"Deux ans d’insomnies et le sentiment d’avoir été bernés" : une nouvelle vague de victimes du constructeur Homia devant la justice

Sept ans après la déconfiture d’Homia et la fuite de son gérant à Madagascar, une quinzaine de victimes du constructeur de maisons individuelles attendent toujours que la justice se prononce sur la perte des fonds avancés. Le préjudice dépasse le million d’euros.
On leur avait vendu la maison de leurs rêves, ils n’ont récupéré que des chapes de béton et un gros trou dans leur trésorerie. Comme beaucoup d’autres avant eux, une quinzaine de clients abandonnés en rase campagne par la société tamponnaise Homia construction espèrent encore que la justice puisse reconnaître leur préjudice.
Technologie "novatrice"
Tous ont en commun d’avoir cédé aux sirènes de ce constructeur de maisons individuelles leur ayant vendu une technologie "novatrice" consistant à monter des panneaux de polystyrène avec projection de béton, réputés plus performant en termes d’isolation thermique et phonique, plus rapides à monter et plus "écolo".
Derrière ce business qui s'avèrera en trompe-l’œil, un homme désormais bien connu de la justice. Johny Morel, le fondateur d’Homia et de l’EURL Phosphor, sera condamné plusieurs fois par la suite pour banqueroute, travail dissimulé, escroquerie... Réputé parti à Madagascar, le Saint-Pierrois décrit comme "beau parleur" fait d’ailleurs l’objet d’un mandat d’arrêt depuis une décision de la cour d’appel de Saint-Denis en 2021 le condamnant à deux ans de prison ferme.
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"Leur site donnait envie"
"Franchement, leur site donnait envie" se rappelle Jérôme*, qui, avec sa compagne, accepte un devis en février 2017 pour faire construire leur maison par Homia à Saint-Paul. "Ils proposaient aussi les panneaux photovoltaïques, de la domotique... Bref, une maison moderne, clés en main, et on s’est dit qu’on allait vivre avec notre temps", raconte ce professionnel de santé âgé de 35 ans à l’époque, charmé par le discours de Johny Morel. L’homme, bientôt sous le coup d’une interdiction de gérer, est de toutes les discussions alors qu’il n’apparait déjà plus dans l’organigramme de la société.
"Il a fallu tout détruire"
Le chantier démarre en septembre 2017. Après un premier appel de fonds, la dalle est coulée, et l’entrepreneur demande un nouveau versement. A ce stade, le jeune couple a déjà versé la moitié de la somme convenue, mais le chantier s’arrête subitement. "Au début on nous dit que c’est la trêve du BTP, puis qu’il y a un problème avec les panneaux qui sont arrivés déformés en sortant du bateau", relate Jérôme.
Les acquéreurs découvrent en même temps que la société a été cédée à un nouveau gérant, qui leur promet pourtant de finir le chantier en employant une nouvelle technologie. Mais "les ouvriers ne semblaient pas formés à cette technique. Et alors qu’1,50 m de murs étaient montés, un copain du bâtiment me dit que ça ne tiendra pas. Les ferrailles s’enlevaient comme dans du beurre. Il a fallu tout détruire".

"Ils nous ont baratiné pendant trois mois"
En mai 2018, le couple se retrouve avec un terrain vague, et découvre dans la presse qu’Homia est en train de couler. En octobre, le chantier est définitivement abandonné alors que le couple a déboursé plus de 100 000 euros. "Il a fallu qu’on trouve un nouveau constructeur, et, heureusement, on a pu finir la maison. Mais ça a été deux ans d’insomnies, à se rendre fous. On s’est sentis bernés. Même la maison-témoin qu’ils nous avaient présentée n’étaient pas à eux" se souvient-il.
Jérôme découvre qu’ils ne sont pas seuls dans cette galère. "Ils inspiraient confiance. Et quand le chantier s’est arrêté, ils nous ont baratiné pendant deux-trois mois, jusqu’à ce qu’on comprenne qu’ils ne reprendraient jamais", témoigne un autre client floué de près de 90 000 euros.
80 000 euros pour une dalle de béton
"Je pense qu’ils savaient dès le début qu’ils ne construiraient pas la maison, que c’était une arnaque" estime aujourd’hui Isabelle, qui s’est lancée dans un projet Homia avec son époux à Saint-Gilles fin 2017. "Ils inspiraient confiance, on était impressionné avec leur grand dépôt, leur matériel, leur discours… Mais après le premier déblocage de fonds, rien ne s’est passé. Ils nous ont fait faire du terrassement, puis ils ont coulé une dalle. On fait le deuxième déblocage de fonds, mais rien ne se passait plus. Ils avaient toujours une excuse : le matériel n’arrive pas, il y a de nouveaux investisseurs italiens qui rejoignent la société… Quand ils ont demandé un troisième déblocage de fonds, j’ai dit à mon mari : on arrête et on leur fait signer une reconnaissance de dette" retrace-t-elle.
Le couple avec deux enfants se retrouve dos au mur quand leur location arrive à terme, et qu’ils n’ont toujours pas de toit alors qu’ils ont déjà déboursé plus de 80 000 euros pour ce projet.
"Il reste encore des séquelles"
Et pour couronner le tout, Johny Morel avait même convaincu le mari d’Isabelle de démissionner pour rejoindre les équipes d’Homia. "Il a touché un demi-salaire, puis plus rien", lâche Ia Saint-Pauloise, amère.
"On a dû aller vivre chez ma belle-mère en attendant de trouver des entrepreneurs pour reprendre le chantier" poursuit la mère de famille, alors qu’Homia abandonne définitivement les travaux en octobre 2018. Sept ans plus tard, "la maison n’est toujours pas terminée. On a dû emménager alors qu’il n’y avait même pas de cuisine. Il reste encore beaucoup de travail, mais on est parfois gagné par le découragement, il reste encore des séquelles de cette histoire", conclut Isabelle, qui espère que la justice lui permettra de récupérer au moins une partie des fonds versés pour rien.
Exilé à Mada, l’ex-gérant passe entre les gouttes
Réunis en collectifs fin 2018, une dizaine de ces clients floués ont déposé plainte et intenté une action en justice, qui va mettre encore des années à aboutir. Mais le fameux Johny Morel et son associé historique ont quitté La Réunion pour Madagascar, et ne reste plus que le dernier acquéreur de la société, liquidée en mars 2019.
Alors qu’ils sont à ce jour une quinzaine de victimes identifiées par les gendarmes de Saint-Paul, pour un préjudice d’1,2 millions d’euros, le parquet de Saint-Denis a choisi de renvoyer le gérant à juger selon la procédure de plaider coupable pour construction de maison individuelle sans contrat écrit, perception anticipée de fonds et construction sans garantie de livraison. Des faits passibles de deux ans de prison et 9 000 euros d’amende, qui devaient être examinés par le juge jeudi 5 mars.
Le dernier gérant refuse finalement le plaider coupable
Mais nouveau coup de théâtre à l'audience d'homologation sur reconnaissance préalable de culpabilité : le dernier gérant d'Homia a finalement refusé la peine proposée par le parquet. Actant, de ce fait, le renvoi de l'affaire devant le tribunal correctionnel. Il faudra donc encore patienter pour les victimes, désormais dans l'attente d'un procès.
Johny Morel, encore condamné en décembre 2024 à Saint-Pierre à trois ans de prison ferme pour avoir arnaqué un couple de retraités, échappe pour sa part aux poursuites dans ce volet alors qu’il est pourtant intervenu dans de multiples dossiers de cette dernière vague de plaignants. Comme si la justice avait renoncé à demander des explications à celui qui fuit ses responsabilités depuis déjà plusieurs années.
*Le prénom a été modifié


