Propositions sexuelles à Miss Earth : Williams Madarassou va-t-il confirmer l'aveu qu'il nous a fait ?

Après que Gwenaëlle Laugier a fendu l’armure, d’autres jeunes filles ont franchi le pas à leur tour.
18 octobre 2022 : Propositions sexuelles : Elles témoignent contre le directeur du comité Miss Earth Réunion et Maurice
Nous vous le révélions dans cet article qui exposait également le récit d’une mineure et d’une Miss qui avait elle aussi croisé la route de Williams Madarassou en 2011. Une autre, que nous avions longuement eue au téléphone, avait éclaté en sanglots en nous racontant ce qu'elle dit avoir subi au Port lorsque Williams Madarassou l'avait invitée à essayer des robes chez lui. "C'était un piège" (...) "Je n’ai jamais osé porter plainte", nous dira-t-elle tout en ne donnant pas suite à la médiatisation de son histoire puisqu'elle redoutait la déflagration que cela pourrait provoquer dans son entourage.
En riposte à celles qui avaient osé publiquement, Williams Madarassou avait habilement joué sur les mots, d’abord en répondant à notre droit de réponse, et avait répliqué sur le terrain judiciaire avec une plainte pour diffamation.
18 octobre 2022 : Accusé par plusieurs Miss Earth, Williams Madarassou livre sa version
C’est donc sous ce prisme que les juges du tribunal de Champ fleuri devront examiner les arguments du requérant et des défendeurs ce jeudi après-midi. Williams Madarassou a précisément porté plainte contre deux de ses ex-Miss, à savoir Gwenaëlle Laugier (Miss Earth 2022) et Mathilde Grondin (Miss Earth 2021) pour avoir eu le toupet de dire que quelque chose ne tournait pas rond une fois les lumières du podium éteintes. En effet, en poussant les portes d'un concours de beauté, encore plus pour celui de Miss Earth qui prône une cause noble, elles ne s'imaginaient pas tomber en face d'un chasseur.
Williams Madarassou avait aussi porté plainte contre Frédéric Rousset. Le président du CEVIF (Collectif pour l'élimination des violences intra-familiales) avait renouvelé ses déclarations sur les ondes de RTL le lendemain d’une conférence de presse à laquelle nous avions assisté, c’était le 10 novembre.
10 novembre 2022 : Scandale Miss Earth : Déjà 4 plaintes déposées et une vingtaine de victimes identifiées
Ce jour-là, Frédéric Rousset et Evelyne Corbière, présidente de l'UFR (l’Union des femmes réunionnaises), effectuaient un état des lieux sur ce dossier. Les deux associations accompagnaient alors les jeunes femmes qui avaient brisé le silence, ce qui avait amené Frédéric Rousset à parler d’un "Me Too" version locale. Ce jour-là, enfin, le duo associatif confirmait que quatre plaintes étaient déposées à ce stade lorsque d’autres candidates hésitaient encore, n’ayant jamais parlé de ces avances à leur entourage.
Dans son droit de réponse, le directeur nie avoir formulé des avances...
Le jour de nos révélations qui faisaient intervenir quatre témoignages concordants et sur plusieurs années, nous offrions naturellement à Williams Madarassou la possibilité de nous donner sa version, cas après cas. Ce dernier avait accepté la démarche.
Alors que pour Gwenaëlle Laugier, le directeur du comité Miss Earth évoquait la piste d’une manigance d’un collaborateur qui tirait les ficelles pour que la Miss le salisse, il avait nié avoir fait une proposition à Mathilde Grondin, sa Miss Earth un an plus tôt. Il nous répondait ceci :
« J’ai été surpris de ses déclarations. On est allé dîner, elle m’a dit qu’elle voulait le poste de directrice nationale. Je lui ai dit qu’elle devait finir d’abord son contrat de Miss Earth et qu’ensuite, elle pourrait l’avoir. Mais elle ne s’entendait pas du tout avec Béatrice et m’a fait le reproche lors du salon pourquoi je ne me suis pas intéressé à elle lorsqu’elle a eu des problèmes de famille. Je n’ai pas su gérer, j’ai manqué de cran pour affronter ça. J'avoue que je n'ai pas été présent lors du décès de sa soeur. »
Deux jours plus tard, au cours d’un autre appel téléphonique que Williams Madarassou avait provoqué cette fois-ci, il avait étonnamment retrouvé la mémoire.
...Deux jours plus tard : "J’ai fait une proposition dans la soirée"
"J’ai fait une proposition dans la soirée et la proposition n’est jamais revenue. Il n’y a jamais eu de relance", nous annonçait l’intéressé qui ne trouvait toujours rien à redire de son comportement vis-à-vis de jeunes femmes venues vivre un rêve de petite fille.
"Même si je l’avais draguée lors du dîner, où aurait été le problème ? Et si je l’avais draguée, pourquoi je n’ai pas recommencé ? J’aurais eu l’opportunité ?" avait-il pourtant déclaré deux jours plus tôt.
Trois semaines plus tard, lors de sa conférence de presse, le président du CEVIF mettait le doigt sur la particularité de cette situation qui place les organisateurs de concours de beauté - si prisés par les jeunes femmes à La Réunion - dans un lien de confiance avec les candidates.
Une première plaignante entendue par la police
"Nous voulons aussi faire passer un message aux familles réunionnaises. Il faut faire attention dans ces milieux, il y a des gens qui ne sont pas bien intentionnés. C'est insupportable de voir qu'il utilise les rêves de jeunes femmes, en plus en utilisant leur intérêt pour l'écologie", avait interpellé Frédéric Rousset.
Neuf mois après que le scandale a éclaboussé Miss Earth Réunion, où en sont les procédures ? Une première supposée victime qui avait déposé plainte contre Williams Madarassou a été convoquée à Malartic ce 7 juin 2023. "L’enquête a bel et bien commencé", fait remarquer le président du CEVIF.
Sur le plan de la solidarité avec celles qui ont osé, le CEVIF et l’UFR ont été rejoints par trois autres associations, Femmes Solid'air, Gard Lespoir et Alon Féminisme Réunion. Cette dernière a mis en ligne une cagnotte Leetchi pour soutenir les victimes. "Au-delà de la somme qui sera récoltée, il s'agit de faire œuvre de pédagogie auprès du grand public et d'amorcer une communication", évoque Frédéric Rousset.


