Cross bitume : ce fléau qui rend les routes réunionnaises dangereuses

Des gendarmes caillassés pour avoir fait cesser un rodéo sauvage à Saint-Louis le 14 décembre dernier. Une fillette de 5 ans, victime collatérale du cross bitume à La Rivière-des-Galets. Les courses folles de motocross se multiplient sur les routes de l’île au risque de tuer des innocents.
Ils remontent la NRL en sens inverse. Ils bloquent les ronds-points. Ils font du slalom à plusieurs autour des voitures. Ils multiplient les dépassements dangereux en effectuant des queues de poisson. Ils montent leurs bécanes en roue arrière à fond les gamelles sur les fronts de mer ou la route des Tamarins…
Une fillette de 5 ans a failli mourir
La circulation des motocross est strictement interdite sur les routes de l’île comme partout ailleurs en France. Pourtant, rien n’arrête les fous du bitume qui avalent les kilomètres de jour comme de nuit. Ni le risque de ne se tuer ni celui de semer la mort derrière eux. Pas plus tard qu'il y a quelques jours, une fillette de 5 ans a bien failli perdre la vie ruelle Grégoire, à La Rivière-des-Galets. Percutée aux environs de 22 heures par l’un des deux motards qui faisait l’intéressant au guidon de sa motocross sur la commune du Port.
L’appel du bitume plus fort que tout
Le 14 décembre dernier, ce sont les gendarmes qui ont été pris à partie en voulant faire cesser un rodéo sauvage dans le quartier de la Palissade à Saint-Louis. Caillassés par une bande de jeunes, ils ont dû avoir recours à des renforts pour se sortir du guêpier dans lequel ils s’étaient fourrés en cherchant à faire leur métier.
Car, non content de pratiquer un sport mécanique sauvage, les amateurs de cross bitume sont rebelles, revanchards et violents au besoin. Pour eux, l’appel du bitume est plus fort que tout. Il est à la fois démonstration de force, provocation et performance technique. Plus qu’une mode, il est érigé en contre-culture. Et il enfreint tous les codes de bonne conduite.
Des scènes de rodéo postées sur les réseaux sociaux
Au diable les forces de l’ordre avec qui ils jouent au chat et à la souris sur les routes par défi et par soif d’adrénaline. Au diable les autres usagers de la route qu’ils semblent prendre un malin plaisir à terroriser. Pour immortaliser leurs exploits et ainsi asseoir leur notoriété, les adeptes du cross bitume se filment de dos ou masqués avant de s’exposer sur les réseaux sociaux, toujours sur fond d’un morceau de rap.
Les infractions liées au cross bitume sont nombreuses. Généralement, ils ne portent ni gants ni casques comme les images consultés le prouvent. Sans assurance et sans plaque d’immatriculation, ils roulent sur des engins bruyants au mépris des règles les plus élémentaires du code de la route, franchissant feux rouges, lignes continues et prenant routes et ronds-points à contresens.
Un arsenal judiciaire appliqué avec timidité
Les peines applicables ont été durcies en juillet dernier, passant d’un an de prison et 15.000 euros d’amende à 3 ans et 75.000 euros en cas de circonstances aggravantes comme la réunion, la prise d’alcool et/ ou de stupéfiants ou encore la récidive. Surtout, la loi rend obligatoire depuis 2018 la peine complémentaire qui consiste à confisquer le véhicule incriminé. Sauf décision spécialement motivée du tribunal judiciaire.
Face à l’ampleur du phénomène, les parquets sont même incités à faire procéder à la saisie du véhicule dès l’ouverture de l’enquête. Ceci afin d’éviter qu’il soit rétrocédé à un tiers même si cela n’empêche pas de la confisquer définitivement. Mieux encore, le ministère plaide en faveur d’une vente ou d’une destruction avant même la tenue du procès, en vertu de l’article 41-5 du code pénal. Ceci pour éviter les frais de fourrière.
Des opérations coup de poing au succès très relatif
L’arsenal est donc bel et bien là. Mais est-il mis en application ? Les motocross, parfois d’une valeur qui tutoie les 10.000 euros, sont-ils réellement confisqués à La Réunion ? Les forces de l’ordre ont-elles les moyens techniques et humains mais aussi toute latitude pour lutter efficacement contre le rodéo urbain ? Ou préfère-t-on lâcher du mou pour préserver la paix sociale ?
Certes, pas moins de 139 opérations de contrôles anti-rodéos ont été menées au premier trimestre 2024 sur la commune du Port, permettant l'interpellation de 15 auteurs de rodéos, associés pour certains d'un délit de refus d'obtempérer, ainsi qu'à la saisie de 19 motos.
Une opération coup de poing a été conduite en avril de la même année par les policiers portois qui a permis la destruction d’une dizaine de motocross. Plus récemment, une nouvelle opération de contrôle et d’interpellation a permis de d'arrêter cinq personnes et saisir cinq engins.
Il n’empêche que la ville reste particulièrement en proie à cette plaie que constitue le cross bitume. Sans que l’on parvienne à réduire le flux d’images posté sur les réseaux sociaux par Bikelife97k par exemple. Et pire encore le drame qui s’y est produit récemment…


