Annick Girardin ou l’art de la poudre de perlimpinpin
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Depuis l’interview que j’ai réalisée jeudi à Paris dans le bureau de la ministre des Outre-mer, vous êtes nombreux à me demander si je pense qu’elle m’a menti ou pas lorsqu’elle m’a avoué que la fausse annonce de la mise en application des mesures annoncées « dès le » 1er janvier était consécutive à une erreur d’un membre de son cabinet qui aurait remplacé « à compter du 1er janvier » par « dès le 1er janvier » dans son discours.
Et à chaque fois, je fais la même réponse : je ne sais pas.
Pour avoir eu Annick Girardin en face de moi pendant plus d’une demi-heure en interview, j’aurais envie de dire que je lui fais confiance et qu’il s’agit bien d’une erreur.
Elle m’est apparue telle qu’on la connait : déterminée, battante, n’ayant pas froid aux yeux et ne cherchant à éviter aucun sujet délicat.
Honnêtement, on avait envie de la croire.
Une femme courageuse, fidèle à l’image qu’elle avait donnée lors de son passage à la Réunion, où elle n’avait pas hésité à aller « au contact », comme on dit dans le jargon militaire, des gilets jaunes.
Mais à la limite, qu’elle ait dit la vérité ou pas lors de l’interview est somme toute sans grande importance.
Soit elle a menti, et c’est grave. Soit elle a dit la vérité, et c’est tout aussi grave.
Pourquoi ? Parce que, dans ce cas, ça voudrait dire qu’elle était consciente qu’elle n’annonçait pratiquement aucune mesure spécifique pour la Réunion. Que tout ce qu’elle nous octroyait avait en fait déjà été annoncé au niveau national quelques jours avant.
La seule différence provenait justement de la date. Les mesures annoncées entre autres par Bruno Le Maire ou Agnès Buzyn étaient prévues pour s’étaler tout au long de l’année 2019 sur l’ensemble du territoire national. La seule originalité, annoncée par Annick Girardin, c’était justement qu’à la Réunion, elles allaient entrer en vigueur « dès le 1er janvier 2019 ».
Si nous rentrons dans le tronc commun, si nous ne bénéficions d’aucune mesure spécifique, même pas sur la date, ça signifie donc que pour Paris, pour le gouvernement, la situation à la Réunion n’est pas plus dramatique qu’en métropole.
Et c’est ça qui est grave !
Mais pour Annick Girardin, l’important était ailleurs. Telle une prestidigitatrice, grâce à un peu de poudre de perlimpinpin, comme aime à le répéter le président de la République, la pilule amère est passée. Les barrages ont été levés, le port débloqué.
Et vu de Paris, c’était la seule chose qui importait…



