Burqa : Les interdictions se précisent

A l'heure du débat "L'Islam de la Réunion : un modèle pour la République ?", conférence initiée par la Délégation interministérielle pour l'Egalité des chances des Français d'outre-mer; le gouvernement persiste à vouloir interdire le port du voile intégral en France, y compris à la Réunion. La semaine dernière, pas moins de 197 députés sur 300 soutenaient le dépôt d'une proposition de loi pour l'interdiction générale (non-partielle) du voile intégral, considéré comme "contraire aux valeurs de la République".
Afin de préparer cette proposition de loi, une mission parlementaire avait été lancée, dont le rapport vient d'être rendu, hier mardi. Ce qu'il en ressort ? Différentes mesures pour l'interdiction de la burqa, mais ciblée et non plus générale. Avec certains points plus radicaux que d'autres.
Pas de nationalité française pour les porteuses de voile
La mission préconise, non plus l'interdiction absolue de burqa, mais uniquement dans les services publics (administrations, hôpitaux, école...) : il ne s'agit là pas seulement de se présenter visage découvert à l'entrée, mais de "conserver le visage découvert", sous peine de se voir refuser le service sollicité.
Pour dissuader les maris extrémistes d'imposer le voile intégral à leur femme, la mission parlementaire préconise que celle-ci pourra user de l'infraction de violences faite aux femmes et de délit de violences psychologiques au sein du couple. De même, seront sanctionnés les imams incitant au port de la burqa, et les mineures la portant devront se faire connaître auprès du Conseil général. Autre forte mesure, le refus d'accession à la nationalité française pour motif de port de voile intégral.
"Si la loi passe, on la respectera"
Des préconisations qui peuvent en choquer certains, mais pas Sophia Castaingt. La présidente de l'association Ni Putes Ni Soumises de la Réunion espère vivement que la proposition de loi soit validée. "J'estime que c'est une histoire de chiffons, mais grave, puisque les extrémistes s'en servent pour transformer leur politique et gagner un peu plus de terrain", clame-t-elle.
Du côté des pratiquants musulmans, Abdoullah Mollan, président du Conseil régional du culte musulman, semble quelque peu blasé : "Que voulez-vous qu'on dise ? Si la loi passe, on la respectera". A Paris, pour les débats initiés par Patrick Karam, "L'Islam de la Réunion, un modèle pour la République?", il explique : "La burqa concerne une infime minorité de femmes : aujourd'hui, on soutient celles qui souhaitent la porter. Si elles doivent enlever leur voile lorsqu'il faut s'identifier elles le font, il n'y a pas de problème".
La burqa, un "cercueil social"?
Sophia Castaingt, de l'association Ni Putes Ni Soumises, accentue encore cet aspect : "La burqa c'est aussi un problème de sécurité". Sans oublier l'aspect social du problème. "C'est un cercueil social, c'est pas comme ça qu'on va évoluer en tant que femme", s'écrie-t-elle. Rechad Ingar sur son blog "zarabes", tente d'élargir le débat et écrit : "Ce qui doit rester ce sont les principes et en l'occurrence celui de la liberté de porter ce que l'on souhaite dans la mesure où c'est quelque chose de librement consenti".
Voilà donc des idées qui, avant même d'être des propositions de loi, font bien des vagues. Et ceci même au sein de l'Assemblée Nationale où le rapport de la mission parlementaire a divisé les partis eux-mêmes. Boycott du PS du vote des conclusions de la mission, UMP divisée entre interdiction totale ou non, certains évoquent l'identité nationale, et d'autres une loi stigmatisante et inutile.
1.900 femmes voilées en France
Affaire à suivre donc pour les 1.900 femmes en France, qui selon le ministère de l'Intérieur, porteraient le voile intégral. Parmi elles, 250 Réunionnaises, dont 90% auraient moins de 40 ans, et 25% converties, nées dans une famille non-musulmane.
La loi passera-t-elle les barrières constitutionnelles, et si oui, il est intéressant de voir comment elle sera accueillie et appliquée à la Réunion. On se souvient notamment de la loi sur le voile à l'école, qui à la Réunion, a eu bien du mal à s'appliquer.


