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Accès aux droits : Péï Agile veut tester une nouvelle méthode contre le non-recours

Ecrit par P.M. – le samedi 27 décembre 2025 à 15H08
Pascal Valiamin propose notamment de tester un “guichet unique parcours de droits” dans plusieurs communes.

Péï Agile, think tank réunionnais, propose d’ouvrir une phase d’expérimentation sur l’accessibilité aux services publics, avec un objectif affiché : mieux mesurer et réduire le non-recours aux droits. Portée par Pascal Valiamin, la démarche vise à réunir État, opérateurs sociaux et communes autour de tests concrets à l’échelle d’un quartier ou d’une commune, avant d’envisager une généralisation.

En présentant ses premières pistes de travail, Péï Agile insiste sur un point : les constats existent, les rapports aussi, mais les réponses restent fragmentées. Pascal Valiamin explique avoir recensé “une multitude de rapports” et engagé une série de rencontres avec des élus, des organisations syndicales, des institutions et des communes afin de sortir d’une logique “en silo”.

Sur le fond, il s’appuie notamment sur les données du Défenseur des droits. Selon ces chiffres, la part de personnes déclarant des difficultés liées à la dématérialisation et à l’accès aux droits est passée de 39 % en 2017 à 61 % dans un rapport plus récent. Le taux de non-recours est, lui aussi, en hausse, passant de 14 % à 23 % sur la même période.

Lire aussi : Péi Agile : "Pour un avenir solidaire et durable : sortir du court terme"

La Réunion face à un déficit de données locales

Pour Pascal Valiamin, ces constats prennent une résonance particulière à La Réunion. Il souligne une situation sociale “difficile”, marquée par un taux élevé de pauvreté, un illettrisme important et une géographie contraignante.

Il rappelle que 46 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et qu’environ 180 000 personnes résident dans les Hauts, soit 21 % de la population selon les données évoquées.
Un contexte qui, selon Péï Agile, rend d’autant plus nécessaire une analyse fine et territorialisée.

Le think tank pointe également un manque de données spécifiques à l’Outre-mer, qui complique l’évaluation précise du non-recours à l’échelle locale.

Mesurer pour agir : vers un observatoire du non-recours

Péï Agile propose en premier lieu la création d’un Observatoire du non-recours à La Réunion, avec des indicateurs réguliers, des tableaux de bord par commune et des outils de suivi jugés “simples et partageables”. L’objectif est d’objectiver les difficultés afin de mieux cibler les actions publiques.

Sur le terrain, Pascal Valiamin défend une méthode pragmatique : choisir une commune ou un quartier volontaire, “mettre autour de la table” l’État, les opérateurs sociaux (CAF, CGSS, France Travail), les collectivités et les CCAS, puis tester des solutions concrètes avec un pilotage coordonné.

Les limites du “tout numérique” et le besoin d’un accompagnement humain

Pascal Valiamin ne remet pas en cause la dématérialisation en tant que telle, mais en souligne les limites pour une partie importante de la population. Il cite notamment les démarches liées à la retraite ou des situations où plusieurs organismes demandent les mêmes documents à des familles déjà en difficulté, illustrant un besoin de simplification et de parcours “plus fluide”.

“Ce ne sont pas uniquement les personnes en situation d’illettrisme qui rencontrent des difficultés, mais aussi des personnes capables de faire leurs démarches, qui se retrouvent perdues face à des procédures devenues trop complexes”, explique-t-il.

Des expérimentations ciblées et mobiles

Parmi les pistes avancées figurent le renforcement des points de contact humains (Maisons France Services et CCAS), le déploiement de guichets mobiles dans les Hauts, ainsi qu’un test de “guichet unique parcours de droits” dans deux à trois communes.

Le dossier évoque également des ateliers simplifiés, de l’accompagnement individuel et un volet de médiation numérique territoriale reposant sur des médiateurs formés afin de compléter les dispositifs existants.

Une démarche globale sur la participation citoyenne

Cette proposition sur l’accès aux droits s’inscrit dans une réflexion plus large menée par Péï Agile sur la place des citoyens dans les politiques publiques. Lors de la même conférence de presse, le think tank a également présenté, pour rappel, une autre initiative, portée par Jocelyn Cavillot, vice-président de l’Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) : la création expérimentale d’une Chambre régionale des associations destinée à structurer la représentation du monde associatif et à renforcer sa participation aux gouvernances locales.

Lire aussi : Une Chambre régionale des associations pour structurer la voix citoyenne

Construire une “coalition locale” autour de l’accès aux droits

Péï Agile indique vouloir “aider à construire une coalition locale” associant communes, Département, services de l’État et opérateurs sociaux, et lancer un cycle de rencontres territoriales.

La ligne défendue par Pascal Valiamin reste constante : partir d’expérimentations limitées, documenter ce qui fonctionne et “répliquer” ensuite les dispositifs jugés efficaces.
“Mesurer pour agir, expérimenter pour convaincre”, résume-t-il, en appelant à une approche plus coordonnée et plus proche des réalités du terrain.

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