Chikungunya : des parents accusent le CHU de La Réunion d’une surdose de morphine sur leur bébé

En avril 2025, un nourrisson âgé de moins de deux mois admis aux urgences pédiatriques du CHU de La Réunion a été victime d’un arrêt cardiorespiratoire après l’administration présumée d’une surdose de morphine, mentionnée par le rapport de radiologie. Le Centre hospitalier universitaire contestant sa responsabilité, le tribunal administratif a ordonné une expertise médicale.
Le 7 avril 2025, un bébé présentant une éruption cutanée et de la fièvre est admis aux urgences pédiatriques du CHU de La Réunion. Dès le lendemain à 5h30, le nourrisson de presque deux mois est victime d’un arrêt cardiorespiratoire d’origine hypoxique, survenu après l’administration d’une dose de morphine.
Par chance, sa prise en charge par massage cardiaque externe et ventilation lui sauve la vie. Un test PCR révèle que le bébé est positif au chikungunya. Placé au service de réanimation, il n’en ressortira que le 11 avril.
Les parents n'ont pas eu accès au dossier médical de leur bébé
Après avoir réclamé sans succès auprès du CHU le dossier médical de leur enfant, les parents ont formé en juin 2025 une requête devant le tribunal administratif de La Réunion afin de contraindre l’établissement à donner suite à leur demande. Les parents exigent par ailleurs qu’une expertise médicale soit menée.
En défense, le Centre hospitalier universitaire fait valoir que d’autres malaises graves de nourrissons ont pu se produire dans le cadre de l’épidémie de chikungunya, sans que cela soit lié à l’administration de morphine. Le CHU ajoute que la requête des parents pour l’accès aux documents médicaux de leur enfant n’est pas légale, en l’absence d'un courrier préalable de leur part à la commission d’accès aux documents administratifs (CADA).
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Dans sa décision rendue le vendredi 24 avril, le tribunal administratif constate toutefois que le CHU n’apporte aucun élément de preuve indiquant que l’arrêt cardiorespiratoire du bébé aurait pu avoir une origine multifactorielle. Pas plus qu'il « ne donne de précision sur la dose exacte de morphine qui lui a été administrée » et « sur les modalités précises de cette administration ».
"Un lien possible entre l’arrêt respiratoire et la morphine, associée au chikungunya"
Au contraire, les magistrats relèvent qu’un « praticien hospitalier du service de réanimation évoque, dans le compte rendu de consultation du 7 mai 2025, un lien possible entre l’arrêt respiratoire et la morphine, associée au chikungunya ». La morphine, une molécule extraite de l’opium aux effets anti-douleurs très puissants, se doit d'être administrée avec beaucoup de précautions.
Selon l’instruction du dossier, les urgentistes ont prescrit au nourrisson une dose de morphine de 0,5 milligrammes par kilo, après avoir constaté une grosse fièvre et un épisode de tachycardie (170 battements cardiaques par minute).
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Si les parents retiennent l’hypothèse d’un surdosage, c’est parce qu’elle ressort des écrits extraits de la fiche de liaison d’une infirmière datée du 11 avril, laquelle mentionne « comme motif d’hospitalisation en réanimation un ACR [arrêt cardio-respiratoire] sur surdosage morphinique lors de PEC [prise en charge] aux urgences pédiatriques dans un contexte de chikungunya ».
Une expertise médicale ordonnée pour statuer sur les responsabilités
La décision du tribunal administratif relève que ce terme de « surdosage morphinique » apparaît à nouveau dans le compte rendu de radiologie en date du vendredi 18 avril 2025.
Considérant qu’en l’état du dossier, rien ne permettait d’évaluer la part de responsabilité éventuelle du CHU, les magistrats ont donc ordonné une expertise médicale afin de déterminer si le diagnostic du bébé a bien été établi, et si les soins prescrits avaient été correctement prodigués.
L’expertise devra, le cas échéant, déterminer les préjudices subis par le nourrisson, vérifier si sa santé est consolidée et constater s’il persiste chez l’enfant une incapacité permanente en lien avec l’intervention des services du CHU de La Réunion.


