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Des migrants sri lankais mettent le souk dans une résidence de Saint-Denis

Exaspérés et parfois découragés au point de déménager. Des locataires de la résidence sociale Auteuil à Saint-Denis ont remué ciel et terre pour faire cesser les nuisances produites par certains migrants sri lankais hébergés par la Croix rouge en attendant que leur demande d’asile soit traitée.
Ecrit par Ludovic Grondin – le lundi 4 mars 2024 à 06H03

« On a fait des lettres à la préfecture, on a déposé des lettres au Département, au Conseil régional, on a essayé de toquer à toutes les portes qu’on pouvait », soufflent des locataires de la résidence Auteuil. Une résidence sortie de terre en 2010 et qui fait partie du parc locatif social et très social de la SHLMR.

Leur tranquillité a été perturbée par l’arrivée de nouveaux voisins, des migrants sri lankais parmi les derniers arrivés à La Réunion par bateau. Ces derniers ont été placés dans divers logements par la Croix rouge, au titre de sa mission HUDA (hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile), en attendant la longue instruction que constitue l’examen de chaque dossier par les services de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Dans la résidence Auteuil qui se trouve dans le quartier Vauban à Saint-Denis, chacun a sa petite anecdote à raconter lorsqu’il s’agit d’évoquer leurs voisins sri lankais.

« Le jour même où une famille a emménagé au-dessus de mon appartement, à 23h, avec une voisine je suis allée les voir pour leur dire d’arrêter avec les bruits du pilon. La dame m’est rentrée dessus d’une manière… pour me dire qu’il faut bien qu’elle fasse à manger ! À manger, oui je comprends mais il y a bien des horaires à respecter. On a eu droit au pilon à 23h ou à 5h du matin parce que monsieur et madame allaient travailler au noir toute la journée du coup ils nous disaient qu’ils n’avaient pas le temps de cuisiner », rapporte par exemple une habitante de la résidence.

Une autre, vivant seule avec ses enfants, aurait subi les avances d’hommes à qui elle a tenu tête. « Il faut savoir qu’il y a des appartements où il n’y a que des hommes et des appartements où il y a des familles sri lankaises. Et cette voisine à l’étage vit en face d’un appartement composé que d’hommes. Un jour, ils ont voulu embêter cette voisine qui les a tapés. C’est pas parti devant la justice mais elle les a remis à leur place », évoque-t-elle. Au fil des mauvais comportements des nouveaux arrivants, les anciens se sont peu à peu serrés les coudes pour agir ensemble et faire remonter pétition et courriers. Exaspérée, une résidente a préféré plier bagage. Elle habitait dans le bâtiment C de la résidence Auteuil qui est composé de trois immeubles : le A, le B et le C. Seuls les bâtiments A et C accueillent des migrants sri lankais alors que le bâtiment B est essentiellement constitué de personnes âgées et handicapées. « Elle était même passée par un médiateur, elle a tout essayé mais ils n’ont rien fait pour elle. Elle a préféré déménager », raconte une voisine.

"Le week-end, quand il y a un anniversaire ou lors des fêtes, on comprend qu'il y ait la fête, mais là, le vendredi soir, le samedi soir, le dimanche après-midi ils sont tellement bourrés qu’ils vomissent dans notre cour ou de l’autre côté où il y a les portes d’entrée". Elle se rappelle aussi de l’un de ces soirs où les résidents ont dû appeler les pompiers parce qu'un petit groupe avait mis des bouts de bois au milieu de leur salon et allumé un feu tellement ils étaient saouls. D’autres se souviennent aussi de ceux qui crachent depuis leur fenêtre. "Franchement, on a rien contre eux mais après il faut qu’ils s’adaptent à leur environnement, ils ne peuvent pas faire du pilon à 23 heures en disant qu’'il faut qu’on se nourrisse', non ce n’est pas possible !", explose une résidente.

Une intervention efficace façon grand frère

La délégation départementale de la Croix rouge nous confirme avoir été alertée par le bailleur SHLMR et la mairie et dit avoir « réagi rapidement ».

« Suite aux signalements, on a convoqué les trois colocations. On a rappelé les règles de voisinage, on a mis un avertissement écrit à tous les résidents sur le fait qu’ils s’étaient engagés dans le contrat de séjour à respecter les règles de voisinage, de non tapage. On a mis un avertissement comme quoi c’était la dernière fois qu’on avait des plaintes à ce sujet. On avait fait un retour, à la SHLMR et à la mairie, des avertissements mis et depuis on fait des visites inopinées à domicile sur la résidence Auteuil pour vérifier l’état des nuisances éventuelles sur les appartements considérés », nous répond Manon Héribert, directrice du pôle lutte contre les exclusions de la Croix Rouge Française Réunion.

Sur les trois visites inopinées effectuées à ce jour, les bénévoles ont relevé un « calme plat, rien à signaler » sur les trois appartements regroupant une dizaine d’hommes en colocation ainsi que deux familles. Il s’agit de Sri Lankais parmi ceux qui sont arrivés récemment sur le territoire. Rappelons que les tout premiers avaient débarqué en 2019.

Il y a deux semaines, par le fruit du hasard grâce à une publication Facebook, le fondateur de l’association Ansamb OI a pris connaissance de ce malaise entre migrants et habitants de la résidence Auteuil. Fabrice avait créé son association en 2019 dès les premiers accostages dans le but d’accueillir dans les meilleures conditions possibles ces candidats à l’asile. Entre quatre yeux, le bénévole est venu ces derniers jours frapper à la porte de la vingtaine de Sri Lankais suspectés de mettre le souk dans la résidence. Son intervention a eu visiblement plus d'impact que les passages de La Croix rouge.

« Je leur ai expliqué comment ça fonctionne à La Réunion. On m’a signalé qu’il y avait beaucoup de musique le soir ou qu'ils font à manger à 22 heures. Il y a eu un cas de quelqu’un qui a vomi depuis les étages mais ça ne va plus arriver », y croit Fabrice. Il faut dire que le président d’Ansamb OI leur a passé un véritable savon. Ce que confirment les voisins de palier qui ont assisté aux remontrances. « Il les a bien mis à l’ordre. Il leur a gueulé dessus, dans leur langue, depuis on ne les entend plus. Ensuite, il est venu nous présenter des excuses, il nous a dit que ça ne se représenterait plus et que, s'il y avait un souci, de l’appeler, mais combien de temps ça va durer on ne sait pas », explique une habitante ravie de cette intervention inespérée.

Du travail au noir qui n'est plus un secret

Sur les accusations de travail au noir, Fabrice admet qu'il existe bien mais l’explique naturellement. « Certains travaillent au noir pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont pas encore les papiers pour être déclarés, c’est tout. Ce n’est pas un secret. Et heureusement que ces personnes-là vont travailler parce que sinon - ils sont humains comme nous - ils pourraient aller voler ou devenir des délinquants."

"Ces personnes arrivent à s’intégrer à la société réunionnaise, totalement totalement !", défend-il leur cause. "Les enfants, pour la plupart, sont 1er ou 2e de leur classe, ils sont très studieux, personne ne pourra dire le contraire, ni les enseignants, ni les directeurs d’école. Ce sont des gens qui ont un savoir-être, un savoir-vivre et un savoir-faire aussi. Ils sont très appréciés, ce sont des gens sérieux et ce sont des bosseurs. Après, comme partout, il y a toujours des gens qui sont dans l’attente et qui ne savent pas s'ils vont être renvoyés dans leur pays donc comme ils n’ont rien à faire eh bien ils dépriment, ils vont boire parce qu’ils ne se sentent pas bien". Selon nos informations, certains travaillent dans un restaurant du chef-lieu, d’autres dans un marché, chez un vendeur de samoussas ou encore dans le BTP. Ils ne s’en cachent même pas en effet, trahis par leur bleu de chauffe sali en rentrant dans leur logement en fin de journée.

L'antenne régionale de la Croix rouge déplore en tout cas la façon dont certains résidents importunés par les nuisances ont réagi en divulguant sur les réseaux sociaux les numéros d'appartement de ces Sri lankais. "Ça n'apporte rien et ça jette l’opprobre sur les personnes alors que ce n’est pas complètement entendable", fait-elle savoir en rappelant que la plupart des problématiques de voisinage ne sont évidemment pas du seul fait des Sri lankais.

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