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Bernard Picardo: « La Chambre de métiers est de nouveau là pour aider les artisans »

L'heure est au bilan pour Bernard Picardo. À quelques semaines de l’élection des membres de la chambre de métiers et de l’artisanat, l'actuel président, qui brigue un troisième mandat, aborde sereinement ce nouveau scrutin.

Ecrit par SI – le mardi 13 septembre 2016 à 16H01

Vous avez pris les rênes de la CMA en pleine crise économique à compter de 2008, puis réélu en 2010. quel bilan dressez-vous de ces mandats ?

Il est vrai que lorsque nous avons pris les rênes de la Chambre de métiers, la situation était très compliquée puisque la Chambre était empêtrée dans des affaires judiciaires. Nous avions dû reprendre un outil qui avez été laissé un peu à l’abandon et nous avions remis en place un véritable dialogue social à la CMA afin de redonner confiance à l’ensemble des entreprises et des artisans. Cela a été un travail de longue haleine et aujourd’hui, on peut dire que la Chambre de métiers a retrouvé l’image d’une chambre qui est là pour accompagner et aider les artisans dans le développement de leur entreprise.

Il est souvent reproché aux dispositifs de formation de ne pas correspondre aux besoins du marché, quelles ont été vos réponses à ce sujet ?

Nous avons beaucoup travaillé en partenariat ces dernières années avec les organismes professionnels et les syndicats de l’artisanat pour savoir réellement quels étaient leurs besoins, que ce soit en termes d’accompagnement économique mais aussi en termes de formation professionnelle pour mettre en adéquation les besoins des entreprises concernant la formation. En plus des diplômes de l’Éducation nationale, nous avons aussi beaucoup travaillé avec les diplômes de notre réseau. Aujourd’hui, notre réseau travaille avec le RNCP (répertoire national de la certification professionnelle, ndlr) afin de rendre nos filières de formation plus en adéquation avec le monde de l’entreprise. Au même titre que sur la formation continue où nous avons mis en place énormément de formations, que ce soit du côté des chefs d’entreprises ou des salariés, afin de coller aux attentes des entreprises, comme par exemple dans le domaine de la fibre optique, un secteur où le potentiel de création d’emplois est particulièrement élevé. On fait même des licences à la Chambre des métiers, toujours pour répondre aux attentes des professionnels.

Les derniers chiffres connus de la CMA (ceux de 2014) montrent qu’en matière de fermetures d’entreprises, les cessations d’activité ont diminué de 25% dans le bâtiment. Est-ce qu’il s’agit pour vous de l’indicateur le plus important préfigurant une reprise ?

C’est un indicateur intéressant puisque cela montre qu’il y a moins d’entreprises qui mettent la clé sous la porte. Cela montre aussi que tout le travail que nous avons entrepris ces dernières années a porté ses fruits en termes d’accompagnement des entreprises, de proximité que nous avons pu avoir avec elles sans oublier les outils que nous avons mis en place pour les aider à surmonter leurs difficultés. Des permanences de banquiers, d’avocats ou encore de notaires ont été installées ces dernières années à la Chambre de métiers. Des permanences gratuites qui ont permis aux chefs d’entreprise, lorsqu’ils ont eu des décisions particulièrement importantes à prendre, de se concerter au préalable avec un professionnel. Outre ces permanences, nous avons mis en place ces dernières années à la CMA une cellule « marchés publics » qui a accompagné des milliers d’entreprises à aller vers la commande publique.

Une liste autour du CSAPR s’est constituée. La prenez-vous comme une candidature de défiance face à votre incapacité à réformer le RSI ?

Si j’avais les capacités à réformer le RSI ça se saurait et j’aurais un pouvoir à mon avis extraordinaire ! Même aujourd’hui, le gouvernement n’arrive toujours pas à régler le problème du RSI, alors je vois mal comment un Bernard Picardo puisse régler ce problème… Nous, ce que nous avons fait ces dernières années, c’est d’accompagner au mieux les entreprises, cela a été notre travail au quotidien. Après, c’est au gouvernement de prendre la décision de l’évolution en terme de protection sociale. Nous avons demandé à plusieurs reprises au gouvernement de faire évoluer les choses, en nous donnant par exemple la possibilité à La Réunion de faire payer moins de charges sur les entreprises et d’abaisser leur fiscalité. C’est ce travail que nous sommes en train de faire avec nos différents partenaires comme le Conseil régional, le Département ou encore la Chambre de commerce.

Après 10 mois de double mandat (CMA et Région) mais aussi votre propre activité de transport, comment avez-vous réussi à organiser votre planning entre ces trois casquettes ?

C’est une question d’organisation : on organise son planning et on fait en sorte d’être présent là où il faut. Je tiens à rappeler que le conseil régional reste un outil pour le développement économique de l’île. Il est tout à fait normal que des artisans, comme moi, puissent aussi être dans cette instance qui prend les décisions pour nos entreprises, pour le développement économique et l’avenir de notre territoire.

Certains de vos ressortissants vous reprochent-ils ce conflit entre votre fonction à la CMA et votre nouvelle fonction politique ?

Je ne vois pas où est le problème. Le fait de pouvoir être présent là où se décide l’avenir économique de l’île, quand on est en plus dans une chambre consulaire, cela est très intéressant car nous avons un regard plus attentif sur les dossiers voire même les orienter pour mieux servir les intérêts de l’artisanat.

Quels projets n’ont pas abouti durant votre mandat et quels sont ceux que vous souhaitez mettre en oeuvre ?

Il y aura encore un gros travail à faire pour développer la proximité vis-à-vis des entreprises. Nous sommes une force l’artisanat à La Réunion avec plus de 18.000 entreprises sur l’ensemble de son territoire. Mais nous avons aussi une faiblesse, c’est que nous sommes disséminés sur l’ensemble du territoire, ce qui rend difficile d’apporter une information. En cas de réélection, mon équipe souhaiterait mettre en place des élus par zone géographique. C’est une demande du terrain pour que demain, deux ou trois élus puissent être en lien avec les artisans mais aussi avec l’ensemble de nos partenaires. Nous instaurerons également une Chambre des métiers « mobile ». Nous allons pouvoir grâce à ce nouveau dispositif aller faire des formalités dans les entreprises ou chez les artisans. Ce sera intéressant pour nous mais aussi et surtout pour un chef d’entreprise, qui n’aura plus besoin de se déplacer pour faire ses formalités.

Trop d’objets souvenirs réunionnais sur les marchés forains sont fabriqués à Madagascar ou Maurice. Comment se porte le label « Artisanat Réunionnais » ?

Quand vous allez à Paris et achetez un porte-clé Tour Eiffel, je ne suis par sûr que cet objet soit fabriqué par un Parisien. À La Réunion, aujourd’hui, lorsque vous achetez un souvenir de notre île, le produit est fabriqué à La Réunion avec une marque mise en place par la Chambre des métiers il y a deux ans. Aujourd’hui, la boutique de l’aéroport Roland-Garros marche très bien et nous comptons ouvrir prochainement deux ou trois nouvelles boutiques de ce type.

Qu’en est-il de la prise en compte des 54 propositions du [rapport Lemagnen]urlblank:http://www.zinfos974.com/54-propositions-pour-faire-de-l-artisanat-pei-un-secteur-majeur-du-tourisme_a68638.html pour améliorer l’artisanat péï ?

Il a fait des propositions, et nous avons retenu trois ou quatre de ses propositions. Il y a des choses qui sont intéressantes. Au-delà de ça, nous connaissons les besoins des artisans et nous travaillons actuellement sur la rédaction d’un guide de l’artisanat péi. Lorsque je rencontre les artisans d’art, ils sont assez satisfaits car ils voient que leurs profits sont mis en valeur.

Êtes-vous serein à la veille de cette élection ?

Oui, je suis toujours serein. De toute façon, cela ne reste qu’une élection consulaire. Nous sommes confiants car nous avons une belle équipe.

 

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