Continuité territoriale : imposture ou maladresse ?
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Depuis plusieurs mois déjà, chacun peut lire, généreusement médiatisée dans tous les médias, cette belle formule : "La continuité territoriale est notre combat d’aujourd’hui pour plus d’égalité et de justice pour tous les Réunionnais". Didier Robert, Président de région.
Si tous les Réunionnais ne peuvent que se féliciter de la reprise du dispositif d’aide à la continuité territoriale qui avait été abandonné par l’équipe précédente, et a été sans doute une des causes de leur échec retentissant, il n’en reste pas moins que cette reprise est très loin d’être aussi satisfaisante que, dans Réunion MAG’ 2, s’en auto-congratule la nouvelle équipe régionale et le gouvernement, via sa ministre des DOM.
Les handicaps et leurs fâcheuses conséquences des 10.000 km qui nous séparent de la métropole et l’Europe auxquelles la Réunion, région ultra-périphérique priorité 1, appartient sont loin mais très très loin d’être compensés par les 8 millions € annuels de l’Etat, même complétés des 8 millions € des contribuables Réunionnais.
Une vraie continuité territoriale digne de ce nom devrait d’évidence être une compensation de l’Etat pour tous les Réunionnais et non pas, indirectement, que pour les seuls fonctionnaires bénéficiaires de sur-rémunérations. Aujourd’hui, entre les 820 000 Réunionnais de l’île et les 200.000 émigrés en métropole, une profonde fracture existe quant à leurs possibilités d’accès aux déplacements aériens entre la Réunion et la métropole et l’Europe. D’octobre 2009 à octobre 2010, 440.000 passagers se sont déplacés entre la France et la Réunion selon les statistiques de la C.C.I.R.. Ce total comprenant les passagers réunionnais dans les deux sens et les passagers touristes, Il semble donc, si on retient un effectif de 320.000 touristes, qu’en un an à peine 120.000 Réunionnais se soient rendus en métropole. Parmi eux bien sûr, ceux qui, ne payant pas leurs billets, les multiples élus, les fonctionnaires de hauts rangs, les dirigeants d’associations largement financés par les deniers publics, les publics de la CAF et de la CGSS, les bénéficiaires des congés bonifiés, ont accompli plusieurs voyages, autant que de besoins, voire même bien plus, et bénéficié donc, privilège évident, d’une bien réelle continuité territoriale gratuite. Ainsi, tous les politiques et administratifs voyageant, eux, autant que de besoins, qui ont le POUVOIR et le DEVOIR d’agir pour "plus d’égalité et de justice", se contentent d’une assistance financière inégalitaire et injuste pour 40.000 de leurs 820.000 concitoyens.
Pourquoi profondément INJUSTE et INEGALITAIRE, parce que les 360 € d’aide apportés au financement de billets variant entre 550 € à 650 € prix promotionnels TTC, les ramènent de 190 € à 290 € pour les bénéficiaires, alors qu’avec des billets variant entre 1200 € et 1600 € TTC, ce qui est courant, les bénéficiaires de l’aide doivent financer entre 840 € et 1240 €, loin des "moins de 500 €", ce qui correspond non plus à une aide au passager mais à une aide au transporteur !!! Bonjour "plus d’égalité et de justice pour tous les Réunionnais" !!!!
Pourquoi profondément INJUSTE et INEGALITAIRE, parce les politiques et les administratifs, tant locaux que nationaux, qui ont le POUVOIR et le DEVOIR de veiller à ce que le montant du prix du billet aidé soit fixé à sa juste valeur auprès des compagnies, n’ont pas la volonté politique et le courage de défendre l’intérêt général de leurs administrés face aux intérêts privés des compagnies. Même le gouvernement et la ministre des Dom se livrent à cet abandon en ne faisant pas appliquer la LOI aux compagnies !!!
En effet, voici ce que la LODEOM, votée en mai 2009, prévoit mais qui n’est malheureusement pas appliqué fin novembre 2010 !!!
"Créé par LOI n°2009-594 du 27 mai 2009 - art. 50 (VT)
Abrogé par Ordonnance n° 2010-1307 du 28 octobre 2010 - art. 7
Les transporteurs aériens exploitant des services réguliers sur les liaisons aériennes soumises à obligations de service public entre la métropole et les collectivités territoriales d'outre-mer, ou entre deux collectivités territoriales d'outre-mer, fournissent à l'autorité administrative des données statistiques sur la structure des coûts et sur les prix pratiqués sur ces liaisons, dans des conditions fixées par décret. Ces données statistiques font l'objet d'une synthèse adressée au Parlement au plus tard le 1er septembre de l'année suivant celle à laquelle elles se rapportent. Un arrêté des ministres chargés des transports et de l'outre-mer peut soumettre aux dispositions du premier alinéa les transporteurs aériens exploitant certaines liaisons aériennes, non soumises à obligations de service public, entre la métropole et des collectivités territoriales d'outre-mer ou entre deux collectivités territoriales d'outre-mer.
Crée par: LOI n°2009-594 du 27 mai 2009 - art. 50 (VT)"
Pour assurer la gestion de la continuité territoriale, juste après l'élection régionale triomphante, en présence de la ministre des DOM, il avait été annoncé la mise en place d’un Groupement d’Intérêt Public (G.I.P.), groupement au sein duquel les représentants des usagers, personne morale privée, pourraient, en judicieuse démocratie, siéger et contribuer à la formalisation d’une continuité territoriale répondant toujours mieux et plus efficacement aux attentes et besoins de tous les Réunionnais. Est-il vain de le souhaiter et d’y croire ?
Antoine FRANCO président de COLL’AIR


