Revenir à la rubrique : International

Alors que le monde regarde les États-Unis, la Chine de Xi Jinping est également sous tension

Ecrit par N.P. – le jeudi 29 janvier 2026 à 10H28
Photo d'illustration : Pixabay

Alors que l’attention internationale reste largement tournée vers les États-Unis et leurs propres turbulences politiques, la Chine traverse elle aussi une période de fortes secousses internes. Derrière l’image de puissance stable et maîtrisée projetée par Pékin, le régime de Xi Jinping est confronté à une accumulation de tensions : purge inédite au sommet de l’armée, montée rapide des contestations sociales et durcissement autoritaire du pouvoir. Autant de signaux qui dessinent un moment de fragilité politique rare pour la deuxième puissance mondiale.

La première onde de choc est venue du sommet de l’appareil militaire. En janvier 2026, deux des plus hauts responsables de l’Armée populaire de libération ont été écartés dans le cadre d’une vaste campagne de « discipline » interne. Parmi eux, une figure centrale de l’état-major interarmées, Liu Zhenli, et le général Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale (CMC) et plus haut gradé de l'Armée populaire de libération (APL). Officiellement, les accusations relèvent de la corruption et de violations graves de la discipline du Parti. En réalité, cette vague d’évictions s’inscrit dans une entreprise de reprise en main totale de l’armée par Xi Jinping.

Lire aussi : Escalade militaire entre Pékin et Taipei : quatre navires chinois détectés près de Taïwan

Depuis deux ans, les têtes tombent les unes après les autres au sein de la CMC, l’organe suprême de commandement. À tel point qu’il ne reste aujourd’hui qu’un noyau extrêmement réduit autour du chef de l’État. Cette concentration du pouvoir n’est pas sans conséquence. Plus grave encore, certains médias internationaux rapportent que Zhang Youxia aurait divulgué des informations sur le programme nucléaire militaire chinois aux États-Unis et accepté des pots-de-vin pour nommer des officiers à des postes clés.

Plusieurs des officiers écartés faisaient partie de ceux qui possédaient l’expérience la plus poussée dans la planification d’un scénario militaire contre Taïwan. Or, Pékin avait fixé l’horizon de 2027 comme date à partir de laquelle l’armée devait être prête pour une éventuelle opération de grande ampleur. Les purges en cours rendent désormais ce calendrier beaucoup plus incertain. En désorganisant profondément la chaîne de commandement et en éliminant des décennies de savoir-faire opérationnel, le pouvoir central affaiblit paradoxalement l’outil militaire qu’il cherche à contrôler. À court terme, l’option d’une action contre Taïwan apparaît plus risquée que jamais.

Une contestation sociale en forte progression en Chine

Dans le même temps, la société chinoise montre des signes de plus en plus visibles de tension. L’année 2025 a été marquée par une explosion du nombre de mouvements de protestation à travers le pays. Loin des grandes mobilisations politiques du passé, ces colères sont d’abord d’origine économique et sociale.

Salaires impayés, chantiers immobiliers abandonnés qui ont ruiné des millions de Chinois, expropriations contestées, difficultés d’accès à l’éducation ou aux soins : les motifs de mécontentement se multiplient. Fait plus inquiétant pour le pouvoir, ces protestations ne concernent plus seulement les ouvriers migrants ou les populations rurales, mais touchent désormais aussi des catégories réputées plus stables, comme les enseignants, les personnels de santé ou certains fonctionnaires locaux.

Cette extension du malaise traduit un affaiblissement du contrat social implicite qui liait la population au régime : prospérité contre stabilité politique. Or la prospérité n’est plus au rendez-vous. La crise immobilière, qui mine l’économie chinoise depuis plusieurs années, a lourdement entamé la confiance des ménages et asséché une part importante de l’épargne. La consommation reste atone, la croissance ralentit et le chômage des jeunes atteint des niveaux préoccupants.

Une jeunesse désabusée et sans perspectives

La situation de la jeunesse cristallise une grande partie de ces tensions. Des millions de jeunes diplômés arrivent chaque année sur un marché du travail saturé, où les emplois qualifiés se font rares et les conditions de travail restent souvent très dures. Face à ce mur, certains choisissent le retrait, symbolisé par le mouvement du « tangping », littéralement « rester allongé », qui prône une forme de désengagement vis-à-vis des injonctions sociales et professionnelles.

Ce décrochage générationnel est l’un des signaux les plus inquiétants pour un régime qui a longtemps fondé sa légitimité sur la promesse d’ascension sociale.

Un durcissement autoritaire assumé par Xi Jinping

Face à ces fragilités, la réponse du pouvoir ne passe pas par l’ouverture, mais par un renforcement spectaculaire de l’appareil répressif. Surveillance numérique généralisée, censure renforcée, durcissement des lois sur la sécurité nationale : la Chine dispose aujourd’hui d’un système de contrôle social parmi les plus sophistiqués au monde.

Les exemples de dissidents condamnés à de lourdes peines de prison ou de figures de l’opposition réduites au silence se multiplient, tandis que Hong Kong est devenu en quelques années un laboratoire d’une répression totale, sans véritable contre-pouvoir.

Un pouvoir fort, mais de plus en plus fragile

Le paradoxe chinois est là : jamais Xi Jinping n’a semblé aussi puissant, concentrant entre ses mains l’ensemble des leviers politiques, militaires et idéologiques. Mais jamais non plus les fissures n’ont été aussi visibles. Le leader doit assumer des échecs internationaux comme ceux de « la nouvelle route de la soie », le rejet de dix nations insulaires du Pacifique d'un vaste accord sur la sécurité régionale et le développement économique, et une importante fuite des cerveaux et des capitaux.

En purgant son armée, en faisant face à une société sous tension et en répondant par toujours plus de contrôle, le régime donne l’image d’un système qui se raidit parce qu’il se sait vulnérable. Une fragilité potentiellement lourde de conséquences, bien au-delà des frontières chinoises.

Etiquettes : Chine

Dans la même rubrique

0💬
Tri :