Affaire des "Kitouni" : la promeneuse convoquée par les gendarmes

Témoin involontaire des ébats d'un groupe de baigneurs sur la plage de Trou d'Eau, Marie a été convoquée par les gendarmes de Saint-Gilles. Aux côtés de son avocat, elle a dû s'expliquer durant plus de deux heures sur les raisons de la diffusion de la vidéo en ligne, suite à une plainte des mis en cause.
Pour le comité de soutien qui avait fait le déplacement, pas de doute, c'est une inversion des responsabilités et un déni de justice. En effet, Marie avait filmé sa rencontre puis son altercation avec plusieurs baigneurs en tenue d'Adam à Trou d'Eau en février dernier. Si cette simple promeneuse avait filmé la scène, c'était pour se protéger en gardant une trace de cette interaction pour le moins déconcertante.
Or, si les baigneurs s'exposent aussi à des poursuites, notamment pour exhibition sexuelle, voire pour agression sexuelle si l'étreinte non consentie entre Marie et l'une des baigneuses est avérée par des investigations, la diffusion de ces images sur les réseaux sociaux peut aussi tomber sous le coup de la loi.
Suite à cette affaire, une plainte a été déposée par les mis en cause. C'est donc finalement au bout de plus de deux heures d'audition que Marie est ressortie de la gendarmerie avec son conseil, le bâtonnier Laurent Payen. Marquée, elle a pu échanger quelques mots avec ses soutiens. "J'entendais la musique et les slogans, ça m'a donné du courage", confie-t-elle d'une voix éteinte. Souhaitant garder son anonymat, Marie confirme que d'autres auditions sont programmées par les militaires pour faire la lumière sur les conditions de la diffusion de cette vidéo.

"Nous sommes conscients de notre erreur"
Dans un texte posté sur les réseaux sociaux, l'un d'entre eux rappelle que cette séquence a dévoilé "notre nudité sans notre consentement, ce qui malheureusement a déclenché une vraie chasse à l’homme". Par ailleurs, "suite à l’affichage" de leurs visages sur les réseaux sociaux, "nos plaintes ont été déposées dès le lendemain des événements afin de laisser la justice prendre en charge l’affaire", poursuit l'homme.
Le baigneur ajoute : "Nous sommes conscients de notre erreur (nous être baignés nus dans le lagon aux aurores, la plage étant complètement vide, étant seuls sans personne autour) et nous nous en excusons profondément, mais ceci doit être réglé par les pouvoirs compétents et légaux et non sur les réseaux sociaux". Cependant, il confie avoir reçu des "menaces de mort" par "téléphone et par message". Une spirale de harcèlement en ligne qui "commence à viser nos amis et proches".
Ainsi, s'il affirme n’avoir "jamais souhaité insulter, offenser ou déranger qui que ce soit" et vouloir transmettre "un message de paix, de bienveillance et de respect", l'ambiance devant la brigade de Saint-Gilles ne laisse pas entrevoir une baisse immédiate de la tension sur cette affaire. Remontés à bloc, le face-à-face entre manifestants et militaires a parfois été crispé. La quarantaine de manifestants qui avaient fait le déplacement en soutien ont malgré tout tenté de garder le sourire et ont crazé un bon maloya sous les fenêtres des gendarmes. Les soutiens de Marie assurent qu'ils seront présents lors de futures auditions ou rebondissements dans cette affaire. De quoi redonner le sourire à la promeneuse encore chamboulée par toute cette histoire.


