À Saint-Paul, le cimetière des esclaves sort de l’oubli

Découvert après le cyclone Gamède et longtemps resté sans véritable protection, le cimetière des esclaves et des oubliés de Saint-Paul fait l’objet d’un projet de réhabilitation globale. Objectif : protéger les sépultures, effacer une séparation symbolique avec le cimetière marin et redonner à ce lieu sa pleine dimension historique et mémorielle, à la veille du 20 décembre.
À Saint-Paul, le cimetière des esclaves et des oubliés fait l’objet d’un projet de protection et de réhabilitation porté par la municipalité. Longtemps mal identifié, parfois assimilé à un simple espace ouvert, ce site constitue pourtant un lieu de mémoire majeur, adossé au cimetière marin, et considéré comme le plus grand cimetière d’esclaves de l’Outre-mer français.
« Ici, sur le cimetière marin, aujourd’hui, on a plus de deux cimetières. On a un seul cimetière, puisque le mur d’enceinte a été prolongé », explique le maire de Saint-Paul. L’objectif est clair : intégrer pleinement les sépultures situées côté maritime afin de les protéger et de mettre fin à une séparation symbolique et physique. « Il y a un mur qui discrimine les esclaves de ceux qui étaient à l’intérieur du cimetière. En unissant tout ça, nous respectons chaque sépulture dans l’égalité. »
Un lieu de mémoire longtemps mal identifié
Le cimetière des esclaves a été mis au jour en 2007, après le passage du cyclone Gamède. Des fouilles archéologiques menées en 2011 ont révélé l’ampleur du site, avec entre 2 000 et 4 000 sépultures réparties sur sept niveaux différents. Malgré cette découverte, aucune véritable mesure de protection n’avait jusqu’ici été engagée. « Ce que nous faisons d’abord, c’est un acte de protection de ces sépultures », insiste l’édile.
Au-delà du mur d’enceinte, la commune prévoit un programme global de réaménagement de l’ensemble du cimetière marin, très fréquenté. Cheminements à reprendre, signalétique à mettre en place, murs de protection à réhabiliter sur la partie sud, fascines à repositionner côté plage : le projet entend redonner au lieu sa lisibilité historique et mémorielle. « Aujourd’hui, les gens considéraient cet espace comme un jardin public, comme un parc, alors que c’est vraiment un lieu de mémoire qu’il faut absolument respecter. »
Le chantier devra toutefois composer avec les contraintes du littoral. Sur la partie maritime, la municipalité travaille sur une solution garantissant une transparence hydraulique, en lien avec l’évolution du trait de côte. Un travail technique qui prendra du temps, mais dont l’urgence, selon la Ville, était avant tout de sanctuariser les sépultures.
À la veille du 20 décembre, date anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, le projet prend une dimension symbolique particulière. « C’est aussi remettre en perspective cette histoire des esclaves, ici, à Saint-Paul », rappelle le maire, évoquant un devoir de mémoire autant qu’un devoir de protection.
Car pour la municipalité, l’enjeu dépasse l’aménagement urbain. « Un cimetière, ce sont des gens qui ont été méprisés durant leur vie et qui, j’ai l’impression, l’ont été aussi après leur mort », conclut Emmanuel Séraphin, appelant au respect durable de ce lieu chargé d’histoire.*


