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CFDT : le secrétaire général Joël Dalleau démissionne, usé par les luttes internes

À la tête de la CFDT Réunion depuis plus de trois ans, Joël Dalleau a annoncé sa démission par courrier pour le 31 décembre 2024. Victime d'attaques internes incessantes et d'un climat jugé délétère au sein du syndicat, il explique les raisons de son départ dans une lettre envoyée à l'ensemble des sections syndicales de l'île.
Ecrit par Julien Delarue – le lundi 14 octobre 2024 à 15H00

Dans une lettre pleine de gravité envoyée en fin de semaine dernière à l'ensemble des sections syndicales CFDT de La Réunion, et dont nous avons pu prendre connaissance, Joël Dalleau, son secrétaire général, a annoncé sa démission. Après plus de trois ans à la tête du syndicat, il quittera ses fonctions le 31 décembre 2024, épuisé moralement et physiquement par les tensions internes qui l'ont usé.

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Joël Dalleau a rejoint la CFDT Réunion en novembre 1995. Au fil des ans, il s’est imposé comme une des figures du syndicalisme réunionnais. Élu secrétaire général du syndicat Commerce et Services en 2010, puis réélu en 2015 et 2019, il a gravi les échelons jusqu'à occuper la plus haute fonction au sein de la CFDT Réunion.

"Depuis plus de huit ans, j’ai été victime d’un acharnement manifeste"

Si Joël Dalleau a choisi de démissionner, c’est avant tout à cause de la pression continue qu’il subit depuis sa prise de fonction, selon lui.

Dans sa lettre de démission, il évoque une "grande fatigue" et un stress accumulé au fil des années. Ce sont surtout les attaques personnelles qui l’ont profondément marqué. "Vilipendé", "discrédité" et "attaqué", Joël Dalleau a dû affronter des rumeurs persistantes, des lettres anonymes et des invectives publiques lors des réunions syndicales.

"Depuis plus de huit ans, j’ai été victime d’un acharnement manifeste, se manifestant sous diverses formes : des courriers anonymes laissés dans des endroits improbables, des rumeurs infondées qui circulaient à mon encontre, allant même jusqu’à envoyer une lettre anonyme à mon domicile contenant de fausses accusations, estampillées 'Ex-conseillers de la CFDT Réunion'", écrit-il.

En parallèle, il explique aussi avoir dû mener durant huit années "un combat juridique épuisant pour faire valoir [ses] droits syndicaux" au sein même de son organisation. "En décembre 2021, la Cour d’appel de Saint-Denis a reconnu l’atteinte à ces droits et a condamné la CFDT Réunion pour m’avoir empêché de participer et de siéger dans les instances dirigeantes. Malgré ce verdict en ma faveur, les attaques n’ont cessé de se multiplier".

Ces attaques, parfois violentes, ont eu un impact direct sur sa santé, allant jusqu'à provoquer un infarctus en 2022. "Je ne peux plus supporter moralement, physiquement, humainement ces brimades", écrit-il, marquant ainsi la fin d’un long combat syndical.

Un combat contre une partie de ses propres troupes

Ce ne sont pas uniquement les défis externes qui ont épuisé Joël Dalleau, mais aussi ceux venus de l'intérieur de son organisation. Il pointe du doigt des "dysfonctionnements structurels", notamment l’absence de transition lors de sa prise de fonction en 2021. "Nous (la nouvelle équipe) avons donc pris la responsabilité de la CFDT Réunion, en l’état de son organisation et fonctionnement antérieurs sans l’aide des anciens et sans aucun repère ni points d’attaches sur lesquels nous aurions pu nous y agripper. Il nous fallait et il nous a fallu tout remettre en ordre de marche pour trouver une stabilité dans l’organisation et la prise de nos fonctions respectives au sein de la CFDT Réunion", peut-on lire. Mais le manque d’effectifs, la gestion financière chaotique et les conflits internes ont accentué la pression sur ses épaules.

Dans cette lettre, il évoque également l'hostilité de certains membres de la CFDT Réunion, qui, à travers des courriers anonymes ou des critiques publiques, ont cherché à miner sa crédibilité. Selon lui, ces attaques répétées visaient à le "détruire personnellement et physiquement". Ces querelles intestines ont fini par avoir raison de sa patience et de son endurance.

Des détracteurs bien identifiés ?

Dans sa lettre de démission, Joël Dalleau ne mâche pas ses mots à l’égard de ses opposants. Il accuse ouvertement certains membres du syndicat d’avoir orchestré sa chute, évoquant une "hypocrisie" généralisée et un manque de soutien. À plusieurs reprises, il a été qualifié de "dictateur" ou de "monarque", des accusations qu’il rejette fermement, rappelant son engagement syndical de plus de 28 ans. Les tensions étaient telles que même les réunions syndicales, normalement des lieux de débat constructif, ont parfois dégénéré en véritables pugilats. "J’ai été méprisé, dénigré, attaqué", confie-t-il avec amertume.

Un départ teinté d’amertume

La décision de Joël Dalleau de quitter ses fonctions marque un tournant pour la CFDT Réunion. Ce départ est empreint d'une forme de tristesse, mais aussi de soulagement. "Je me libère d’elle pour me consacrer à ce qui m’est le plus cher : la vie, ma vie et ma santé", écrit-il.

Joël Dalleau explique qu'il laisse derrière lui un syndicat en pleine transition, mais aussi des adhérents qu’il a défendus avec conviction pendant de nombreuses années. Pour preuve, il explique avoir réussi à faire grandir le syndicat, le faisant passer de 16.000 à 18.000 adhérents ces dernières années.

Une démission où il présente ses excuses à tous les membres de la commission exécutive, à ceux qui l'ont aidé, ainsi qu'aux militants. Mais une lettre qui se termine sur une note teintée d'amertume en direction de ceux qui l'ont attaqué : "Bonne continuation et puissiez-vous vous regarder dans vos miroirs tous les matins et vous dire, ‘j’ai réussi, nous avons réussi, nos objectifs ont été atteints, à nous la gloire et préparons le retour de nos maîtres auprès de leurs vassaux’. À vous, je vous le dis ! Que la paix soit avec vous ! (sic)."

Cette démission au 31 décembre devrait entraîner une transition au sein de la CFDT Réunion et la convocation d'un congrès pour la désignation d'un nouveau secrétaire général à la tête du syndicat.

Etiquettes : CFDT | syndicats

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