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Carburant, engrais… Les agriculteurs interpellent la Région et l'État

Ecrit par P.M. – le mercredi 25 mars 2026 à 19H22
S'ils se sont retrouvés cet après-midi à Beaufonds pour évoquer les élections des CMU, le prix du carburant inquiète les planteurs de la CGPER et de l'UPNA.

Après l'annonce du préfet sur la hausse programmée du prix du carburant au 1er avril et dans la foulée des annonces du ministère de l’Agriculture de mesures destinées à soutenir les trésoreries, les syndicats agricoles interpellent la Région et l'État pour que des mesures soient prises afin de limiter l'impact de la hausse du prix du carburant, mais aussi que l'Outre-mer ne soit pas oublié par les annonces gouvernementales.

L’agriculture réunionnaise, victime collatérale des crises géopolitiques. Après l’explosion du prix des engrais à la suite du déclenchement de la guerre en Ukraine, c’est désormais la situation au Moyen-Orient qui inquiète les agriculteurs. Le détroit d’Ormuz constitue en effet un point de passage stratégique pour une partie du commerce mondial d’engrais et l’Iran est également un important producteur d’urée (le pays fait partie des grands producteurs d’engrais azotés au niveau mondial).

Déjà sous tension au niveau des trésoreries, les agriculteurs ont appris ce jeudi, comme l’ensemble des Réunionnais, la hausse programmée du prix du carburant à partir du 1er avril. Une augmentation qui aura un impact direct sur les coûts de production.

La Région sollicitée sur la fiscalité

Réunis à Beaufonds, à Saint-Benoît, pour évoquer les élections des commissions mixtes d’usine, les planteurs de la CGPER et de l’UPNA, désormais réunis, n'ont pas manqué d'aborder la question du carburant. Les agriculteurs rappellent le poids important de ce poste dans les coûts d’exploitation et les conséquences immédiates d’une hausse sur la trésorerie des exploitations. Ils demandent l’intervention de la Région.

Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, alerte sur l’ampleur de l’impact. “Aujourd’hui, on paye un carburant à 0,75 euro pour le monde agricole (gazole non routier). Avec l’annonce du préfet, on sera très proche de 1 euro. L’impact sur nos exploitations, notamment chez les éleveurs, sera immédiat. Il faut récolter l’herbe, andainer, presser, transporter. Tout cela consomme énormément de fioul.”

Il rappelle que le carburant représente un poste de charge majeur, notamment à l’approche de la campagne sucrière. “Une coupeuse de canne consomme au minimum 200 litres de fioul par jour, un tracteur au minimum 100 litres. Il y a beaucoup d’engins en circulation pendant la campagne. L’impact sera énorme pour les entreprises de travaux agricoles et pour les agriculteurs.”

La CGPER demande une intervention de la Région sur la fiscalité du carburant. “La Région peut agir sur le taux de taxation du gasoil. Nous demandons que ce taux soit revu à la baisse pour que l’impact financier ne soit pas aussi important sur nos exploitations.”

L’inquiétude d’une nouvelle hausse des engrais

L’organisation s’inquiète également d’une nouvelle hausse possible du prix des engrais, notamment de l’urée, dont une partie provient d’Iran. “On a déjà connu le doublement du prix des engrais avec la guerre en Ukraine. Une tonne est passée d’environ 650 euros à 1.500 euros. Aujourd’hui, on est autour de 700 à 800 euros, mais si ça repart, on peut atteindre 2.000 euros la tonne. L’impact sur nos exploitations sera encore très important.”

L’UPNA demande une rencontre à la Région

Du côté de l’UPNA, son président Dominique Clain attend également une réaction des collectivités. “Il y aura un impact pour toutes les professions, mais pour le monde agricole ce sera très compliqué si on subit encore une hausse. On attend que la Région réagisse par rapport aux taxes sur le gasoil. Si on subit encore une augmentation, avec la baisse du tonnage de canne et toutes les problématiques actuelles, ce sera très compliqué pour tenir.”

Il demande une rencontre rapide : “On est en train de discuter avec nos collègues et s’il faut demander une rencontre, on le fera rapidement pour voir quelles solutions peuvent être trouvées.”

Les Jeunes Agriculteurs interpellent l’État

Parallèlement, les Jeunes Agriculteurs ont interpellé l’État dans un communiqué afin de savoir comment seront concrètement appliquées à La Réunion les mesures annoncées en début de semaine par le ministère de l’Agriculture pour faire face à la hausse des charges.

Sur son site, le ministère a indiqué mettre en place des mesures exceptionnelles face à la forte hausse des prix du gazole non routier, du gaz et des engrais qui alourdissent les coûts de production des agriculteurs pour préserver les trésoreries et soutenir la viabilité des exploitations et donc notre alimentation”.

Parmi ces mesures : le report de cotisations sociales, l'étalement des échéances fiscales ou la mise en place de prêts de court terme via Bpifrance.

Les Jeunes Agriculteurs demandent au préfet des précisions sur la déclinaison de ces dispositifs à La Réunion, “territoire marqué par des surcoûts structurels liés à l’insularité et par une forte dépendance aux importations d’intrants”. Ils souhaitent notamment savoir si les mesures annoncées, comme des accords avec les banques au niveau national, “seront appliquées localement ou adaptées aux réalités du territoire”.

“Il est essentiel que les mesures nationales soient pleinement déclinées à La Réunion, ou adaptées à la hauteur des enjeux locaux”, plaide le syndicat.

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