Démonstration de force de la Plateforme réunionnaise sur la 5ème circonscription

La Plateforme réunionnaise bat campagne à la Rivière des Roches. Des centaines de militants sont venus assister aux prises de parole d'Olivier Hoarau, d'Audrey Bélim, de Maurice Gironcel, d'Ericka Bareigts et de Patrice Selly ainsi que du binôme en lice sur la cinquième circonscription, Anne Chane-Kaye-Bone Tavel et Judex Thermea.
Répondre à la colère de la population
Anne Chane-Kaye-Bone Tavel révèle que le camp Bareigts envisageait de l'envoyer au combat des Législatives quelques heures après l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron. Mais ce ne sera qu'environ une semaine plus tard que sa candidature sera annoncée publiquement, après une réunion de négociations partiellement infructueuse avec l'autre plateforme de gauche.
La candidate divers gauche de la cinquième circonscription est revenue sur son parcours politique et son engagement à la mairie de Saint-Benoît et à la Région. Une implication en politique qu'elle vit pleinement : elle n'a donc pas hésité longtemps à accepter d'entrer dans l'arène lors de ces Législatives.
Dans son discours, elle fustige le député sortant qu'elle accuse d'un manque de proximité. Anne Chane-Kaye-Bone s'excuse auprès des militants pour le qualificatif qu'elle s'apprête à employer pour décrire Jean-Hugues Ratenon. "Il est inefficace", lâche-t-elle. "On ne peut pas se laisser berner par le député sortant qui préfère la violence et la brutalité plutôt que de travailler pour notre population", insiste la candidate.
L'enseignante de métier décide ensuite d'aborder le sujet du vote d'extrême droite avec beaucoup de pédagogie. "Le RN semble être le refuge de ceux qui sont en colère qui ne comprennent pas comment marche la politique", explique-t-elle avant d'ajouter, "je comprends la colère quand la grande majorité de nos concitoyens se sentent humiliés."
"Je refuse d'entendre que des électeurs qui votent RN sont des extrémistes ou des racistes. Ce sont des citoyens qui ont perdu foi en la politique", assure la candidate. Mais elle tient à rappeler les valeurs d'extrême droite et pourquoi celles-ci sont dangereuses : "Aujourd'hui le RN se pose contre l'égalité salariale hommes et femmes, contre les violences faites aux femmes, le projet de loi contre harcèlement scolaire."
Après avoir lancé un appel aux électeurs et abstentionnistes en colère, elle conclut avec les piliers de son programme : la hausse du pouvoir d'achat via une revalorisation des salaires et pensions de retraite, ainsi que la lutte contre l'insécurité.
Un bilan du député sortant décrié
Patrice Selly tire lui, à boulet rouge sur Jean-Hugues Ratenon. Le député sortant est aussi accusé par le maire de Saint-Benoît de faire campagne sur sa commune pour 2026. "Le député sortant manque aussi de clarté. Il veut être député pour cinq ans, et non pas pour 2 ou 3 ans. Sauf que le député sortant a d'autres ambitions, il ne souhaite pas briguer un nouveau mandat à l'Assemblée nationale, il souhaite me remplacer à la mairie dès 2026, c'est dans à peine 15 mois", déclare-t-il.
L'édile bénédictin souligne aussi la proximité entre Jean-Hugues Ratenon et le maire RN de la Plaine-des-Palmistes : "Nous avons un député sortant qui manque de sincérité, un député qui siège depuis sept ans. Il se présente sous une bannière de gauche. Mais la réalité est bien plus hypocrite, car il entretient des relations malsaines avec le représentant du RN à La Réunion, Johnny Payet."
Patrice Selly détaille par ailleurs le bilan qu'il porte avec son équipe dont son adjointe aujourd'hui candidate : "Nous étions au bord de la tutelle début 2020 et c'est grâce à notre travail et au sacrifice des uns et des autres que Saint-Benoît a retrouvé une sérénité budgétaire, pas grâce au soutien du député."
Le maire de Saint-Benoît déplore aussi un manque de soutien du député Jean-Hugues Ratenon lors d'événements violents survenus sur sa commune : "Depuis 2021, je n'ai pas arrêté de dénoncer ces problèmes. J'ai mis des mots et à aucun moment le député sortant n'a pris son téléphone pour appeler le maire pour apporter son aide. Nous avons besoin de personnes capables de parler avec les élus et les maires de la 5e circonscription. L'actuel député ne parle qu'avec 2 maires sur 7 et les deux seules communes avec qui il parle ce sont ses deux camarades, le maire de Saint-André et son camarade Johnny Payet."
La "vraie" gauche
Le secrétaire général du PCR, Maurice Gironcel, est dans la Plateforme réunionnaise celui chargé de mettre les points sur les i dans cet affrontement des gauches au premier tour. "Ici, c'est la vraie gauche qui rassemble, qui unit, sincère, qui fait un accord durable qui travaille ensemble pour La Réunion", déclare-t-il.
"La Plateforme réunionnaise que nous avons construite ensemble a permis à Audrey Belim d'être élue sénatrice avec un score de la vraie gauche au-dessus des autres. Cette autre offre politique, ce n'est pas l'hégémonie. Paul Vergès disait qu'on ne devait jamais être hégémonique, respecter les autres, travailler ensemble et se rassembler", précise-t-il.
"Pour nous, n'avoir qu'une voix, c'est pas l'union, c'est l'hégémonie", continue Maurice Gironcel, qui reprend les termes utilisés par Ericka Bareigts à l'encontre d'Huguette Bello lors des Sénatoriales. "On aura des députés en fonction politique des uns et des autres et permettre rééquilibré les forces de gauche et la vraie gauche qui est nous sera mieux représentée à l'Assemblée nationale", précise-t-il.
Maurice Gironcel a tenu à élargir son discours : "Je défends aussi la candidature d'Alek Laï-Kane-Cheong et Florence Chane-Tune dans la 6ème circonscription et je dis aux militants que je suis pour l'union des générations. Nous sommes pour que l'ancien et la jeunesse s'unissent. Allons faire que la colère de cela jeunesse rejoigne la sagesse des anciens. Nou fé la démonstration de la plateforme réunionnaise qui est désormais dans le paysage politique, elle s'élargit."
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Construire pour l'avenir
Ericka Bareigts évoque, pour sa part, plus globalement la situation difficile provoquée par Emmanuel Macron. "Cette dissolution est violente pour les députés qui travaillent, pour la France avec une crise politique majeure. Ce n'était pas la chose à faire car cela amplifie la peur des gens et la peur fait basculer dans le n'importe quoi. Emmanuel Macron a décidé comme un marmaille pas content de son jouet. La politique ce n'est pas ça, mais des convictions", déclare-t-elle.
Elle insiste sur le travail qu'elle souhaite réaliser avec son alliance : "Nous sommes convaincus que nous sommes sur une voie que personne n'a prise jusque là. Nous ne sommes pas là pour effacer quiconque. Dans le panier, chacun apporte le sien et nous cherchons le meilleur pour La Réunion. C'est ça, la Plateforme réunionnaise."
La maire de Saint-Denis maintient son argumentaire qui n'a pas permis l'union complète de la gauche à La Réunion : "Nous sommes dans une situation d'exception avec le risque d'avoir majorité absolue du RN à l'Assemblée nationale. Et dans une situation d'exception, on change la méthode de faire. On ne peut pas prendre le risque de se lancer aux Législatives pour être deux ans après candidat aux municipales." C'est là, la raison pour laquelle Ericka Bareigts n'a pas souhaité soutenir Jean-Hugues Ratenon, Frédéric Maillot et Emeline K/Bidi qu'elle accuse de faire campagne pour les Municipales de 2026.
"Il faut de la sincérité aujourd'hui et aller au bout de son mandat législatif. On ne peut pas faire semblant d'être député et courir derrière un mandat de maire", martèle-t-elle avant de concéder, "Nous, on veut construire pour le long terme et en politique, c'est difficile."
Un choix de programme
Olivier Hoarau s'est aussi déplacé dans l'Est ce mercredi soir pour apporter son soutien à la candidature d'Anne Chane-Kaye-Bone Taval. Le président du parti Ansamn poursuit son engagement avec la Plateforme réunionnaise.
Le maire du Port s'est lui montrer moins virulent que ses comparses au sujet de Jean-Hugues Ratenon qu'il salue et qu'il considère comme un ami. "C'est un choix sur les programmes et la population va choisir", déclare-t-il.


