Budget 2026 : les Français lourdement mis à contribution pour combler le déficit

Gel des pensions et des allocations, hausse des franchises médicales, fiscalisation des indemnités, fin d’exonérations : le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 s’annoncent particulièrement douloureux pour les ménages. Revue de détail de ce qui attend les retraités, les malades, les familles et les salariés.
Les retraités en première ligne
Le texte présenté par le gouvernement de Sébastien Lecornu est sans doute l’un des plus durs depuis des années pour les retraités. L’article 44 du projet de loi prévoit en effet un gel pur et simple des pensions en 2026, quelle que soit l’évolution des prix. Aucune revalorisation n’est prévue, et même une sous-indexation est envisagée pour les années suivantes, jusqu’en 2030.
Concrètement, un retraité percevant 1 000 euros par mois perdra 156 euros de pouvoir d’achat l’an prochain. Le gouvernement envisage également de remplacer l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions par un abattement forfaitaire de 2 000 euros par retraité.
Une mesure qui pourrait légèrement avantager les plus modestes, mais pénaliser tous ceux qui dépassent ce seuil. Enfin, le relèvement des seuils de la CSG risque d’augmenter la contribution de nombreux retraités, même parmi les plus modestes.
Allocations et prestations sociales figées
Le principe d’« année blanche » proposé cet été par François Bayrou est repris dans ce budget : les prestations sociales ne seront pas revalorisées en 2026. Cela concerne le RSA, l’allocation adulte handicapé (AAH), l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), les allocations familiales, les aides au logement (APL) ou encore les primes à la naissance et de rentrée scolaire. Les familles comme les plus précaires verront ainsi leur pouvoir d’achat s’éroder, d’autant que ces aides sont habituellement indexées sur l’inflation. Le gouvernement avance un gain budgétaire de 3,8 milliards d’euros grâce à cette mesure. Autre coup dur pour certaines catégories : les étudiants étrangers hors UE non boursiers pourraient perdre leur droit aux APL.
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Impôt : gel du barème et niches supprimées
Côté fiscalité, l’exécutif prévoit de geler le barème de l’impôt sur le revenu, habituellement revalorisé pour suivre l’inflation. Résultat : des centaines de milliers de ménages pourraient changer de tranche et payer davantage. Selon l’L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), environ 380 000 Français deviendraient imposables, et un foyer médian pourrait perdre entre 50 et 100 euros par an. L’État espère en tirer près de 1,9 milliard d’euros de recettes supplémentaires. Le gouvernement veut aussi supprimer 23 niches fiscales jugées inefficaces, parmi lesquelles la réduction d’impôt pour frais de scolarité ou l’exonération sur certaines indemnités journalières pour affection longue durée.
Les malades aussi mis à contribution
L’un des volets les plus sensibles du texte concerne la santé. Les franchises médicales – ce reste à charge pour les patients – vont doubler : elles passeront de 1 à 2 euros sur les boîtes de médicaments, les actes paramédicaux ou les transports sanitaires. Le plafond annuel grimpera de 50 à 100 euros. Les participations forfaitaires pour les consultations, examens radiologiques ou analyses biologiques doubleront elles aussi, à 4 euros. Les consultations dentaires et certains dispositifs médicaux, jusqu’ici exemptés, deviendront payants. Cette mesure doit rapporter 2,3 milliards d’euros. Enfin, une nouvelle taxe de 2,05 % frappera les mutuelles, qui la répercuteront inévitablement sur les cotisations des assurés.
Indemnités journalières et fiscalisation
Les arrêts maladie liés à des affections dites « non exonérantes » – comme la dépression – seront désormais traités comme des arrêts classiques, avec des indemnités imposables. Mais le gouvernement va plus loin : les indemnités journalières pour affections graves pourraient elles aussi être fiscalisées. Cette suppression d’exonération, prévue à l’article 5 du projet de loi de finances, constituerait un tournant majeur dans la prise en charge des maladies lourdes, et pèserait sur les foyers déjà fragilisés.
Fin de l'aide pour les victimes d’accidents de la route
Autre changement majeur : la fin de la prise en charge automatique par l’État des victimes d’accidents de la route. L’article 38 prévoit que les aides publiques soient déduites des dommages et intérêts obtenus devant la justice. Or, les procédures civiles peuvent durer jusqu’à 2028, et les auteurs des accidents sont parfois insolvables ou non assurés. Cette disposition risque donc de laisser de nombreuses victimes sans aide pendant des années.
Apprentis, créateurs d’entreprise et salariés perdants
Les jeunes en formation ne sont pas épargnés : les exonérations de cotisations salariales pour les apprentis seront supprimées à partir du 1er janvier 2026 pour tout nouveau contrat. De leur côté, les demandeurs d’emploi créant leur entreprise ne bénéficieront plus d’allègements de cotisations (ACRE), ce qui pourrait décourager certaines initiatives. Pour les salariés, la fin de l’exonération sur les tickets-restaurant, chèques-vacances et autres avantages sociaux – avec l’instauration d’une contribution patronale de 8 % – risque d’entraîner leur disparition progressive. Le coût des ruptures conventionnelles augmentera également de 10 %, ce qui pourrait compliquer les départs négociés.
Ordures ménagères et fiscalité environnementale en hausse
Même les poubelles n’échappent pas au tour de vis. Le gouvernement prévoit d’augmenter fortement la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) liée à l’enfouissement des déchets : de 65 euros la tonne aujourd’hui à 105 euros en 2030. Par un effet domino, cette hausse sera répercutée des entreprises de traitement vers les collectivités, puis vers les contribuables via la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. Celle-ci s’élève déjà à 144 euros par habitant en moyenne et a bondi de 20 % en cinq ans. Les collectivités dénoncent une mesure « injuste et inefficace », d’autant que les recettes ne leur reviendront pas mais serviront à financer les pénalités de la France auprès de l’Union européenne pour non-respect des objectifs de recyclage.
Un budget sous haute tension sociale
Gel des pensions, prestations sociales figées, franchises médicales doublées, hausse de l’impôt sur le revenu : l’exécutif cherche 30 milliards d’euros d’économies pour ramener le déficit public à 4,7 % du PIB en 2026. Mais au prix d’un effort considérable demandé aux ménages. Si certaines mesures pourraient être amendées par les parlementaires, elles donnent le ton d’un budget 2026 qui touche directement au portefeuille des Français, quels que soient leur âge, leur statut ou leur niveau de revenus.
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