"Bisou d’enfant", "chatouilles", "taquineries" : un policier municipal de Saint-Denis jugé pour harcèlement et agression sexuelle sur une collègue

Durant des semaines de formation entre avril et juillet dernier, un policier municipal de Saint-Denis aurait multiplié les comportements graveleux et insistants envers une collègue. Le parquet a requis sa condamnation à de la prison avec sursis et une interdiction d’exercer pendant cinq ans.
« C’étaient des taquineries entre collègues, je n’ai jamais eu l’intention de commettre une infraction », se défend le policier municipal dionysien, suspendu de ses fonctions après la révélation de l’affaire en juillet dernier.
Quelques jours plus tôt, une ancienne gendarme de La Possession en cours de reconversion dans la police municipale de la commune vient voir ses anciens collègues pour déposer plainte. Cela fait alors des semaines qu’elle subirait le comportement déplacé d’un autre policier municipal, en poste à Saint-Denis depuis un an et suivant la même formation qu’elle à Sainte-Marie.
"Un Coca contre un bisou"
Elle décrit alors des attitudes et des déclarations malaisantes régulièrement répétées. « Pourquoi tu ne portes pas de string ? », « Tes seins, c’est des vrais ? », « Je te paye un Coca contre un bisou », rapporte le président à l’audience correctionnelle mardi 25 août, à laquelle assistent la victime et le maire de La Possession, Erick Fontaine.
Selon l’enquête, l’agent de 37 ans aurait encore tenté des « rapprochements », proposant « 10 euros à un collègue pour qu’il laisse sa place à côté d’elle », ou proclamant vouloir suivre le module de secourisme avec elle « pour lui faire du bouche-à-bouche. » Jusqu’à ce soir du 1er juillet, où, se retrouvant seul avec la jeune femme dans un couloir, il l’aurait attrapée par le bras pour tenter de l’embrasser sur la bouche. Comme elle crie au secours, un collègue arrive et la trouve choquée.
"L'humour aide à enlever le stress des policiers"
« Je lui ai fait des chatouilles. Et c’était un bisou d’enfant », se défend le policier à la barre, invoquant « une complicité » avec la plaignante avec qui il échangeait des messages depuis quelque temps. « On se taquinait, comme avec les autres collègues. L’humour aide à enlever le stress des policiers », assure-t-il.
« Vous avez l’air d’un joyeux luron Monsieur, mais il semble que Madame n’a pas vécu cela de la même manière. Cela pose question par rapport à votre profession, votre devoir de faire respecter l’ordre et de mettre les gens en sécurité », observe le président.
« Cette audience et l’absence de remise en question de Monsieur renforcent l’inquiétude de ma cliente », plaide Me Alexandre Volz pour la partie civile. « Il est policier, il sait qu’il n’y a qu’un pas entre blagues lourdes et harcèlement », poursuit l’avocat, rappelant « les symptômes de stress post-traumatiques » constatés sur sa cliente qui s'est vue accorder 10 jours d'interruption totale de travail.
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"Intolérable de la part d'un agent de la force publique"
Pour la procureure, « le prévenu a jeté son dévolu sur Madame de façon graveleuse, répétée et insistante, jusqu’au comportement délictuel. » Pour ces agissements « intolérables de la part d’un agent dépositaire de l’autorité publique », elle réclame la peine de huit mois de prison avec sursis, ainsi que cinq ans d’interdiction d’exercer la fonction de policier municipal. « Méconnaître la dignité des gens, ce n’est pas compatible avec ces fonctions », justifie la magistrate.
« Elle était à l’origine des taquineries. Peut-être qu’il a perçu des signaux qui n’en étaient pas et il s’excuse pour des blagues mal interprétées », plaide Me Marina De Carvalho en défense. « Votre tribunal doit faire la différence entre plaisanteries maladroites et harcèlement », demande-t-elle encore en visant la relaxe.
L’affaire a été mise en délibéré au 18 septembre.


