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Affaire Miss Earth ou comment bâillonner de potentielles victimes

L'affaire Miss Earth rebondit au tribunal de St-Denis : Frédéric Rousset, président du CEVIF, est poursuivi en diffamation par William Madarassou, le président du comité du concours de beauté. Les témoignages de jeunes femmes dénonçant des abus de la part de celui-ci sont au cœur des débats. En défense, les avocats ont plaidé la relaxe et des propos d'intérêt général alors que du côté du plaignant, présent au fond de la salle d'audience, on parle de "lynchage" et de volonté de nuire.
Ecrit par Isabelle SERRE – le samedi 8 juin 2024 à 07H20
Les témoignages de jeunes femmes dénonçant des abus ont été au cœur des débats

L’affaire avait commencé dans nos colonnes. Plusieurs jeunes femmes avaient brisé le silence entourant le concours de beauté Miss Earth. Zinfos974 n’a jamais été poursuivi pour diffamation en relatant ces propos mais Frédéric Rousset, le président du CEVIF, le Collectif pour l'élimination des violences intrafamiliales, oui.

William Madarassou, le président du comité Miss Earth, a poursuivi ce dernier en diffamation. Après de multiples renvois, le dossier a enfin été examiné lors de l’audience correctionnelle de ce jeudi au palais de justice de St-Denis. Pour mémoire, les plaintes pour agression sexuelle contre celui-ci font actuellement l’objet d’une enquête pénale en préliminaire. Une enquête qui n’a pas connu d’avancées depuis de longs mois. De quoi décourager toutes celles qui ont eu le courage de donner l’alerte, "quatre plaintes et cinq attestations", a indiqué Me Guillaume Motos qui défend les intérêts de certaines d'entre elles.

 

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Ce jeudi, l’audience s’est concentrée sur les propos tenus par Frédéric Rousset lors d’une émission radiophonique sur RTL, "du lynchage", pour la bâtonnière Me Léopoldine Settama. "Quelques minutes sur une intervention d’une heure", selon Me Jérôme Maillot en défense des intérêts du prévenu et "des réponses à des questions d’un journaliste intervieweur dans le cadre d’une émission consacrée aux violences intrafamiliales", le combat défendu par Frédéric Rousset au sein du CEVIF.

Pour William Madarassou, les déclarations des candidates, l'une déçue de ne pas avoir été élue, l'autre vexée de ne pas avoir obtenu le poste de directrice du comité Miss Earth, avaient eu lieu la veille du Forum du mariage, dont il est l'organisateur, afin de lui porter tort.
"Il se positionne en sauveur de toutes les femmes et multiplie les interventions en considérant mon client comme coupable", ose Léopoldine Settama réclamant 7.500 € de frais et 10.000 € de préjudice pour son client et la même somme pour sa société.

Un élément pointé du doigt par la défense de Frédéric Rousset qui s’est étonnée qu’une entreprise verse pour le compte de William Madarassou la consignation demandée par le tribunal alors qu'il n’en serait pas le gérant. "Une procédure bâillon", pour faire taire les victimes, a tonné Me Sébastien Navarro. "Frédéric Rousset, mais aussi les plaignantes, ont fait valoir des propos d’intérêt général dans un contexte de libération de la parole des femmes victimes", a abondé Me Guillaume Motos, conseil des lanceuses d'alerte, une ancienne Miss et une candidate, également poursuivies en diffamation. D'une seule voix, la défense a réclamé au tribunal de condamner William Madarassou et sa société à verser des indemnités pour abus de constitution de partie civile.

Délibéré le 5 septembre prochain.

 

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