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Cirest : une enquête ouverte autour de l’attribution de terrains dans la ZAE Paniandy

Ecrit par P.M. – le vendredi 22 mai 2026 à 14H56
La commercialisation de l'extension de la ZAE Paniandy crée le trouble dans le milieu économique et politique de l’Est (photo Cirest).

Des projets d’attributions foncières par la Cirest dans le cadre de l’extension de la ZAE Paniandy créent le trouble dans le milieu économique et politique de l’Est, sur fond de suspicions de favoritisme et de tentatives de corruption. Selon nos informations, une enquête a été ouverte par la Section de recherche de la gendarmerie, confirmant les révélations du Quotidien.

C’était le 10 juillet 2025. Un jour jugé “historique” par la Cirest qui lançait en grande pompe l’extension de la ZAE Paniandy, à Bras-Panon, via la commercialisation de nouvelles parcelles “sur mesure”.

“Du jamais vu depuis 15 ans dans l’île pour un tel déblocage de foncier consacré aux entreprises”, s'enthousiasme alors l’EPCI de l’Est.

Un projet structurant lancé à l’été 2025

Dans une île où le foncier vaut de l’or, l’extension de 17 hectares a en effet de quoi susciter l’intérêt de bon nombre de chefs d’entreprise, à la recherche de terrains pour s’installer ou s’agrandir.

Le calendrier est dévoilé à un parterre de représentants du monde économique, dont le président de l’ADIR : le début de la commercialisation est fixé au 15 juillet 2025 via un appel à manifestation d’intérêt (AMI). Les entreprises intéressées – artisans, PME ou industriels – sont invitées à déposer leur dossier avant le 15 août.

Le projet repose sur une logique de commercialisation “à la carte”, avec des lots découpés selon les besoins des porteurs de projets. Deux modalités sont proposées : une cession de terrain à 140 euros le mètre carré hors taxes, ou un bail à construction fixé à 9 euros le mètre carré par an hors taxes.

Des prix avantageux par rapport à ceux pratiqués ailleurs dans l’île. Des tarifs fixés par les Domaines, cadre de suite la Cirest.

Les candidatures devaient être examinées selon une quarantaine de critères, incluant l’intérêt économique, la création d’emplois, la solidité financière et la prise en compte des enjeux environnementaux. Le tout avec un leitmotiv : favoriser les projets porteurs d’emplois et à vocation “productive, artisanale et industrielle”. Trois valeurs qu'on aura du mal à retrouver quelques mois plus tard dans certains dossiers.  

La commercialisation a été lancée le 10 juillet 2025 en grande pompe par la Cirest (photo Cirest).

Une première phase très encadrée

L’opération s’inscrit dans une stratégie plus large de développement économique de l’Est, avec plusieurs autres zones en projet ou en cours d’aménagement sur le territoire. Elle doit en outre bénéficier d’améliorations d’accessibilité, notamment un raccordement direct à la 2x2 voies et des aménagements routiers complémentaires autour de Bras-Panon.

À l’époque, les élus parlaient d’un “moment important” pour le territoire, destiné à accompagner la croissance des entreprises et à renforcer l’attractivité économique de l’Est.

Le processus a connu de suite un “réel engouement” selon la Cirest avec 115 entreprises candidates, dont une grande majorité originaire de l’Est, mais aussi avec, pour la plupart, des dossiers incomplets au moment de leur dépôt.

En décembre 2025, 13 premiers terrains sont attribués chiffre l’EPCI, dont 10 sous l’égide du cahier des charges de l’AMI avec des conditions “strictes” et une procédure “administrative et de contrôle longue”. Ce que nous confirment des investisseurs bénéficiaires. 

Un cadre “assoupli” avant les municipales ?

Un cadre qui va devenir beaucoup plus souple quelques semaines plus tard, à l’orée de la campagne des municipales. Au conseil du 17 février, douze nouveaux dossiers se présentent à la porte du conseil de la Cirest. L’un des derniers, si ce n’est le dernier conseil, alors prévu de la mandature, la campagne officielle des municipales ayant débuté le 2 mars.

Une séance qui sera reportée faute de quorum. Une absence d’élus qui prend désormais une autre lecture à la lumière des événements.

Contrairement à la première phase, ces projets sont tous présentés hors AMI et donc sans mise en concurrence, ni passage par le bureau communautaire.

Certains dossiers interrogent de suite des observateurs et le monde économique car plus succincts, parfois résumés à quelques lignes et cette fois sans avis des services de la Cirest. En clair, le niveau d’exigence est jugé nettement inférieur à celui de la première vague.

“Alors que des entreprises solides avec des projets pourvoyeurs d’emplois sont toujours dans l’attente, des entreprises encore en cours de formation ou récemment créées, sans bilan, devaient, elles, obtenir des terrains, jusqu’à 5 000 m2”, s’étonne à l’époque un chef d’entreprise de l’Est.

Des attributions qui interrogent

C’est le cas par exemple d’une société spécialisée dans la logistique, une SARL alors “en cours de création” et devant bénéficier d’une surface de 4 000 m² dans le cadre d’une cession.

Une autre société, fraîchement créée le 4 décembre 2025 et spécialisée dans le commerce de gros, devait, elle, faire l’acquisition de 5 000 m², dans le cadre d’une cession. La même société devait bénéficier le même jour de la vente de deux parcelles dans la zone industrielle de Bras-Fusil pour la construction d’un espace de stockage.

Une entreprise “présentant une trajectoire économique solide”, dont l’activité “dégage depuis plusieurs exercices des résultats nets positifs et un chiffre d’affaires en croissance régulière avec une enseigne à fort potentiel : One Zone”, assure la dernière note de synthèse. Le nom d’une enseigne bien connue à Saint-Benoît après avoir ouvert en grande pompe son troisième magasin de l’île dans le centre-ville bénedictin en novembre 2025.

Le Quotidien a également évoqué le cas d’un projet sur 4 000 m³ de coworking, de salles de séminaires et d’événements professionnels au bénéfice d’une entreprise immatriculée au registre du commerce la veille du conseil communautaire et avec à sa tête l’épouse d’un très connu patron de société de transports de l’Est, lauréat d’un marché avec l’EPCI et déjà bénéficiaire d'un terrain dans la ZAC.

Sur un dossier, le cadre du projet aurait également évolué en cours de route, passant d’un projet touristique au départ à la création au final d’une plateforme logistique. Un dernier point qui interroge aussi des observateurs. Alors que le projet d’extension prévoit déjà la création d’un pôle logistique régional avec l’ADIR sur une surface de 2 ha, 3 des 12 dossiers portent sur la création de plateformes logistiques sur des surfaces allant de 3 500 à 5 000 m2.

Plus d’avis des services

En décembre, seuls trois dossiers avaient été validés hors AMI avec des avis à chaque fois circonstanciés par les services de la Cirest, comme l’impose la délibération votée au conseil par les élus de l’EPCI. Ce qui n’est pas le cas en février, malgré 100% des dossiers devant être votés hors AMI.

Autre différence, cette fois ce sont les projets de cessions qui l’emportent largement : trois dossiers seulement portent en février sur un bail à construction et neuf sur des cessions, alors qu’en décembre seuls cinq ont pris la forme d’une cession.

Autant d’attributions en stand-by faute d’avoir été votées par la Cirest. La balle est désormais dans le camp de la nouvelle présidence…

Des accusations de corruption

Plus grave, des suspicions de tentative de corruption sont également alléguées par plusieurs témoignages. Le Quotidien a donné la parole à deux chefs d’entreprise dénonçant des faits de tentatives de corruption, dont une proposition de pots-de-vin de 25 000 euros pour une parcelle de 1 000 m². À chaque fois, un artisan aurait joué le rôle “d’intermédiaire”, ce que ce dernier a réfuté au média.

De nouveaux témoignages à Zinfos974 vont plus loin en désignant cette fois la sphère de la Cirest. Des témoignages de chefs d’entreprise à la crédibilité professionnelle reconnue, qui ne nous ont pas contactés et qui n’avaient jamais pris la parole jusqu’alors. Le contact a été établi par Zinfos sur la base de nos informations.

À noter que des élus et de nombreux acteurs du monde économique de l’Est ont été contactés par des chefs d’entreprise dénonçant des faits similaires.

Des témoignages concordants sur un certain mode opératoire et désignant les mêmes personnes. L’un d’eux évoque sans détour la demande d’une somme de plusieurs dizaines de milliers d’euros contre la mise à disposition d’un terrain. La personne n’a pas donné suite et n’a depuis reçu aucun retour sur son dossier.

Un autre chef d’entreprise que nous avons rencontré n’évoque pas de sommes d’argent mais certaines “suggestions” sans ambiguïté selon lui, dénonçant clairement une “tentative de corruption”. Se disant “choqué”, il n’a pas donné suite, son dossier est là encore tombé semble-t-il aux oubliettes, malgré un profil solide et des perspectives de création d’emplois.

Des accusations graves mais devant être prises dans le même temps avec prudence, car proférées de façon orale et n’ayant donné lieu à aucun dépôt de plainte selon nos informations. Pas plus de preuves à l’appui : les portables étaient laissés de côté avant l’entretien, dévoilent de façon concordante les deux témoignages (aucun lien entre les deux personnes, NDLR).

"Il y a une sorte d'omerta"

Ces derniers s'expliquent : “S’il y a une sorte d’omerta, c’est parce que les chefs d’entreprise ont tous peur d’être blacklistés sur Saint-Benoît et au-delà dans l’Est et dans l’île par d’autres collectivités, ce sont nos entreprises qui sont en jeu”.

Reste que d’après nos informations, des “signalements” seraient arrivés aux oreilles des gendarmes de la Section de recherche, à l'origine de l'ouverture d'une enquête – confirmant une information du Quotidien – sans pouvoir préciser leur objet et leurs auteurs et s’ils portent sur la première ou la seconde vague de dossiers. Une dernière volée qui interroge dans le milieu économique et politique de l’Est, mais sans vote des douze derniers projets pour rappel par la Cirest pour l’heure.

Du côté de l'EPCI et de son ancien président, Patrice Selly, on réfute catégoriquement toute malversation dans le dossier, dénonçant des “ladilafé”.

Lire aussi : “Ce sont des ladi lafé” : Patrice Selly réfute toute malversation dans le dossier de la ZAE Paniandy

La ZAE Paniandy en 5 dates

• 2007 : création d’un premier aménagement sur 4,4 hectares.
• 2010–2011 : extension initiale par permis d’aménager.
• 2016–2022 : études et procédures pour l’extension globale.
• 2023–2025 : réalisation de l’extension, qui porte la superficie totale à 26 hectares.
• 2025 : ouverture par la Cirest de la commercialisation sur 17 ha supplémentaires.

Etiquettes : Bras-Panon | Cirest

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