Croyons-nous au Père Noël ?
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Besoin de croire
Avec la progression de la science, on aurait été en droit de penser que le phénomène général de la croyance serait allé en s'affaiblissant. Il n'en est rien. Mieux, d'une décennie à l'autre, le fait religieux par exemple prend un essor supplémentaire.
Cependant, dans nos modes de vie et dans nos représentations, la croyance, plus exactement 'les' croyances, ne sont pas seulement tournées du côté des religions. L'idéal politique, socio-économique, laïque génèrent tous autant de foi que d'espoir chez les hommes qui les perçoivent comme porteurs de promesses et de rêves.
Doit-on en conclure que l'homme lui-même serait animé d'une quête infinie d'images de la toute-puissance pour répondre à ses attentes, combler un manque que notre société dite 'moderne' creuserait toujours plus au fond de lui ? A travers nos idoles, nos fétiches, nos superstitions, ... n'avons-nous pas tendance à prendre nos rêves pour des réalités ?
Il en est ainsi dans l'univers des hommes où le besoin de croire s'étale dans la quotidienneté la plus banale. Et la rationalité de notre pensée, pourtant dite évoluée, ne peut rien pour nous ramener sur terre. Pour preuve, quand nous dépassons les limites on peut facilement s'entendre dire : "tu crois au Père Noël ou quoi ?"
En fait qu'il s'agisse du Père Noël ou de toute autre figure idéalisée, l'homme a tout simplement besoin de croire.
Histoire du Père Noël
Le Père Noël est une création du XIXème siècle. Son ancêtre Santa Claus en pays germanique, Christ Kindel en Alsace, distribuait des jouets et cadeaux le 6 décembre en Allemagne et dans l’est de la France. Notons au passage que l’arbre de Noël quant à lui est mentionné dans des écrits datant de 1521. A l’origine il était chargé d’hosties, puis sont apparues des pommes, des roses de papier, des bougies allumées, ...
Le Père Noël, dont Saint-Nicholas serait donc l’ancêtre, est apparu aux Etats-Unis en 1823. Ce mythe familial s'est peu à peu répandu à travers les pays occidentaux, et bien plus loin. Le rite de Noël s’est profanisé dans le courant du siècle dernier. Cette désacralisation s’est mise en place parallèlement : à son extension par-delà les frontières, et à la montée en puissance de la société de marché. Construite et entretenue par l’économie marchande (la marque Coca-cola n'a-t-elle pas emprunté au Père Noël la couleur de sa robe) qui se sert – entre autres- de la fête de Noël pour réaliser de superbes opérations mercantiles. Par l’impact de ses slogans et de ses images, la pression exercée sans limite par notre société s'impose à nous dans le paysage urbain, et ce plus d'un mois avant le 25 décembre.
Avec le phénomène de la mondialisation, la croyance au Père Noël a tendance à se généraliser, à s'éloigner de ses origines, et du coup à se vider de son histoire, donc à s'uniformiser et culturellement à s'appauvrir. Il n’en demeure pas moins que "cette fête, si profondément inscrite dans la sensibilité culturelle des Français, même avec ses imperfections et ses débordements commerciaux, reste … symbolique" (Jean Chélini, historien à l’université d’Aix-en-Provence). Ainsi, force est de constater que plus en plus on fête Noël, en opérant comme un retour à la tradition païenne des Saturnales, et de moins en moins on fête la naissance du Christ.
Doit-on laisser les enfants croire au Père Noël ?
Plus exactement, doit-on laisser nos petits croire au Père Noël ? Impossible pour les parents de se dérober face à cette question. Nous n'avons pas le choix. En famille, il nous faut faire avec et adopter vis-à-vis de nos enfants une attitude éducative qui soit la plus cohérente possible (compatible avec l'histoire à la ‘petite souris’ ou celle des œufs de pâques !!) ; également la plus conforme possible avec nos idéaux politiques et religieux.
Dans le cas où le Père Noël serait susceptible de déposer ses paquets à la maison, cela va bien sûr nécessiter un minimum de complicité dans la famille pour que le secret ne soit pas trahi ! Quel jeu et quel bonheur partagés en perspective !
Cependant, il faut savoir qu'au cas où cette croyance ne trouverait pas un écho favorable dans l'univers familial, pour des raisons religieuses ou idéologiques, exit le Père Noël, les enfants auront tout de même à composer avec les discours alors contradictoires tenus dans le cadre social et, plus encore, dans le cadre scolaire où une large place lui est consacrée.
Attention cependant aux situations où le Père Noël ne passera jamais :
- soit parce que les références culturelles (sociales et religieuses) de la famille rejettent ou ignorent sa réalité ;
- soit parce que les conditions d’existence du milieu ne lui laissent malheureusement aucune chance !
Et que dire lorsque le jeune enfant, de lui-même, a tendance à se laisser bercer par cette fiction qui vient heurter les convictions de son entourage familial ? La réponse est sans appel : laisser faire ! Ce n'est pas « mentir » que de dire aux enfants que le Père Noël existe, c'est partager avec eux un moment de rêve.
Car l'univers imaginaire enfantin est comme une forêt qui a besoin de lumières, de couleurs, d'histoires. Il nous faut le connaître, l'alimenter, le respecter pour que cet univers devienne source de créativité et d'expressions. Niant la réalité, la toute puissance de la pensée permet à l'enfant de croire aux fées, aux nains, aux ogres, aux elfes … et donc au Père Noël. Elle l'aide à conforter ses défenses et ainsi protège sa vie émotionnelle.
Plus tard, à l'âge où la réalisation des désirs va devenir un paradis perdu, l'enfant a toujours besoin de croire au mystère. Doit-on, au prétexte de raisons éducatives ou tout simplement de loyauté envers nos petits qui deviennent grands, nous autoriser un jour à rompre le charme ? Inutile, car le processus de maturation socio-affective individuelle s’en chargera, tout naturellement, au rythme de l'enfant et même à l'insu de ses parents. Des parents qui vont un jour réaliser que leur enfant a fait semblant de croire, qu'il s'est tout seul, en silence, affranchi du mythe. Alors laissons-nous plutôt surprendre par un effet d'annonce qui viendrait de l'enfant lui-même du style : "Pff, moi je sais que le Père Noël c'est toi !"
Vrai et faux Père Noël
Personnage aussi familier qu’inquiétant, investi d'une image généreuse, ce 'bon père' se situe à mi-chemin entre la magie et le divin. L'enfant n'est pas dupe : il y a le "vrai" Père Noël (celui qu’on ne voit pas, auquel on écrit et on croit) et les « faux » (qui promettent et déambulent dans les allées des grandes surfaces avec des tenues parfois très drôles) ! Mais, pas d'inquiétude, les parents ont toujours trouvé des parades pour justifier l’invraisemblable. Et en cela, ils seront toujours crédibles, sauf s'ils se saisissent de cette croyance comme d'un levier de chantage en confondant le Père Noël avec le Père Fouettard...
Car, dans l'exercice de la parentalité il ne faut pas confondre les différents besoins de l'enfant : il nous faut à la fois savoir stimuler l'épanouissement de sa vie imaginaire et poser les règles du jeu du cadre éducatif. Ces attitudes ne procèdent pas du même registre mais doivent s'exercer dans un tissage subtil. En soi, le personnage comme le cadeau qu'il offre ne sont ni magiques, ni éducatifs ! C’est ce qu’ils permettent qui compte, c'est-à-dire d'éblouir et de jouer. C’est uniquement cette fonction qui donne vie aux objets et nous illumine de plaisir.
Dans ces conditions, aux petits comme aux grands le Père Noël donne accès au rêve !
Geneviève PAYET
Psychologue Clinicienne
Présidente de l'ARIV


