Condamnée pour escroquerie, l’ex-secrétaire invoque des gratifications consenties

Mamitiana R., 35 ans, suscite peu l'empathie. Vêtue d'une très longue robe bariolée, la charmante jeune femme est face aux magistrats du tribunal correctionnel de St-Denis pour répondre de faits d'escroquerie. Elle ponctue chacune de ses phrases d'un "je n'ai rien à ajouter", ferme et limite insolent.
Le président de l'audience poursuit son interrogatoire sans y prêter attention. Il essaye de comprendre comment l'ancienne secrétaire de cette grande compagnie d'assurances réunionnaise a pu réaliser sept virements du compte du PDG sur son compte personnel. Mais aussi comment à la veille de son départ en métropole, le fameux PDG qui avait de graves problèmes de santé a pu in extrémis lui consentir un prêt de 46.800 euros qui serait un faux.
L'argent reçu viré à des proches ou à son fils de 5 ans
Le chef d'entreprise avait été alerté par sa banque au sujet de mouvements suspects sur son compte en banque. En tout, 63.000 euros auraient été virés sur le compte de sa secrétaire.
À la barre du prétoire, celle-ci peine à donner des explications qui tiennent la route face à l'accusation d'escroquerie. Peut-être des travaux à réaliser dans son logement à la suite d'un sinistre, mais rien est clair. "L'argent ne restait jamais longtemps sur votre compte, car vous le viriez à des proches comme par exemple les 5.000 euros à votre fils de 5 ans", soulève Me Nawal Beikrit, l'avocate du PDG aujourd'hui décédé. Mamitiana reste droite dans ses bottes et assure que bien qu'elle possédait tous les codes de ses comptes, c'était l'homme d'affaires qui lui faisait lui-même les virements suspects.
"Des gratifications consenties, appelez ça comme vous voulez"
"On était très proches", répète la trentenaire au tribunal qui décide de ne pas s'engouffrer dans cette brèche. Même attitude terre à terre de la représentante de la société qui martèle que pas un euro de ce fameux prêt rédigé à la vite, avec "des copier-coller" et vraisemblablement une "fausse signature", n'a été remboursé depuis 2021.
La mise en cause explique être en attente de la décision du tribunal pour rembourser puis s'embrouille en évoquant 200 euros par mois "pendant 25 ans", ironise le parquet. Elle promet avoir un emploi dans l'enseignement qui l'attend sur l'île aux parfums et que dès son premier salaire, elle paiera.
"C'était une relation très particulière entre cet homme de 75 ans et ma cliente de 30 ans", développe Me Thibaut Bessudo en défense. Selon la robe noire, sa cliente était la dame de compagnie de l'octogénaire, "rémunérée comme cela se faisait selon un modèle ancien, mais classique à La Réunion".
Rien d'étonnant donc que ces "gratifications consenties" entre juillet 2020 et février 2021. Tout aurait dégénéré ensuite dans le cadre d'un conflit successoral. "Sa fille le déteste, elle s'est intéressée à cette affaire juste pour l'héritage", confie le conseil qui a demandé au tribunal "d'arrêter de se voiler la face" et d'innocenter la secrétaire.
Cette version n'a pas convaincu. Mamitiana R. est condamné pour escroquerie à 12 mois de prison avec sursis et une obligation de travail afin de rembourser 63.000 euros à son ancien patron. Une condamnation inscrite à son casier judiciaire qui ne lui permettra probablement pas d'occuper son futur poste à Mayotte.


