020, a dégagé près de 60 millions d’euros, dans un premier temps, accompagnée par l’Etat, accompagnée par la CDC, pour permettre à la compagnie de pouvoir tenir sur cette première période.
Aujourd’hui, soit la Région accepte qu’Air Austral, affaiblie pour ne pas avoir ramené suffisamment de moyens, entre en négociation avec Corsair et dans ce cas-là, il y a effectivement le risque que vous évoquez d’une cannibalisation par Corsair, ce que je ne souhaite pas.
Soit la Région et les Réunionnais, nous prenons nos responsabilités à nouveau, nous interpellons l’Etat. Parce que l’Etat ne peut pas se contenter d’accompagner Air France et de ne pas le faire pour la compagnie régionale. Et en faisant cela, en remettant les moyens nécessaires, vous avez à ce moment-là une compagnie Air Austral qui peut discuter d’égale à égale avec Corsair. Je pense qu’il faut aller vers ce partenariat aujourd’hui parce que la ligne Réunion - Paris est de plus en plus difficile en termes de concurrence. Mais il faut le faire dans les meilleures conditions.
Depuis quatre mois, on entend la présidente de Région dire à chaque fois qu’elle invite la presse que la Région a été très mal gérée et que les caisses sont vides, que Didier Robert a tout dilapidé. Quelle est votre lecture ?
Je ne suis pas étonné par cela. Cela fait dix ans que ce discours est tenu. Cela fait dix ans que l’opposition, de 2010 à 2015 et de 2015 à 2021, a toujours dit que la Région allait dans le mur, que les finances étaient mauvaises, que c’était la catastrophe annoncée etc. Deux éléments : le premier, c’est vrai que la Région a beaucoup emprunté ces dernières années. La majorité actuelle dénonce plus d’1 milliard d’euros d’emprunt. C’est vrai, c’est une réalité. Mais si ces emprunts ont été faits, ils l’ont été pour investir.
La Région porte aujourd’hui plus de 36% de l’investissement public sur notre territoire depuis dix ans, soit l’équivalent de presque 3 milliards d’euros. L’investissement public, ça veut dire quoi ? Ça veut dire soutien aux entreprises, ça veut dire création d’entreprises, création d’emplois, accompagnement des emplois. Pour quels types de projets ? Il n’y a pas que la NRL ! Tout le réseau régional routier a été refait. Le pont sur la ravine du Chaudron, le pont sur la Rivière des Galets, tous les radiers de la RN2 ont été supprimés jusqu’à Sainte-Rose, Saint-Philippe. Pareil au Tampon, il y a la voie de contournement de Saint-Joseph, l’aménagement qu’il a fallu faire sur la RN5 pour monter à Cilaos au niveau du Petit Serré. Ensuite, il y a un lycée construit, le lycée Mémona Hintermann-Afféjee à Saint-Denis. Il y a aussi 35 ou 36 réhabilitations de lycées qui ont été faites sur toute cette période. Mais aussi la réhabilitation des centres de formation. On parlait d’Air Austral tout à l’heure, c’est de l’investissement aussi, tout comme pour les aéroports avec un investissement Région - Europe, et le port Réunion pour lequel il y a eu beaucoup d’investissements posés et qui est devenu un port de référence dans la zone océan Indien. Voilà autant d’exemples qui permettent d’illustrer ce niveau d’investissements.
M. Dupuy, quand vous allez voir votre partenaire financier et que vous lui demandez 100 ou 200 millions d’euros et qu’il vous dit : "oui, bien sûr !", pourquoi ils le font ? Parce que la Région est bien gérée ! Vous imaginez un banquier prêter à la Région si la collectivité était mal gérée. Ça n’existe nulle part. Si nous avons pu obtenir auprès de la Banque européenne d’investissements plus de 500 millions d’euros de crédits, si nous avons pu obtenir par exemple auprès de la Caisse des Dépôts près de 700 millions d’euros de crédit, si nous avons pu obtenir auprès des banques locales plusieurs centaines de millions d’euros de crédit, c’est parce que les comptes sont examinés à la loupe.
Le deuxième élément : il y a un ratio qui est imparable. Et je vous propose de faire cet exercice-là sur l’ensemble des collectivités : c’est l’épargne brute. C’est-à-dire la différence entre les dépenses de fonctionnement et les recettes de fonctionnement. Et c’est ce ratio qui vous permet de mettre en avant votre capacité d’auto-financement ou l’excédant brut d’exploitation dans le monde de l’entreprise. En fait, c’est votre marge de manoeuvres quand vous avez payé vos dépenses de fonctionnement et que vous tenez compte des recettes de fonctionnement. En somme, c’est de dire qu’est-ce qu’il reste ? Ce qui reste à la Région chaque année depuis dix ans, c’est en moyenne plus de 120 millions d’euros d’épargne brute par an. Et ce sont ces 120 millions qui ont permis à la Région d’avoir la confiance des banques et de pouvoir réinvestir.
Dernier élément d’illustration : si la gestion de la Région était si mauvaise que cela, la nouvelle majorité qui a eu à examiner le compte administratif aurait dû voter contre. Elle ne l'a pas fait. Le compte administratif, pour une collectivité, c’est le récapitulatif de l’ensemble des engagements de dépense de l’année précédente. La nouvelle majorité a donc examiné le compte administratif, et donc la gestion de Didier Robert et de son équipe, au moins sur l’année 2020. Si elle estimait que j’étais un si mauvais gestionnaire que ça, si elle estimait qu’il n’y avait plus aucune marge de manoeuvres, elle aurait voté contre. Ça n’a pas été le cas. Donc c’est quelque part me rendre hommage, c’est quelque part me donner quitus sur la gestion qui a été faite. Il y a donc le discours que j’entends depuis dix ans et puis la réalité des chiffres. Et à partir de la réalité de ces chiffres, je le dis, je le répète : "j’espère que cette majorité réussisse mais il faut qu’elle soit dans l’action. Parce que camper en permanence dans les yakafaukon, il aurait fallu faire comme-ci, faire comme ça, on n’a plus de sous… non !
Revenons à la vie politique. Tout à l’heure vous disiez que vous vous retiriez de la vie politique. Est-ce que ça veut dire que vous ne serez plus candidat à des élections ? Est-ce que ça veut dire que vous n’assisterez plus à aucune assemblée plénière de la Région, à aucun conseil municipal de Saint-Denis ? Est-ce que vous allez même jusqu’à démissionner de ces fonctions ?
Ça veut exactement dire ça bien sûr. Je suis un homme d’action. J’aime mon pays, j’aime La Réunion, je me suis battu pendant toutes ces années sur la base de valeurs auxquelles je crois. Le travail, l’éducation, plus de solidarité. Je ne vais plus agir sur le terrain politique. Je l’ai dit tout à l’heure, je ne veux pas être dans une opposition que je considère par avance comme une opposition stérile et je ne veux pas apparaître comme celui qui va freiner quoi que ce soit.
Pour ma part, je serai aux côtés d’associations, notamment d’associations qui oeuvrent dans le domaine caritatif, auprès des plus démunis. Et je le ferai à titre bénévole parce que je crois fortement à ce que font ces acteurs associatifs. Je m’engagerai auprès d’un certain nombre d’entreprises sur le plan professionnel parce que je crois qu’il y a des réussites réunionnaises qui doivent permettre demain à d’autres entreprises d’éclore. Donc il y a un vrai potentiel de développement sur ce territoire et je veux prouver aussi, à petite échelle, au niveau d’une entreprise, que c’est possible.
Je travaille aussi, enfin, à écrire un livre. Je vais le faire, je vais le sortir pour pouvoir continuer à partager ma vision pour mon île. Je vais m’intéresser beaucoup à tout ce qui se fait autour des médias parce que je pense qu’il y a une vraie responsabilité en termes de partage d’informations auprès des plus jeunes. Donc oui, je me mets en retrait de la vie politique.
Jusqu’à quand ? Est-ce que vous envisagez de revenir aux élections municipales par exemple ?
Aujourd’hui, je m’engage à être respectueux des nouveaux engagements que je prends. Je l’ai dit auprès d’associations, auprès d’entreprises donc la question de l’engament politique ne se pose plus.
Quel regard vous portez sur les dix années qui viennent de se passer ? Est-ce que vous laisserez votre nom dans l'Histoire de La Réunion ?
Je ne me suis jamais engagé en politique pour laisser un nom, pour laisser une trace. J’ai fait ce que je pensais être en capacité de faire et j’ai eu une chance extraordinaire, c’est d’avoir pu rencontrer des femmes et des hommes exceptionnels, des élus, des militants, des administratifs, aussi bien à la mairie du Tampon quand j’étais maire qu’à la Région, de techniciens qui font un travail remarquable. L’élu est en première ligne mais c’est souvent parce qu’il y a eu ces gens, en coulisses, qu’il y a un collectif qu’on a réussi à constituer, que l’on a pu faire un certain nombre de choses.
Tout n’est pas parfait mais encore une fois, ça s’est fait sur la base des valeurs que j’ai voulu défendre. Et ces valeurs elles sont simples : je préfère le travail à l’assistanat, je préfère une Réunion ouverte sur le monde qu’une Réunion recroquevillée. Je veux une Réunion qui soit une Réunion du vivre-ensemble, une Réunion du partage, une Réunion de solidarité, je veux une Réunion qui soit exemplaire dans la réussite économique parce qu’on ne peut pas agir sur le social si on n’est pas efficace sur le plan économique. Je veux d’une Réunion où on arrive à conjuguer le fait d’être profondément Réunionnais, et en même temps Français, et en même temps Européen.
Ça me fait penser au slogan d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, est-ce que vous allez vous engager dans la campagne présidentielle ?
Non je ne m’engagerai pas dans la campagne présidentielle. Je m’exprimerai peut-être en tant que citoyen si je l’estime utile à un moment donné. Je pense plus que jamais que notre pays a besoin d’apaisement, a besoin d’un travail de réconciliation. J’ai en mémoire, au niveau national comme local, la colère et la douleur des Gilets jaunes. Tous ceux qui se sont exprimés avec sincérité, qui ont dit le mal-être et le mal-vivre d’eux même et d’une partie de la population. Il faut en tenir compte pour pouvoir aller de l’avant. Et le rôle du prochain président de La République, c’est d’avoir ça à l’esprit. Le rôle du prochain président de la République c’est de faire confiance aux Outre-mer. De faire confiance aux acteurs politiques, économiques, associatifs des Outre-mer, d’entendre les Outre-mer. Ce qui n’a pas été le cas. Je regrette le manque d’écoute. Pas seulement du président de la République Emmanuel Macron mais de manière générale, du manque d’écoute et parfois de considération de Paris à notre égard. Je n’ai pas eu cette difficulté-là avec la Commission européenne, avec les acteurs européens. Nous avons toujours, depuis 2011, travaillé en parfaite loyauté sur la base d’un projet réunionnais qui était discuté, validé. Et c’est sur la base de ce projet validé que tous les fonds européens ont été ensuite canalisés. Je n’ai jamais eu ce débat de fond sur La Réunion avec Paris. il faut qu’on aille plus loin en matière d’anticipation, en matière d’autonomie sur le plan économique pour que La Réunion puisse franchir un pas significatif.
Est-ce que le choix de votre candidat aux présidentielles est fait ?
Oui bien sûr.
Mais il est trop tôt pour en parler ?
Oui.
Après avoir été à la tête de la plus grande collectivité du territoire, est-ce que c’est facile de rebondir professionnellement ?
Rien n’est facile.
Il y a des rumeurs qui vous imaginaient directeur de cabinet ou directeur général des services dans telle ou telle collectivité ? Ce n’est pas évident quand on a été si haut ?
Ce n’est pas un problème de hauteur, pas un problème d’ego. Je ne place pas le débat là-dessus. D’abord je n’en avais pas envie, et je ne pense pas pouvoir être réellement utile dans un cabinet ou dans une collectivité aujourd’hui. Par contre, être à côté d’acteurs associatifs, des gens auxquels je crois profondément et qui apportent énormément aujourd’hui sur leurs sujets, et professionnellement travailler demain avec le secteur privé pour essayer d’amener mon expérience, mon savoir-faire sur tel ou tel sujet, oui, ça ça m’intéresse. De cette manière je pense pouvoir être utile et continuer à agir utilement pour La Réunion.
Votre métier ça va être quoi dans les mois qui viennent ?
Je me suis attelé à ça dès le lendemain de l’élection et dans quelques semaines je pourrai en parler plus facilement.


