Revenir à la rubrique : Economie

Budget 2026 : ce que coûterait une « année blanche » aux Réunionnais

Ecrit par J.D. – le mardi 8 juillet 2025 à 12H14

Gel des pensions, des prestations sociales et du barème de l'impôt sur le revenu : le gouvernement explore l'option d'une « année blanche » pour boucler son budget 2026. Derrière la promesse de plusieurs milliards d’euros d’économies, des perdants bien identifiés. Décryptage.

Que signifie une « année blanche » ?

L’expression désigne un gel temporaire de certaines dépenses publiques qui sont habituellement revalorisées chaque année en fonction de l’inflation. Concrètement, cela signifie qu’en 2026, les pensions de retraite, les allocations familiales, les aides au logement ou encore la prime d’activité resteraient au niveau de 2025, sans être ajustées à la hausse des prix. Le barème de l’impôt sur le revenu pourrait aussi ne pas être actualisé, ce qui entraînerait mécaniquement une hausse de l’impôt pour certains foyers. Le périmètre exact de la mesure reste flou, mais le principe est d’éviter l’augmentation automatique de la dépense publique.

Lire aussi : Budget 2026 : ce qu’envisage le Premier ministre

Combien ça rapporte à l’État ?

Selon les estimations les plus partagées, l’année blanche permettrait à l’État de réaliser entre 5,7 et 6,2 milliards d’euros d’économies. L’Institut des politiques publiques chiffre à 3 milliards l’impact du gel des retraites, à 1,4 milliard celui du gel du barème fiscal, et à 1,3 milliard celui du gel des prestations sociales. Une évaluation proche de celle de l’économiste Pierre Madec (OFCE), qui souligne dans Les Echos que cet effort serait essentiellement supporté par les ménages. À noter que ces gains, bien qu’importants, ne couvriraient qu’une fraction des 40 milliards d’euros d’économies visés par le gouvernement.

Qui sont les perdants ?

Les retraités seraient les premiers touchés, avec une perte estimée à 3,7 milliards d’euros à eux seuls. Cela représenterait une baisse de revenu disponible d’environ 350 euros par ménage retraité en 2026, soit -1 % par rapport à un scénario sans gel. Pour les salariés, la perte moyenne atteindrait 105 euros sur l’année, 165 euros pour les indépendants, et 180 euros pour les chômeurs. Les ménages les plus aisés perdraient davantage en euros, mais ce sont les plus modestes qui verraient leur revenu amputé en proportion : -1 % pour les 5 % les plus pauvres, contre -0,3 % pour les plus riches.

Et à La Réunion ?

À La Réunion, une « année blanche » budgétaire aurait des conséquences particulièrement marquées. Sur l’île, près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon l’Insee, les transferts sociaux représentent une part significative des revenus des ménages. Le gel des prestations sociales – allocations familiales, RSA, APL – impacterait donc de plein fouet une population déjà fragilisée par le coût élevé de la vie. Le barème fiscal non indexé pourrait faire basculer davantage de foyers dans l’impôt. L’absence de revalorisation des pensions serait également pénalisant. Enfin, si le gel s’étendait aux dotations de l’État aux collectivités locales, cela pourrait affecter les politiques publiques en matière d’emploi aidé, de logement social ou d’investissement. Si l’année blanche est pensée comme une réponse comptable à Paris, elle pourrait devenir un accélérateur d’inégalités en Outre-mer.

Qui soutient la mesure ?

L’idée est défendue par plusieurs membres du gouvernement, dont la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, et le ministre du Commerce extérieur Laurent Saint-Martin. Pour ses partisans, l’année blanche présente l’avantage de la simplicité, de l’automaticité et de l’efficacité comptable. Le président du Sénat Gérard Larcher l’a qualifiée de « piste sérieuse », et certains élus de la majorité plaident pour une application large du dispositif, couvrant aussi bien les aides sociales que les dotations aux collectivités.

Qui s’y oppose ?

À gauche comme à droite, les oppositions dénoncent une mesure brutale, antisociale, voire récessive. Le député LFI Éric Coquerel parle d’une « très mauvaise solution » qui frapperait surtout les plus fragiles. Le RN évoque une « logique de coups de rabot » et un « impôt déguisé ». Même au sein de la majorité, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet a rappelé qu’il ne fallait pas « exclure d’emblée une hausse d’impôts », ouvrant une brèche dans la ligne gouvernementale. Le président du Medef Patrick Martin s’est également déclaré défavorable à ce qu’il considère comme un expédient non durable.

Quels secteurs seraient épargnés ?

Tout ne pourra pas être gelé. Les intérêts de la dette, les engagements militaires ou les dépenses de sécurité intérieure sont exclus du champ d’application. Plusieurs lois de programmation obligent l’État à augmenter certaines dépenses, notamment dans la défense et la justice. « Sur le papier, on gèle une partie des dépenses, mais dans les faits, de nombreux secteurs sont intouchables », explique Mathieu Plane, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans les colonnes de France Info. Gérard Larcher le reconnaît : « Certaines choses peuvent être gelées facilement, d’autres moins ».

Et après ?

L’année blanche n’est pas une solution de long terme. Le ministre Laurent Saint-Martin l’a admis : ce serait un « one shot » utile en 2026, mais insuffisant pour ramener durablement le déficit public sous la barre des 3 % du PIB d’ici 2029. En 2024, le déficit atteignait encore 5,8 %. Pour Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, l’effort doit être structurel et s’étaler sur plusieurs années. Dans ce contexte, une mesure ponctuelle comme l’année blanche ne saurait remplacer une réforme de fond des finances publiques.

Présentée comme une réponse pragmatique à la dérive budgétaire, l’année blanche soulève de nombreuses questions politiques, sociales et économiques. Simple en apparence, la mesure pourrait créer des tensions majeures au sein de la majorité, sans régler le déséquilibre structurel des finances publiques. Le Premier ministre François Bayrou doit trancher le 15 juillet.

Lire aussi : Dette publique : Bayrou tire la sonnette d’alarme et veut présenter le cap budgétaire avant le 14 juillet

Etiquettes : Budget | François Bayrou

Dans la même rubrique

0💬
Tri :