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Détenu dans la même cellule que son co-mis en examen : à Saint-Denis, la remise en liberté d’un trafiquant présumé contestée par le parquet

Ecrit par S. G. – le mercredi 22 avril 2026 à 11H44

Placés en détention pour éviter tout risque de concertation, deux suspects d’un trafic de cocaïne se sont retrouvés par erreur à partager la même cellule à Domenjod pendant près de trois mois. La remise en liberté de l’un d’eux a été frappée d’appel par le parquet.

En détention provisoire depuis décembre 2025, Kévin P., le chef présumé d’un réseau d’importation de cocaïne par colis postaux à La Réunion, se retrouve au cœur d’un bras de fer judiciaire depuis qu’il a été remis en liberté la semaine dernière.

Après 14 mois de prison, sa demande de remise en liberté avait été acceptée par le juge des libertés et de la détention (JLD), alors qu’il avait produit un contrat de travail et une adresse de résidence. Sa défense avait fait valoir que le dossier d’instruction ne progressait plus depuis des semaines. Mais aussi que l’un des critères majeurs de son placement en détention, à savoir le risque de concertation avec ses co-mis en examen, était devenu inopérant.

Trois mois en cellule avec son complice présumé

Et pour cause, depuis presque trois mois, le suspect partageait sa cellule avec… l’un des autres principaux suspects de ce dossier, arrêté en début d’année à son retour de métropole. Et ce alors que le juge d’instruction leur avait interdit tout contact avant leur confrontation dans son cabinet.

Une bourde qui a sans doute incité le JLD à valider la demande de libération de Kevin P., placé sous surveillance électronique. Décision aussitôt frappée d’appel par le parquet, qui met notamment en doute l’authenticité du contrat de travail produit par le mis en examen.

Contrat "sorti du chapeau"

« Il avait produit un premier contrat alors que l’entreprise n’existait plus, et, miraculeusement, il en sort un deuxième du chapeau en quelques jours. Il a fait jouer son réseau pour obtenir un contrat alors qu’il ne peut même pas expliquer ce qu’il fait comme travail. On n’est pas loin de l’escroquerie au jugement », a fustigé l’avocate générale Emmanuelle Barre mardi 21 avril devant la chambre de l’instruction, en réclamant le retour en prison du mis en examen.

Décision "hasardeuse" du JLD

« La Réunion est submergée par le trafic de stupéfiants et on se permet de remettre une tête de réseau présumée dans la nature, cette décision du JLD est pour le moins hasardeuse », déplore également la magistrate, évoquant encore « le risque de réitération des faits » de la part du mis en examen, le risque de « pression sur les témoins » ou encore celui « de se soustraire à la justice » alors qu’il encourt 20 ans de réclusion car en potentielle récidive après une précédente condamnation en 2017.

"Panique à bord"

« Quand le parquet a réalisé que ces deux-là partageaient la même cellule depuis des semaines, ça a été panique à bord, alors on s’en prend à son contrat de travail », réplique Me Julien Barraco pour la défense.

« Mais c’est un écran de fumée. On sait que les conditions sont difficiles pour les juges d’instruction, pour les établissements pénitentiaires, mais ce n’est pas une raison pour maintenir quelqu’un en détention inutilement. Mon client est sous bracelet électronique, son contrat de travail a été vérifié, il a des garanties de représentation », plaide encore l’avocat.

Un cas épineux, au sujet duquel la chambre de l’instruction a mis sa décision en délibéré à la semaine prochaine.

Lire aussi : Submergés par les affaires de stups, les juges d’instruction dionysiens "plus en mesure de traiter certains dossiers"

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