Carburants : pourquoi la hausse au 1er avril sera massive à La Réunion

Le préfet l’a confirmé : les prix des carburants vont fortement augmenter au 1er avril, avec une hausse qui se comptera en dizaines de centimes. Derrière cette flambée, un enchaînement de facteurs internationaux et locaux qui dessinent les contours d’un véritable choc pétrolier.
La hausse n’est plus une hypothèse, mais une certitude. À compter du 1er avril, les prix des carburants vont fortement progresser à La Réunion. Une augmentation « en dizaines de centimes », selon les mots du préfet Patrice Latron, qui pourrait porter le litre de sans-plomb à un niveau proche des 2 euros. Un seuil symbolique, déjà atteint dans l’Hexagone, mais que La Réunion n'avait pas connu depuis plusieurs années. Une telle hausse renvoie à un précédent récent : en 2022, dans le sillage de la guerre en Ukraine, le sans-plomb avait atteint 1,94 euro le litre à La Réunion, un niveau record à l’époque.
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Face aux inquiétudes, le représentant de l’État a tenu à poser un cadre clair : cette hausse ne relève d’aucune décision locale. "Cette augmentation s’impose à nous. Ce n’est pas une décision locale", a-t-il insisté, rappelant que le système réunionnais, bien que régulé, reste dépendant des marchés internationaux. Autrement dit, l’État encadre les prix, mais ne peut pas s’affranchir des coûts d’achat.
Un choc venu des marchés internationaux
Le point de départ de cette hausse est à chercher du côté des marchés pétroliers mondiaux. Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les cours se sont envolés. En un mois, le baril de Brent a bondi de plus de 51 %, dans un contexte d’incertitude sur l’approvisionnement et de tensions sur les grandes routes énergétiques.
Mais au-delà du pétrole brut, ce sont surtout les produits raffinés – ceux réellement consommés – qui ont connu les plus fortes progressions. Le préfet évoque ainsi des hausses de +75,5 % pour le sans-plomb et jusqu’à +96 % pour le gazole sur les marchés internationaux. "Ces cotations percutent le monde entier. Et La Réunion va être percutée", a-t-il résumé.

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large. Le ministre de l’Économie Roland Lescure parle désormais d’un "nouveau choc pétrolier", estimant que la crise actuelle n’a rien de temporaire. L’Insee évoque de son côté une économie française "percutée par les désordres mondiaux", avec un ralentissement attendu de la croissance sous l’effet de la hausse des hydrocarbures.
Platts et fret : les deux accélérateurs de la hausse
Deux autres facteurs viennent amplifier cette dynamique. Le premier tient à la référence utilisée à La Réunion : la cotation Platts de Singapour, qui concerne les carburants raffinés. Cette cotation, distincte du Brent, a fortement progressé ces dernières semaines, tirée par la demande asiatique et les tensions sur les marchés.
Le second facteur est logistique. Le coût du transport maritime est lui aussi en hausse, sous l’effet des tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d’Ormuz. Même si les approvisionnements de La Réunion transitent par l’Asie, l’impact est global : hausse des assurances, allongement des routes, tension sur les capacités.
"Je ne fais que constater l’augmentation des coûts d’achat, de transport et d’assurance, et les répercuter", a résumé le préfet. Sur l’approvisionnement, les autorités se veulent rassurantes. "Il y aura toujours de l’essence à La Réunion", a affirmé le préfet, évoquant des contrats sécurisés garantissant les livraisons.
Un système de prix administrés sous pression
À La Réunion, les prix des carburants ne sont pas fixés librement. Ils sont déterminés chaque mois par arrêté préfectoral, selon une formule qui intègre l’ensemble des coûts de la chaîne d’approvisionnement et de distribution (cotation des carburants, taux de change euro-dollar, fret, prix CAF – coût, assurance, fret –, fiscalité, frais de passage, marges de gros et de détail, jusqu’au prix de vente public).
Ce système permet notamment d’encadrer strictement les marges et d’éviter les dérives. "Il n’y a pas de profiteurs de crise. Les marges n’augmentent pas, elles sont encadrées", a insisté le préfet, rappelant qu’il valide lui-même toute évolution.
Mais derrière cette mécanique, la fiscalité occupe une place importante… et la hausse des prix aura aussi des effets directs sur les recettes publiques locales.
Une hausse qui gonfle aussi les recettes fiscales
À La Réunion, plusieurs taxes s’appliquent aux carburants, au premier rang desquelles l’octroi de mer. Son taux global reste inchangé : 22,5 % sur le sans-plomb et 5 % sur le gazole. Mais sa répartition est très différente selon les produits.
Sur le gazole, la taxe est partagée entre la Région et les communes à parts égales (2,5 % chacune). Sur le sans-plomb, en revanche, la part communale est largement majoritaire, avec 20,5 %, contre seulement 2 % pour la Région.
À cela s’ajoute la taxe spéciale de consommation (TSC), fixée à 58,24 €/hl pour le sans-plomb et 36,13 €/hl pour le gazole, ainsi que les dispositifs liés aux certificats d’économies d’énergie (CEE), intégrés dans le prix final.
Conséquence directe : plus les prix augmentent, plus les montants collectés progressent. Une hausse qui, mécaniquement, viendra alimenter les recettes de la Région et des collectivités locales. Un effet rarement mis en avant, mais loin d’être négligeable à l’échelle des volumes consommés sur l’île.
La question fiscale en arrière-plan
Dans ce contexte, la question d’un éventuel levier fiscal se pose en filigrane. La Région Réunion, qui perçoit notamment l’octroi de mer sur les carburants, n’était pas présente lors de la réunion en préfecture.
Une absence notable, alors que la fiscalité constitue l’un des rares leviers locaux susceptibles d’atténuer la hausse.
Le préfet a indiqué que la collectivité avait été invitée mais avait décliné. Contactée, la Région évoque une réunion de travail consacrée à la RN2, coupée dans le Sud après l’éruption du volcan.
Reste que le sujet pourrait rapidement revenir dans le débat, à mesure que les prix approcheront des niveaux record.


