Air Austral : Quand une simple lettre anonyme risque de faire exploser la compagnie

Or, et cela nos lecteurs l’ignorent, il est interdit aux journaux d’évoquer la vie privée de quelqu’un, sous peine de condamnation automatique en diffamation. Sauf si ces histoires de tromperies sont « d’intérêt général », comme on dit en droit. Mais c’est rarement le cas.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Tout simplement pour que vous compreniez que, en ce jour de mai dernier, quand j’ai reçu un courrier anonyme contenant une foule d’accusations sur la gestion du nouveau PDG d’Air Austral, il a fini au fond d’un dossier. Gardé précieusement, "au cas où"…
Jamais je n’aurais imaginé que les conséquences de ce courrier, également envoyé à l’ensemble du personnel d’Air Austral, allaient prendre une telle ampleur. Au point aujourd’hui d’ébranler une bonne partie de la hiérarchie de la compagnie aérienne et de risquer de déboucher sur une grève du personnel. Quitte à remettre en cause l'équilibre financier d'une compagnie qui commence tout juste à aller mieux.
Tout est parti d’une sorte de révolte d’une partie des cadres de l’entreprise, scandalisée par plusieurs anomalies dans la gestion du personnel d’Air Austral, et en particulier par la promotion fulgurante d’une employée réputée proche du nouveau PDG Joseph Bréma.
Plusieurs réunions se tiennent sous l’égide d’un syndicat et décision est plus ou moins prise de rédiger une note syndicale destinée à être affichée tout à fait officiellement sur les panneaux prévus à cet effet. Sauf qu’au final, le syndicat se dégonfle et rien n’est fait.
C’est alors qu’une personne, on ne sait pas qui, décide de monter seule au créneau et de rédiger ce fameux courrier anonyme envoyé à l’ensemble du personnel et à la presse. Si le nom de la bénéficiaire de la promotion n’est pas cité, il est sur toutes les lèvres tant l’affaire est de notoriété publique au sein de la compagnie.
Les choses auraient pu en rester là. La presse n’en a pas parlé et il n’y a pas eu d’autres développements en interne.
Sauf que Joseph Bréma en fait une affaire personnelle et met en branle tous les moyens à sa disposition pour tenter de trouver le coupable et le punir.
Une sorte de rapport d’enquête plus ou moins téléguidé laisse entendre que la fuite pourrait venir du service des ressources humaines. D’où les soupçons envers Jacques Atchapa, son directeur, pourtant ami d’enfance de Joseph Bréma.
Les deux employées du service, dont une qui travaille depuis 31 ans au sein de la compagnie, sont convoquées et on leur met le marché entre les mains : ou vous dénoncez votre directeur ou vous êtes virées. Les deux femmes persistent à dire qu’elles ne sont au courant de rien.
Au final, Joseph Bréma étant en déplacement à Mayotte, c’est un administrateur Harold Cazal et un cadre Pierre Brosse qui reçoivent mardi le DRH Jacques Atchapa et les deux employées sous ses ordres pour un entretien préalable avant sanction. Dans l’esprit de tous, même si ce n’est pas officiellement dit puisque la loi l’interdit, il ne peut s’agir que d’un licenciement. On ne met pas à pied pour une semaine un des plus hauts cadres d’une société, avec application immédiate, pour au final ne lui adresser qu’un simple avertissement.
Sauf que Joseph Bréma, emporté par sa colère, n’avait pas anticipé les conséquences de son geste.
De nombreuses personnalités sont montées au créneau pour défendre Jacques Atchapa, un homme apprécié depuis 33 ans qu’il travaille au sein de la compagnie pour son professionnalisme et sa discrétion. Dans le même temps, les syndicats ont pris fait et cause pour les salariées, victimes collatérales dans l’affaire et menacé d’un débrayage dans un premier temps, voire d’une grève si le PDG persistait dans ses intentions.
D’où le rétropédalage du PDG de la compagnie, sans doute conscient qu’il est allé trop loin. Comme nous l’avons écrit hier, il n’est apparemment plus question de licenciement. À la lecture de notre article, les syndicats ont annulé le débrayage qui devait avoir lieu ce matin.
Il n’en demeure pas moins qu’on voit mal comment cette affaire peut se terminer. Si Joseph Bréma, malgré tout, va jusqu’au bout de son désir de vengeance et licencie les trois salariés, il risque de faire exploser sa compagnie. Et s’il ne fait rien, il perd le peu de crédibilité qu’il lui reste auprès de son personnel et de ses cadres.
Une impasse. Au point que de plus en plus d’observateurs, et pas des moindres, en arrivent à se demander si le costume de PDG d’une compagnie de près de 1000 salariés n’est pas trop grand pour lui…


