;Les pompiers n;étaient pas armés pour affronter l;incendie de la Marina

Ce soir-là , le tableau de service est déficitaire sur le chef-lieu. Une habitude. 12 hommes sont sur le pont à la caserne du chef-lieu située ruelle Tadar. Il en faudrait 17 pour respecter le nombre minimum de sapeurs pompiers pour une commune de la strate de Saint-Denis, soit plus de 140.000 habitants. Le tableau des effectifs n'était clairement pas en phase avec le règlement opérationnel élaboré par le SDIS lui-même et signé de la main du préfet qui préside les conseils d;administration du SDIS. Une incohérence qui avait fait l;objet d;une alerte presque prémonitoire, un mois avant l;incendie, à la lumière d;un contentieux opposant des agents à leur hiérarchie porté devant le tribunal administratif.
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Face à ce déficit de main-d;oeuvre, les événements malheureux semblent s;acharner, ou peut-être ont-ils été justement provoqués par une main incendiaire dans le but de décontenancer les soldats du feu.
Peu avant l;incendie de la Marina, le 18 reçoit le signalement d;un incendie mineur dans un immeuble proche d;environ 300 mètres de la Marina. Bien que moins ravageur, ce premier théâtre d;opération aura toute son importance dans l;enchaînement des couacs cette nuit-là , comme nous le révèle Michel Mani, président du Syndicat autonome du personnel du service départemental d;incendie et de secours (SAPSDIS). Ce premier feu détournera l;attention des soldats du feu en approche de la Marina et leur fera perdre un temps précieux.
Un effectif pas dimensionné dans ce cas de figure
Il est minuit lorsque les témoins du début du brasier de La Marina composent le 18. Les premiers pompiers arrivent à 1H15 du matin seulement, selon de très nombreux témoignages consignés à la suite de l;incendie par l;Association des victimes de l;incendie de la Marina, ce qui semble exclure l;erreur d;appréciation émise par une seule personne par exemple.
A ce moment-là , il est déjà trop tard, évidemment. La déception accompagne l;arrivée des pompiers. Ils ne sont que cinq. Pire, selon les témoignages récoltés par l'association, c;est une équipe de la caserne de la Montagne qui arrive sur les lieux en premier. "Les deux premiers petits camions de la caserne de la Montagne sont arrivés à 1H15 du matin, ne comprenant que cinq pompiers", établit le compte-rendu agrégeant l;ensemble des récits des habitants du secteur. Cette version n;est pas corroborée par Michel Mani qui estime que la perception des riverains est faussée par l'impression que, dans ces moments-là , "des minutes paraissent des heures".
Une enquête qui oublie la responsabilité des institutions ?
Cela n;empêchera pas le syndicat SAPSDIS de déposer plainte contre X pour mise en danger de la vie d;autrui puisque le syndicat considère que "les collègues ont fait le maximum" avec l;effectif à disposition. Ils n;étaient donc que 12 au lieu des 17 requis, un chiffre que ne conteste personne ni même le SDIS à ce jour. Comment expliquer cette différence entre l;effectif réglementaire et celui réellement mobilisable cette nuit-là ? Les mises à pied pour non-vaccination au Covid n;expliquent pas tout. Sollicité, le Département de La Réunion, qui préside le CASDIS à travers son vice-président Stéphane Fouassin, n'a pas donné suite puisqu'"une enquête judiciaire est en cours".
La question des effectifs n;est pas anodine puisqu;elle rejaillit sur la force de projection. Parmi les 12 mobilisables en ce soir du 12 décembre, il n;y avait qu;un seul chauffeur fourgon pompe-tonne présent en caserne, ce qui ajoute au manque de moyens disponibles pour un incendie de cette ampleur. "Sur l;incendie de la Marina, il n;y a jamais eu de camion FPT en action immédiate", indique même Francis Chirol qui pilote l;Association des victimes de l;incendie de la Marina, en s'appuyant sur les multiples témoignages versés dans son dossier.
Cette nuit du 13 décembre, les sapeurs pompiers sont confrontés à un obstacle de plus. La bouche à incendie de la Marina ne fonctionne pas. Les premiers pompiers iront se ravitailler à la borne du stade de Montgaillard. Là aussi, quelques précieuses minutes sont perdues.
Une plainte avec des éléments explosifs
"Les premières lances à eau ont été actionnées vers 1H45 du matin", selon les témoignages compilés par l;association. Bien trop tard évidemment, sans compter l;impossibilité d;accéder aux étages devenus inaccessibles du fait de l;embrasement des escaliers et des coursives construits en bois.
Cinq personnes ont péri, Lucie, une mère de famille et ses trois enfants âgés de 17, 14 et 10 ans ainsi qu;un enfant de 2 ans d;une autre famille.
A ce jour, une enquête pour destruction volontaire par incendie ayant entrainé des blessures puis ayant entraîné la mort est ouverte pour tenter de mettre la main sur le ou les incendiaires. Interrogée sur l;éventualité de poursuites à l;encontre d;autres personnalités morales ou physiques telles que le SDIS, le bailleur social ou le promoteur de l;immeuble, la procureure de la République nous a logiquement fait part du secret de l;instruction qui prévaut à ce stade.
La famille Nimphort-Hoarau, qui a donc perdu quatre des siens, n;a pas attendu l;éventualité que de nouvelles responsabilités soient mises en cause pour engager une action en justice avec un champ des responsabilités déjà plus élargi que celui du simple "incendie volontaire". Elle a porté plainte en janvier 2022 avec constitution de partie civile pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. La famille en deuil est appuyée par l;Association des victimes de l;incendie de la Marina qui regroupe aujourd'hui une cinquantaine d'adhérents.
La plainte de l'association déposée il y a cinq mois contient des éléments explosifs. A la hauteur des manquements constatés par le collectif de victimes.


