Ce qui se cache de politique dans le conflit de la SERMAT

Le combat mené par la SERMAT (GIE des trois acconiers : Société Georges Michel, SAMR du groupe Bolloré et SOMACOM d’un consortium marseillais) n’est pas seulement qu’un banal rapport de force social. Il porte en lui une charge symbolique qu’il convient de ne pas négliger. En cela, il est politique. D’abord, il survient à un moment où l’unité syndicale a pris du plomb dans l’aile suite à l’Accord National Intersyndical (ANI) opposant la CGT et FO d’un côté à la CFDT, CFTC et CGC de l’autre. Il survient surtout au terme de la première année de Fr. Hollande où, le moins que l’on puisse dire, une surprenante mansuétude gouvernementale et un clair parti pris ont été manifestés en faveur du patronat (ANI, CICE), y compris au niveau local (maintien, en période de réduction des dépenses publiques, des dispositifs de défiscalisation, et des exonérations de cotisations sociales, etc.). Enfin, il survient à une période où la privatisation mondialisée est autorisée à étendre librement son emprise, y compris sur notre caillou et dans des secteurs stratégiques. Faute de financement local, les capitaux extérieurs via de complexes montages juridiques sont alors déversés et suivis du contingent humain chargé de la bonne rentabilité de l’investissement. Les devoirs social et sociétal tels que la question écologique, le développement et les recrutements locaux constituent à leurs yeux un folklore facilement surmontable.
La société Kalmar a su, il y a quelques années maintenant, habilement manoeuvrer pour devenir au port le fournisseur exclusif de cavaliers. Elle considère aujourd’hui pouvoir assurer elle-même la maintenance des cavaliers sans la SERMAT qu’elle a volontairement asphyxiée pour casser notamment la résistance syndicale de la CGTR. Elle procèdera aux licenciements.
Ainsi, si les Réunionnais ne prennent pas conscience des expropriations (outil de production, foncier, patrimoine, pouvoir, …) qui les menacent, ils finiront par se retrouver un « peuple d’estomacs » c'est-à-dire dépendants à tous les niveaux de l’extérieur et dépourvus de toute réelle souveraineté chez eux. C’est pour cette raison que nous devons par tous les moyens préparer notre propre révolution citoyenne en envisageant notamment la question centrale de la propriété sociale des entreprises qui bénéficient de l’argent public notamment dans les secteurs stratégiques tels que l’activité portuaire, l’énergie, la pêche, etc. La grève menée parer les travailleurs du port reçoit notre totale adhésion.
Jean-Hugues Savigny
Parti de Gauche


