Revenir à la rubrique : Faits divers

Agression ou hallucination ? Accusé par une patiente sous gaz hilarant, l’infirmier du GHER relaxé

Ecrit par Sébastien Gignoux – le mardi 2 juin 2026 à 18H06

Accusé d’attouchements sexuels par une patiente lors d’un soin, un infirmier urgentiste de Saint-Benoît a été relaxé par le tribunal correctionnel. La plaignante, sous gaz hilarant durant l’intervention, pourrait avoir été victime d’un effet indésirable du protoxyde d’azote.

C’est une affaire pour le moins délicate dont héritent les gendarmes de la Plaine des Palmistes ce 17 novembre 2025. Une dame se présente en expliquant que, la veille, elle s’est rendue aux urgences du Groupe hospitalier Est Réunion pour subir une intervention en lien avec l’infection d’une excroissance sur sa main.

Pour atténuer la douleur et le stress au moment de l’incision, la patiente se fait administrer du MEOPA, un mélange gazeux de protoxyde d’azote et d’oxygène communément appelé « gaz hilarant ». Le médecin va inciser l’abcès, puis confier à l’infirmier de garde le soin de faire le pansement.

"Elle était somnolente"

Et alors que le docteur quitte le box de soins pour aller remplir une ordonnance, la Palmiplainoise sent une main se frotter au niveau de ses parties intimes, puis quelque chose dans sa propre main qu’elle estime être un sexe masculin. En clair, elle accuse l’infirmier de s’être livré à des attouchements de nature sexuelle sur sa personne.

Entendu, le mis en cause de 28 ans nie farouchement les faits. Infirmier depuis quatre ans au GHER, il présente d’excellents états de service et est inconnu de la justice. Il va pourtant faire l’objet d’une suspension provisoire de quatre mois, le temps que l’affaire avance.

Renvoyé devant le tribunal correctionnel mardi 2 juin, il maintient ses dénégations. « Je n’ai fait que lui redonner le masque à gaz quand elle grimaçait de douleur et lui faire le pansement. Mais c’est vrai qu’elle avait l’air très réceptive au MEOPA, elle était somnolente », décrit-il.

"Ni mythomane ni affabulatrice"

Fournie au dossier, la liste des effets indésirables du produit pourrait expliquer les sensations ressenties par la patiente. « Modification des perceptions sensorielles, excitation, hallucinations, vertiges, rêves, céphalées… », énumère le président.

« Ma cliente est certaine de ce qu’elle a ressenti et en a parlé dès le lendemain », plaide Me Guillaume Motos en partie civile. « Et les expertises montrent qu’elle n’est ni mythomane ni affabulatrice », souligne-t-il.

Mais même le parquet ne trouve assez d’éléments pour requérir une condamnation. « Je ne mets pas en doute la parole de cette dame, mais comment prouver la culpabilité du prévenu ? Elle était sous l’effet d’un gaz qui peut avoir un effet planant voire hallucinatoire », rappelle la procureure.

Lire aussi : Mort d'une patiente au GHER, le médecin relaxé

"Trop de doutes"

« Le doute doit profiter au prévenu », rappelle Me Morgan Pouly en défense, se disant « convaincu de l’innocence » de son client. « Ce scénario est impossible, il se serait livré à des attouchements alors que le médecin devait revenir d’une minute à l’autre ? On sait que le protoxyde d’azote peut provoquer des hallucinations, c’est d’ailleurs un fléau pour la jeunesse qui l’utilise comme stupéfiant », plaide l’avocat.

Après délibéré, le tribunal va prononcer la relaxe de l’infirmier. « Il est constant que l’intervention s’est déroulée sous effet de ce gaz qui peut avoir des effets indésirables. Il y a trop de doutes pour condamner une personne qui fait l’objet de bons renseignements par ailleurs et est inconnu de la justice », justifie le président Bernard Molié.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :