Centre d'enfouissement : Sainte-Suzanne réclame 600.000 euros de mesures compensatoires à Suez

À l'occasion de sa première inauguration depuis son élection, ce jeudi, pour une résidence sociale à Bagatelle, Alexandre Laï-Kane-Cheong a haussé le ton contre Suez. Le maire de Sainte-Suzanne réclame au groupe, qui exploite le site de Bel-Air, 600 000 euros pour compenser les nuisances supportées par les habitants "depuis 25 ans".
Ce jeudi, Alexandre Laï-Kane-Cheong a profité de sa première inauguration en tant que maire pour aborder un sujet qui fâche à Sainte-Suzanne : les nuisances olfactives émanant du centre d’enfouissement de Bel-Air (ISDND).
"Vingt-cinq ans que, par les alizés passant, les odeurs viennent chatouiller les narines de nos administrés", a rappelé le maire, évoquant une amplification du phénomène liée à des travaux en cours. Depuis lundi, assure-t-il, des administrés viennent se plaindre en mairie, tandis que les associations réagissent et que des agents municipaux font eux aussi état de ces nuisances. Alexandre Laï-Kane-Cheong dit les avoir lui-même constatées mercredi soir en quittant la mairie.
"Je m'inscris pleinement aux côtés du ras-le-bol des populations atteintes", a-t-il lancé, citant plusieurs quartiers concernés et estimant que les Sainte-Suzannois paient "depuis trop longtemps" le prix de la présence de cet équipement.
Des travaux et une nouvelle poussée d'odeurs
Cette prise de position intervient après une aggravation des nuisances depuis quelques jours. Dans un courrier adressé mercredi à Suez Réunion, le maire rappelle que des travaux sont en cours, notamment pour la réalisation du futur quai de vidage lié à la fin d'exploitation du casier C8 et le terrassement du massif de déchets du casier C3. D'autres opérations doivent suivre sur les casiers C1 à C3.
Sans contester la nécessité des travaux, la municipalité reproche à l'exploitant de ne pas avoir suffisamment anticipé leurs conséquences. Le maire réclame en réponse des "mesures immédiates" pour réduire les odeurs et des dispositions permettant d'éviter leur répétition lors des prochaines phases du chantier. "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'elles cessent, d'une façon ou d'une autre", a lancé le maire au micro.
Alexandre Laï-Kane-Cheong insiste également sur les conséquences indirectes pour les habitants : logements maintenus fermés, recours accru à la climatisation, hausse des factures d'électricité, perte de jouissance des jardins et terrasses ou encore risque de dépréciation immobilière.
Ces derniers mois, des habitants s’étaient déjà plaints d’infestations de mouches dans leurs habitations, que la municipalité attribuait, là encore, à l’activité du centre d’enfouissement.
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Lors de son discours, il a résumé cette inquiétude : "Imaginez-vous la dévaluation du foncier. Imaginez-vous la dévaluation du bâti. Imaginez-vous maintenant pire, la dévaluation de la santé."

Une somme de 600 000 euros réclamée à Suez
La mairie veut désormais obtenir une compensation. Dans son courrier, elle demande à Suez "une mesure compensatoire à hauteur de 600 000 euros au bénéfice de la commune de Sainte-Suzanne". Cette somme serait destinée à financer "un projet relatif aux agents de surveillance de la voie publique (ASVP)", que le maire présente comme « étroitement lié au maintien et à la préservation de la qualité de vie et du cadre de vie » des habitants.
Selon les précisions apportées par son cabinet, ces moyens permettraient de développer une action s'apparentant à une brigade environnementale, avec davantage de prévention et un travail mené de concert avec les associations de Sainte-Suzanne. C'est également l'objectif évoqué par Alexandre Laï-Kane-Cheong en marge de son discours.
Interrogé sur la possibilité qu'une partie des 600 000 euros revienne directement aux riverains les plus exposés, qui ont supporté ces nuisances au fil des années, le cabinet répond que la démarche vise à financer un projet "d'intérêt général" au bénéfice de la commune à titre de "compensation", et non à mettre en place une indemnisation individuelle.
La mairie évoque la possibilité d'une contribution sous la forme d'un "mécénat territorial", susceptible, sous réserve des conditions légales et fiscales applicables, d'ouvrir droit à une réduction d'impôt pour l'entreprise donatrice. Selon la municipalité, Suez ne participe actuellement à aucun fonds de soutien de ce type sur le territoire.

Pas d'action prévue (pour l'heure) en justice
Dans son courrier, le maire justifie sa demande par le fait que Sainte-Suzanne ne peut plus "supporter seule les nuisances et les conséquences" d'un équipement bénéficiant à un territoire beaucoup plus large que la commune et appelle, à ce titre, à une "véritable solidarité territoriale".
Dans l'attente de la réponse de Suez, la mairie indique ne pas envisager, pour l'heure, d'action en justice contre l'entreprise alors qu'un contentieux avec Suez existe déjà sur un autre terrain.
Pour rappel, en février, le Syndicat mixte de traitement des déchets du Nord et de l'Est (SYDNE) a décidé de saisir l'Autorité de la concurrence concernant les conditions financières des offres déposées par Inovest, filiale de Suez, jugées alors "inacceptables" par le syndicat. Le signalement porte sur un possible abus de position dominante.
Alexandre Laï-Kane-Cheong réaffirme à ce titre sa volonté de voir cesser l'enfouissement à Bel-Air à l'horizon 2028, tout en défendant la nécessité de construire une alternative au tout-enfouissement. Une orientation qui devrait être précisée lors du prochain conseil du SYDNE, prévu en septembre.
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Petit Mahot : 32 nouveaux logements sociaux
Cette offensive contre Suez s'est invitée au milieu de l'inauguration de la résidence Petit Mahot, à Bagatelle. Le programme comprend 32 logements locatifs très sociaux (LLTS) : 15 T2, 12 T3 et cinq T4, tous avec varangue.
L'opération représente un investissement de 6,6 millions d'euros pour la Semac, avec notamment un prêt de 3,34 millions d'euros de la Banque des Territoires, 1,4 million d'euros de subvention au titre de la Ligne budgétaire unique (LBU) et 1,7 million de crédit d'impôt. La commune garantit l'emprunt à 100 %.
Le maire a profité de l'occasion pour alerter sur la situation du logement social. Il estime que les services sont confrontés à plusieurs nouvelles demandes chaque jour, avec des situations d'urgence difficiles à départager : violences intrafamiliales, séparations, protection des enfants ou nécessité de se rapprocher de son emploi. Derrière les critères administratifs, a-t-il insisté, se trouve "la vie des femmes et des hommes qui sont dans l'attente".
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Inquiétude sur la LBU et appel aux locataires
Alexandre Laï-Kane-Cheong a également dénoncé la diminution des moyens de l'État consacrés à la Ligne budgétaire unique (LBU), alors que le coût de la construction augmente et que les besoins restent importants. Petit Mahot illustre directement l'importance de cette aide, avec près de 1,5 million d'euros de LBU mobilisés pour l'opération.
Dans la continuité d'un appel lancé par le directeur de la Semac, le maire a demandé aux nouveaux locataires de prendre soin de leur résidence et de leur quartier.
"Faire territoire nécessite réciprocité", a résumé le premier magistrat, avant de couper son premier ruban tricolore en tant que maire de Sainte-Suzanne.
Nous attendons désormais la réponse de Suez, que nous publierons si le groupe souhaite réagir aux propos du maire de Sainte-Suzanne.


