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À un mois des municipales, la gauche se fracture à Saint-Paul

Ecrit par M.B – le mardi 17 février 2026 à 15H35

À un mois des municipales, la gauche se fissure à Saint-Paul. Les écologistes d’EELV Réunion annoncent officiellement leur rupture avec Emmanuel Séraphin, faute d’accord pour une liste d’union. De son côté, le maire sortant affirme ne pas comprendre la position du parti écologiste.

C’est une rupture désormais actée. Dans un communiqué transmis dimanche aux rédactions de l’île, les écologistes annoncent officiellement qu’ils ne feront pas liste commune avec le maire sortant, Emmanuel Séraphin, en vue des municipales de mars 2026.

Dans ce document, EELV Réunion estime qu’aucun accord n’a pu être trouvé pour constituer une liste d’union de la gauche. Le mouvement évoque un désaccord politique persistant et acte la fin des discussions engagées ces dernières semaines.

Les écologistes précisent également que si des personnalités se revendiquant de l’écologie figurent sur la liste conduite par Emmanuel Séraphin, elles ne le feront pas « en leur qualité de membre EELV Réunion ». Un positionnement clair qui marque une fracture au sein du bloc de gauche saint-paulois, à un mois d’un scrutin qui s’annonce particulièrement disputé.

Un « enlèvement des Sabines» pour EELV

Contactée, Geneviève Payet, membre d’EELV Réunion, confirme que la décision est désormais sans appel : « Rien n’a bougé depuis, mais nous avons enfin une position claire. C’est une non-réponse définitive. Nous sommes surpris, mais surtout déçus, car à Saint-Paul, on passe d’une liste d’union de la gauche à une simple liste de gauche. »

Selon elle, les tensions étaient perceptibles depuis plusieurs semaines. « Pour être honnêtes, nous l’avons vu venir. Cela fait deux mois que nous demandons à rencontrer Monsieur Séraphin pour discuter à la fois de cette liste d’union, mais aussi des problématiques du territoire, comme la ZAC Renaissance III. Le secrétaire local de notre parti voyait bien le blocage. »

Au cœur du désaccord : le dossier sensible de l'extension de la Zac Renaissance à Plateau Caillou. « Nous payons le prix de notre désaccord sur la savane. Mais nous souhaitons rester fidèles à nos valeurs. Le soutien populaire, aussi bien au niveau de Plateau Caillou qu’à l’échelle de l’île, comme en témoigne le nombre de signatures sur la pétition, prouve que nous avons raison. Notre crainte, c’est que ce projet ne soit que le début du grignotage de la savane. »

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La question d’une liste autonome au premier tour a été étudiée en interne, assure-t-elle. « La raison l’a emporté face aux deux poids lourds de la droite qui se sont déclarés candidats. Si le risque d’une victoire de la droite n’était pas aussi important, nous aurions pu proposer une liste autonome. Nous avons décidé de prendre nos responsabilités. »

Preuve que la pilule a du mal à passer pour l'état-major péi d'EELV, le parti a souhaité aller plus loin par écrit à propos de la rupture avec le maire. Si la direction de l'organisation politique nie toujours être responsable de cette fracture à gauche, les mots sont désormais plus tranchants. « Emmanuel Séraphin a eu entre ses mains notre protocole d'accord mais il n'a jamais eu le courage de nous rencontrer malgré nos relances multiples et diversifiées. Maintenant, il imagine que la pratique de l'enlèvement des Sabines au sein de notre parti lui permet de clamer à qui veut l'entendre qu'Europe Ecologie Les Verts est sur sa liste. C'est faux ! Nous n'avons signé aucun contrat de mandature et ce n'est pas parce qu'il aura deux membres de notre parti sur sa liste qu'il peut, face au grand public, dire le contraire et revendiquer notre logo », s'agacent les Verts.

« Je ne comprends pas cette position »

De son côté, Emmanuel Séraphin se dit surpris par la position d’EELV Réunion. « Nous avons deux écologistes saint-paulois sur cette liste pour ces élections. Donc je ne comprends pas cette position de la part des écologistes de “Saint-Denis”. Les écologistes étaient déjà présents dans notre majorité sur la précédente mandature. Et je veux souligner le travail de Nila Radakichenin [élue aux affaires scolaires, ndlr], qui n’a pas démérité. »

Le maire sortant estime que la clarification était nécessaire. « Je préfère cela, la situation est clarifiée. Nous avons pu voir une confusion avec des sujets qui n’ont rien à voir avec la municipalité. Leurs déclarations évoquent la route du littoral, on a du mal à comprendre le rapport avec Saint-Paul. M. Marchau parle d’union, mais c’est lui qui a décidé de sortir du rassemblement au niveau régional en menant une liste autonome. Aujourd’hui, le rassemblement de la gauche est de mise à Saint-Paul, mais aussi au Tampon et à Petite-Île. »

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Il conteste également les arguments avancés sur le fond du dossier. « Si EELV note autant de désaccords entre notre liste et leurs valeurs, pourquoi avoir quand même tenté de nous rejoindre ? Leur proposition, aussi bien dans les noms avancés que dans la philosophie de la démarche, n’est pas cohérente. Je ne comprends pas cette position. »

Concernant la Zac Renaissance III, Emmanuel Séraphin parle d'un «amalgame» entre le projet de la Zac Renaissance III et le sujet de la savane. « Nous avons même sanctuarisé la savane du Cap La Houssaye en la confiant au Conservatoire du littoral. De plus, les élus écologistes qui siègent avec nous ont travaillé et validé ce chantier », affirme le maire sortant.

« Je demande à mon parti de me soutenir »

De son côté, l’élue écologiste Nila Radakichenin a tenu à réagir devant cette décision. Elle rappelle que des représentants écologistes siègent à Saint-Paul « depuis plus de quinze ans » et participent activement à la vie communale. Avec ses collègues, elle met en avant plusieurs « projets structurants » menés durant la mandature : végétalisation des plages et du centre-ville, règlement local de publicité, déminéralisation des cours d’école, protection de la biodiversité ou encore mobilité. « Ces actions ont valu à notre commune des labels et des reconnaissances nationales. Ce travail doit se poursuivre », affirme-t-elle.

Elle confirme que « des écologistes seront présents sur la liste conduite par Emmanuel Séraphin » pour les municipales de 2026, dans le cadre d’une alliance avec le PLR. Elle appelle son parti à la soutenir « comme je l’ai soutenu loyalement depuis plus de vingt ans » et plaide pour ne pas « fragiliser l’unité nécessaire à la gauche réunionnaise ». D'ailleurs, l'élue va plus loin et interpelle son parti pour « qu’il affirme clairement son soutien à Emmanuel Séraphin et qu’il contribue à préserver les liens avec l’ensemble des forces de gauche ».

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« À Saint-Paul, il n’est pas question de rupture », insiste-t-elle, affirmant que les écologistes continueront à agir «aujourd’hui et demain, avec toutes celles et ceux qui choisissent de construire plutôt que de diviser »

À quelques semaines du scrutin, la fracture est désormais consommée. Reste à savoir si cet appel de Nila Radakichenin à son organisation politique va permettre de rassembler le PLR et EELV sur Saint-Paul.

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