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Des mystères de l'archéologie Outre-mer...

Ecrit par zinfos974 – le lundi 15 novembre 2010 à 12H24

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"Collectivement, en tant que citoyens, nous pouvons désormais être fiers d’avoir réussi à assurer cet équilibre fragile qui permet d’aménager le présent et l’avenir, sans pour autant effacer le passé. Chaque nation, aussi diverse soit-elle dans ses composantes, doit pouvoir s’enraciner dans une longue histoire et comprendre le territoire qu’elle occupe. Un patrimoine est moins ce que l’on reçoit de ses prédécesseurs que ce que l’on transmet à ses successeurs."
Jean-Paul Demoule, préface de La France archéologique, vingt ans d’aménagement et de découvertes. (source : inrap.fr/archeologie–préventive)
 
 
Depuis des décennies, toutes les régions françaises sont dotées d’un service d’archéologie ; les départements d’outre mer de la Caraïbe et d’Amérique du sud en ont un depuis 1972. Sauf La Réunion. Pourquoi ? Mystère …  Peut-être considérait-on en haut lieu qu’il était inutile de se pencher sur le passé archéologique d’une île  qui n’est habitée de manière permanente que depuis 350 ans environ, que cela n’offrait pas d’intérêt et que seul un passé  préhistorique, gallo-romain, caribéen ou amérindien était digne d’attention ?
Ces temps sont, nous voulons le croire, fort heureusement révolus et nous nous réjouissons de la très récente nomination d’un archéologue, Mr Edouard Jacquot à la Drac de la Réunion : nous pourrons enfin connaître un peu mieux notre histoire, toute notre histoire et de manière scientifique. En particulier nous saurons comment nos ancêtres – quelles que soient leurs origines – ont vécu et se sont adaptés à un environnement nouveau pour eux.
Trop de temps perdu et d’erreurs commises
Quatre décennies se sont écoulées depuis la création de services d’archéologie dans les autres régions françaises ! Combien de longères détruites pendant tout ce temps à la Réunion ? Combien de camps d’engagés et d’esclaves rasés ? Combien de lieux de sépulture enterrés sous le béton ? Que sont devenus les lieux habités par les premiers colons, par Louis Payen et Etienne Regnault, par leurs femmes françaises, malgaches ou indo-portugaises ? Il y a-t-il encore des vestiges de leurs habitations et de leurs lieux de culte ? Il nous manque tant d’éléments sur la vie de ceux qui nous ont précédés depuis 1663, qu’ils aient été blancs, noirs ou métis, libres ou non !
Dans un passé récent encore il y a eu bien des dommages irréparables : n’a-t-on pas donné  à CBO Territoria, sans l’ombre d’un scrupule, l’autorisation de détruire l’usine de Grand Bois, à l’exception de la façade ? N’y avait-il pas matière à recherche archéologique sur ce site industriel ? N’a-t-on pas vu – méconnaissance de l’histoire, inconscience juvénile ou fierté iconoclaste de n’être « pas là èk sa » – le bien jeune maire de Saint-Philippe, faire allègrement gronder ses bulldozers sur une partie du cimetière de Basse-Vallée ?
 
 
Faire parler le sous-sol réunionnais
Il est heureux que nos compatriotes aient à présent une conscience plus aigüe de leur patrimoine et demandent qu’il soit respecté. Il est bien également qu’un archéologue soit arrivé et se soit mis au travail. On peut ainsi espérer que les sites intéressants seront à l’avenir sauvegardés et que des travaux pourront être menés avec toutes les garanties scientifiques. Car les chantiers ne manquent pas :
–      A Basse-vallée d’abord, où pour un piètre gain matériel (une maison que l’on pourrait construire facilement ailleurs), le maire risque de perdre irrémédiablement le bénéfice moral d’avoir respecté un cimetière historique et  la municipalité de Saint-Philippe de gâcher l’attrait touristique important qu’elle pourrait en retirer.
–      A Saint-Paul, premier site de peuplement de l’île : c’est là que se sont établis les premiers colons, là que s’est monté le premier village, là que s’est construite la première église, que s’est développée la première ville de la colonie. Les lieux de prospection ne manquent pas ; nous n’en voulons pour preuves que la découverte d’ossements près du cimetière marin à l’occasion d’un récent raz de marée ou la trouvaille d’une "citerne" qui cache encore bien des mystères.
–      Il nous faut également mentionner le cimetière du lazaret de la Grande Chaloupe : combien de tombes il y a-t-il exactement et qui donc y est enterré ?
–       N’ayons garde d’oublier Le Gol où se trouve tout près de l’usine un vaste terrain où ont habité les esclaves et les engagés de la grande propriété sucrière. On ose espérer que la Drac, que les services municipaux procéderont à une fouille programmée.
–      Il y a – last but not least–  le chantier du Boulevard Nord. Dès que l’on donnera le premier coup de pioche on découvrira le site du port de Saint-Denis, dont l’entrée se trouve précisément aux pieds de la statue de Roland Garros (1).
 
Chantiers urbains, propriétés sucrières, sites industriels, on doit pouvoir, suivant l’expression imagée, faire parler le sous-sol de notre île (2). Il va sans dire que nous serons tous à l’écoute !
Robert Gauvin
Défense patrimoine Réunion
Dpr974.wordpress.com
           
(1) Le port de Saint-Denis se situait entre la statue actuelle de Roland Garros à l’ouest et RFO à l’est, avec au nord le front de mer et au sud l’hôtel "le Saint-Denis", le casino et les bâtiments dans leur prolongement. L’entrée du port se trouvait quasiment aux pieds de la statue de Roland Garros qui n’existait pas à l’époque.
(2) Il serait nécessaire que soit mise en œuvre à La Réunion la loi dite d’archéologie préventive permettant de protéger les vestiges menacés par de grands travaux d’aménagement ou d’urbanisme (construction de route, de parking)… De même il est urgent, si cela n’existe pas encore, que soit dressée la carte archéologique de notre île.

 

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