Affaire du photographe "pervers": Les lanceuses d’alerte jugées pour harcèlement?

L’affaire date de ce début d’année. Un photographe, sa compagne et plusieurs mannequins se trouvent aujourd’hui pris dans un tourbillon judiciaire. Ce jeudi, c’était devant la cour d’appel qu’ils se trouvaient.
Les premiers faits datent de mars. [Deux jeunes influenceuses / mannequins contactent Zinfos974 pour dénoncer les agissements d’un photographe]urlblank:https://www.zinfos974.com/Un-photographe-reunionnais-vise-par-des-dizaines-de-temoignages-d-agression-sexuelle_a148913.html . Il aurait proposé à l'une d'entre elles de faire des photos pour des grandes marques. À la fin de la séance, il lui aurait demandé de poser seins nus afin de pouvoir faire une retouche de la peau au niveau du visage – une technique habituelle, selon lui.
"Il insisté, donc j’ai cédé", affirme-t-elle. Elle s’est sentie malgré tout "bête" pendant plusieurs mois suivants les faits. Jusqu’au jour où son amie, autre mannequin, affirme avoir été contacté par le même photographe prétextant travailler. Cette deuxième influenceuse décide de contacter les marques pour qui il dit travailler et qui lui informent qu’ils ne connaissent cet homme ni d’Adam ni d’Eve. D’autres filles se seraient également manifestées, dont une mineure non seulement au sujet de photos nues mais aussi d’attouchements. Furieuse, elle se serait lâchée sur les réseaux sociaux : "gros porc", "pervers", "manipulateur", "pédophile". Et pour sa compagne : "arnaqueuse", "mytho", "en profiteuse".
Des propos qui circulent vite et font très mal lorsqu’on a plus de 22.000 abonnés sur Instagram. L’effet sur la vie personnelle et professionnelle du couple est immédiat. Ils portent donc plainte pour harcèlement au moyen d’un support numérique.
Le procès devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis s’était tenu en juin dernier. Mais une erreur de procédure avait entraîné sa nullité et le procès avait été annulé. Le couple avait donc fait appel, estimant que les erreurs ne justifiaient pas l’annulation. Ce jeudi, les deux influenceuses se trouvaient donc devant la cour d’Appel et au lieu de statuer seulement sur cette question de procédure, les magistrats ont décidé d’aborder le fond de l’histoire également.
"J’étais en colère et dégoutée"
La première assure n’avoir jamais rien publié d’injurieux au sujet du couple. La deuxième avoue certains faits. "J’étais en colère et dégoutée, explique-t-elle, avant d’avouer qu’ils lui avaient aussi fait une remarque qui ne lui avait pas plu". En tout, il s’agirait d’une quarantaine de publications. "Vous êtes procureure ? Vous vouliez mener votre propre enquête ?", lui reproche la présidente de la cour avant que la jeune femme ne fonde en larmes.
L’avocat du couple, Me Sulliman Omarjee, rappelle "la torture morale" et le "calvaire" qu’ont vécu ses clients cette dernière année. "Et professionnellement, pour tout le monde il y a un doute instillé maintenant".
Un procès pour abus de confiance et attouchements sexuels prévu
Mais l’avocat de la défense, Me Jean-Jacques Morel a rappelé les faits reprochés au couple. "On ne va pas leur donner une médaille non plus". En effet, les victimes supposées ont depuis [porté plainte contre le photographe pour abus de confiance et attouchements sexuels]urlblank:https://www.zinfos974.com/Quatre-jeunes-femmes-dont-une-mineure-portent-plainte-contre-un-photographe-pervers_a150653.html . Un procès qui devrait se tenir devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis prochainement.
Des publications sur Instagram "qui ne sont pas d’appel à la violence" et qui s’inscrivent dans une contexte de multiplication de signalements d’abus de victimes concernant le photographe. "C’est quoi? C’est du #metoo, tout simplement".
Les prévenues seront fixées sur leur sort le 28 janvier prochain – que le procès soit annulé pour erreur de procédure, ou alors qu’elles soient condamnées ou relaxées. Quoi qu’il arrive, la décision du tribunal correctionnel au sujet de l’abus de confiance et des attouchements sera très attendu par celles qui les ont dénoncé.


