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Air du temps : Coup de chapeau (très) appuyé aux personnels d’un CHU de plus en plus à la ramasse

On pourrait soumettre l'idée au ministère de la Culture : que les personnels hospitaliers puissent concourir chaque année aux Molière. Parce que, sans dèc, je ne connais pas de meilleurs comédiens. La crise des établissements de santé ? C'est quoi ça ? Il y en a plein les journaux télévisés, les colonnes de la presse ? Pures inventions de scribouillards auxquelles syndicalistes et patrons de cliniques se prêtent honteusement. Parce que lorsqu'on entre à l'hosto, par accident ou par pure connerie (je sais de quoi je parle, merci !), où sont les problèmes ? C'est nickel-chrome !!!!!

Ecrit par Jules Bénard – le samedi 18 mai 2024 à 11H24

Du chirurgien de haut vol jusqu’au balayeur, en passant par l’infirmière, le brancardier, la distributrice de repas ou le kiné, je ne connais aucun corps de métier aussi habile à donner le change.

Et ils le font exprès, ces bougres et bougresses. Par philosophie humaniste. « L’hôpital français est pourri jusqu’à la moelle mais le patient n’y est pour rien. Ce n’est pas à lui de payer la facture de l’incompétence qui nous gouverne ».

Le dimanche précédent, avachi sur le brancard me conduisant à la salle d’op’, j’écoutais le brancardier me dire qu’ils n’étaient que cinq ce jour-là. Alors que le dimanche, avec les orgies démentielles d’après-boire, les Urgences sont plus bourrées (oups !) que chez Mamzelle Paula les jours de paye.

Il le disait sur le ton de la simple conversation, sans râler, alors qu’il y aurait de quoi sortir le lance-flammes.

Je suppose que parmi les premières consignes matinales des chefs de service, on entend « Sourire, coco, sourire ! Et si t’as des gerçures,  y a de la vaseline au bureau ».

Certains personnels atteignent des niveaux proprement affolants d’heures supplémentaires. « D’heures ? » Que  dis-je. De semaines, de… je ne sais plus quoi. Mettons de dépassement du temps de travail expliquant les dépressions, les stress irrattrapables, les familles explosées…

Mais dès que vous actionnez l’appel d’urgence, quelqu’un arrive. Avec le sourire. Quelque soit le motif (le prétexte) de votre appel.

Mon ex-voisin de chambrée était champion toutes catégories pour ce qui était de n’avoir besoin de rien. Il sortait tout droit du sketch de Devos : « Je n’ai rien à dire mais je veux que ça se sache ! »

Cette nuit-là, ça a débuté avec un coup de flotte. L’infirmière de nuit lui apporte un verre d’eau. « Koça mi fé èk ça ? » La brave dame lui apporte un litre. Plus tard. Dringgggg. « Mwin l’envie pisser ». Arrive l’urinoir… qu’il a fallu aller nettoyer ensuite. Les avanies seraient-elles enfin passées ? Dringgggg. « Mwin la fré ». Un drap supplémentaire arrive, précédant le même sourire non surfait. « Kwé sé sa ? In mouchoir po embar la fré ? » Elle repart et revient avec une vraie couverture. Cette fois, on a pu dormir.

Le lendemain, la gentille infirmière avait conservé son sourire. Ce que je viens de raconter là comme un petit medley peut s’appliquer à tous les personnels des services hospitaliers du CHU.

Quant au CHU lui-même, considéré dans son essence administrative, peut-on le rendre responsable de la merde dans laquelle il se trouve ? Je n’en suis pas sûr du tout.

Lorsque l’État abandonne ses prérogatives régaliennes (santé, sécurité, éducation) pour en faire des affaires à pognon, toutes les dérives sont en vue. L’hôpital ferme ses services, ne remplace pas les départs à la retraite, ne recrute plus : faut gagner du fric, les poteaux !

Pour compenser, des personnels formidables, conscients de leur devoir et aimant leur métier, « prennent sur eux », comme on dit.

Pas une seule fois, quand on est hospitalisé, on ne vous fait sentir que vous êtes une charge ; plutôt un invité, un ami, avec qui on a toujours le temps de kass in’ blague.

Le service de santé qui faisait, autrefois, la fierté des Français, n’est plus qu’un sale panier de crabes empoisonné, pourri, qui n’attend que de péter à la gueule des pouvoirs publics. Ça, les personnels des services, du haut en bas de l’échelle, en sont conscients à 100% mais ne le feront jamais payer aux patients.

Ont-ils subi le Cours-Simon ou les bancs de la Comédie ? Ils devraient en tout cas avoir droit à la cérémonie des Molière. Avec mention « Très bien » !

C’est le plus bel hommage que je pouvais leur rendre.

Jules Bénard

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