Crise du logement : "Plus on est pauvre et moins on a droit au logement social", dénonce le PS

Logement : Une "bombe sociale" selon le président d'Action Logement
Sur l'île, la demande de logements sociaux est répartie comme suit : sur les 40.850 demandes enregistrées l’an dernier (chiffres arrêtés en mars 2023 ; en hausse de 10% par rapport à 2022) seuls 6.000 ont trouvé preneurs. Plus d’un tiers de ces 40.000 demandes concernait le territoire de la Cinor (historiquement la zone de l’île la plus fournie en logements sociaux), 10.000 sur le territoire du TCO et 7.000 pour la Civis.
Cette accélération de demandes de logement non-satisfaite risque de durer du fait du faible nombre de logements sociaux construits chaque année dans l’île, notamment dans l’Est et l’Ouest. Selon la dernière synthèse de la fondation Abbé Pierre, près de 4 Réunionnais sur 10 sont touchés par la crise du logement. 75.000 personnes souffrent de mal-logement, les femmes étant la population la plus exposée à la précarité économique et sociale.
Les causes sont multiples, rappelle le secrétaire PS de la section de Sainte-Marie, Olivier Difernand, à commencer par le coût du foncier et l’inflation du prix des matériaux (les prix du béton et de l’acier ont été multipliés par trois depuis 2020), les opérations non-vertueuses économiquement pour les opérateurs ou encore les mobilités pour affiner les matériaux. Pour sortir de ce cercle vicieux, il est important pour le PS de "concilier logement frugal et abordable à La Réunion". "Les habitants de Sainte-Marie s’approprieront différemment leur logement social que ceux du Tampon par exemple et vice-versa. Les modèles qui sont proposés actuellement par les bailleurs devraient être adaptés aux attentes des Réunionnais tout en ménageant notre territoire et en respectant l’écosystème dont nous dépendons", clame un des porte-paroles du PS. "Une frugalité avec la matière" importante pour le jeune homme qui prend pour exemple l’utilisation de plus en plus poussée d’isolants biosourcés, "qui connaissent aujourd’hui un bond de 10% de parts de marché par rapport à l’an dernier".
Revoir les critères d'éligibilité à la loi DALO
Outre la question des matériaux, celle des énergies et de la technicité des constructions sont également appelées à évoluer, "avec un accent mis sur la ventilation naturelle qui permettrait in fine de réduire la consommation des ménages ou encore l'utilisation de techniques non-polluantes pour l'entretien des immeubles".
Élu à la mairie de Saint-Denis et en charge de la question du logement, Jean-Max Boyer rappelle que le chef-lieu connaît un volume de construction de logements sociaux "hors-normes" comparé aux autres communes de l'île. La capitale fait en effet partie des 8 communes de l'île à respecter la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU), la plupart urbaines et situées sur le littoral. Mais ce qui l'inquiète particulièrement, c'est le nombre de plus en plus important de femmes isolées "qui à la suite d'une séparation ne peuvent pas avoir de logements". "Nous en avons de plus en plus hébergées chez des proches et les bailleurs intiment à ces femmes qu'il faut un jugement devant le tribunal pour bénéficier d'une attestation. Le temps que ce jugement se fasse, les femmes restent sans domicile. Plus on est pauvre et moins on a droit au logement social, je trouve ça dommageable", déplore-t-il.
Jean-Max Boyer souhaite que l'Etat revoie sa copie concernant la loi DALO (pour "Droit au logement opposable" ; qui reconnaît un droit au logement décent et indépendant aux personnes en difficulté), notamment ses critères d'éligibilité. "Sur 331 DALO attribués l'an dernier, on a eu environ 14% de personnes qui percevaient un revenu de moins de 500 euros mensuels. On voit que la précarité ne facilite pas les choses, couplée à la hausse des prix des logements. De plus, une personne éligible au DALO ne signifie qu'elle obtiendra rapidement un logement : à La Réunion, une personne qui n'a pas de logement doit attendre en moyenne 5 ans pour être labellisée DALO, contre 9 mois en Corrèze", glisse-t-il en guise de conclusion.


