Des vaches malades à la Sicalait ? Les rumeurs les plus "folles" parcourent Bourg Murat

Vache folle ? Brucellose* ? Ces maladies évoquent de très mauvais souvenirs à la filière bovine française. Il aura fallu qu'une dizaine de génisses soient maintenues dans les ateliers de la Sicalait à Bourg Murat (Tampon) au-delà de la période habituelle pour que les soupçons jaillissent dans le village.
Le schéma est simple : entre 8 à 15 jours après sa naissance, la génisse appartenant à l'éleveur est conduite dans les étables de la Sicalait où elle est portée jusqu'au vêlage. Au terme de 7 mois environ, la vache quitte la Sicalait pour être revendue à l'éleveur laitier qui peut, enfin, assurer sa production de lait.
Problème : depuis approximativement un mois, les éleveurs ne voient toujours rien revenir. L'une des explications pour que le délai de remise ne soit pas respecté tient dans la détection de maladies, nécessitant évidemment une seconde phase de contrôle.
Ce délai est d'autant plus scrupuleux, en temps normal, que "la Sicalait ne peut traiter elle-même les vaches laitières dans ses murs", affirment, catégoriques, les éleveurs. Ce serait un non-sens : "la Sicalait doit réceptionner le lait traité par les éleveurs, mais pas traiter elle-même."
Une dizaine de génisses retenues plus longtemps à la Sicalait
Depuis quelques semaines donc, les rumeurs courent. "12 génisses qui sont en pleine lactation sont toujours à la Sica depuis 1 mois. Elles auraient des problèmes aux pattes", dit cet éleveur. Le spectre de la maladie de la vache folle est évoqué. "La Sicalait ne rend pas les génisses parce qu'elle ne veut pas contaminer les élevages", affirme un autre. Le malaise, au moins dans les propos, est réellement présent chez les éleveurs. Ils ne comprennent pas ce retard inhabituel.
Interviewé sur les raisons de ce délai hors-norme qui a vu une dizaine de génisses retenues à la Sicalait, Patrick Hoarau, son président, calme les interprétations les plus osées. "Oui, ce retard est exceptionnel" commence par dire Patrick Hoarau, en première ligne du conflit Cilam il y a deux mois maintenant. "Les génisses concernées - un lot de 10 ou 15 - ont commencé à être livrées en début d'après-midi", assure-t-il (interview réalisée à 17h30).
Des retards à cause de "congés" en série ?
La raison de ce retard ne tient pas d'une levée de doute d'ordre sanitaire selon lui. Les éleveurs inquiets jugeront sur pièces. "Ce retard est dû sans doute à des personnes qui n'ont pas fait leur travail en temps voulu, au niveau des labos. Il y a eu des congés", explique Patrick Hoarau. "Il y a toujours deux analyses et les premières analyses n'ont pas été faites en temps voulu", poursuit-il, ce qui aurait eu pour conséquence de retarder l'ensemble de la chaîne soumise "au protocole". "Tant que le protocole n'arrive pas à son terme, on ne peut pas libérer l'animal", complète-t-il. "C'est le principe de précaution qui prévaut", ajoute-t-il fort justement. "C'est un retard exceptionnel indépendant de la Sicalait", affirme encore Patrick Hoarau, qui s'adresse finalement indirectement aux éleveurs interrogatifs. Il faut savoir que la coopérative bien connue des Réunionnais réceptionne chaque mois entre 30 à 35 génisses. "Pour réceptionner un nouveau lot de bêtes, il faut avoir rendu celles qui sont présentes."
"Pas de souci majeur" selon la DAAF
Le terme de "protocole" fait réagir un fin connaisseur de l'élevage laitier. "S'il y a eu un protocole à respecter, cela veut bien dire qu'il y a eu des problèmes", souffle-t-il. Où est la part de vérité ? Le Directeur de la DAAF (Direction de l'Agriculture) y répond sans doute en partie en expliquant qu'il n'y a eu, à sa connaissance, "aucun souci avec la Sicalait. Les analyses faites n'ont pas soulevé de souci majeur", affirme-t-il.
Patrick Hoarau livre une lecture moins assurée lorsqu'il s'agit de démentir les rumeurs de maladies attaquant les pattes des bêtes. "Je ne sais pas s'il y a eu des cas comme ça. Nous avons, nous, suivi le protocole (un protocole interne et non assuré par la direction des services vétérinaires, explique P. Hoarau). Si on le respecte pas, on ne livre pas", réitère-t-il. Le président de la Sicalait voit dans cet emballement l'oeuvre d'anciens éleveurs qui auraient une dent "contre la Sicalait". Le message est passé.
Toujours est-il que les éleveurs que nous avons pu interroger demeurent quant à eux unanimes sur un point : la rétention d'information de la part de la Sicalait. "La Sicalait nous cache les problèmes qu'elle a pu détecter", explique cet éleveur.
D'autres rappellent aux autorités un précédent sanitaire qui a marqué certains dans le milieu. "En 1997, ils ont camouflé un abattage chez un éleveur dont les vaches étaient atteintes d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB)", se remémore ce professionnel. Invérifiable en l'état.
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* La brucellose est une affection contagieuse qui touche principalement les bovins et qui est provoquée par la bactérie Brucella abortus.


