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À Saint-Denis, 60% des logements sociaux ont plus de 20 ans

La ville de Saint-Denis veut développer sa propre méthode pour répondre à la demande de logements sur le chef-lieu. Les bailleurs sociaux semblent dubitatifs.
Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 26 octobre 2023 à 06H51
Christian Annette et Ericka Bareigts signent la convention entre l'Agorah et la ville.

Huit semaines pour développer une méthode opérationnelle visant à favoriser le parcours résidentiel des Dionysiens, c'est le défi, pour ne pas dire l'ultimatum, qu'a fixé Ericka Bareigts aux partenaires représentés ce mercredi lors du comité de pilotage (Copil) visant à « améliorer le schéma de logements sociaux » de la ville.

La mission a été confiée à l'agence d'urbanisme Agorah, chargée d'animer les ateliers qui sont programmés avec les bailleurs, la Capeb, la CPME ou encore l'Etablissement public foncier (EPF), vice-présidé par Christian Annette. « Il y a une piste qu'on va travailler avec la nouvelle direction de l'EPF pour participer au financement des opérations d'aménagement. Nous avons du foncier et de la trésorerie », a ainsi assuré le conseiller régional.

L'Agorah, qu'il préside, s'est engagée à publier dans deux mois, à la fin des travaux du Copil, « des documents opérationnels avec des pistes d'action pour la commune et les bailleurs. » L'agence régionale d'urbanisme indique que « le parc social représente 23.000 logements en 2022, soit un tiers des résidences principales » du chef-lieu, avec des concentrations notables aux Camélias, à Vauban ou au Chaudron. Un « parc social plutôt ancien, avec 60% de logements qui ont plus de 20 ans ».

5.000 réhabilitations de logements sur la mandature

L'Ordre national des architectes a fait part de son intention de « participer à tous les ateliers » et a saisi la perche tendue par Ericka Bareigts, qui souhaite développer une architecture tropicale, pour demander que l'Ecole d'architecture du port, qui dispose désormais du label national, soit associée à la réflexion.

La maire de Saint-Denis a aussi plaidé pour le réemploi des déchets des matériaux du BTP, avec la création d'un site dédié sur le territoire de la Cinor. « La ville ne cofinancera pas les opérations de construction, parce que la ville fait tout le reste : la voirie, les équipements autour », a toutefois prévenu la maire de Saint-Denis. « C'est un coût pour une commune d'accueillir 6.000 habitants de plus et de faire un vrai quartier. Et nous sommes aussi en garantie d'emprunt avec la Cinor sur la réhabilitation du logement », a-t-elle poursuivi, évoquant « 5.000 réhabilitations sur la programmation 2020-2026 ».

Reste que les bailleurs sociaux n'ont pas paru très enthousiasmés par ce Copil de la mairie, qui semble venir se superposer au Comité d'accélération du logement lancé par la préfecture, dont la restitution des travaux est annoncée pour le 17 novembre. Ericka Bareigts a tancé les services de l'Etat en assurant qu'il n'était pas question de pondre un nouveau « livre orange  de logement», mais bien un « document opérationnel ».

Frédéric Pillore, le président de l'Armos, le groupement des bailleurs sociaux, avait déjà parlé d' « hystérie » sur la question du logement lors du récent colloque d'Action Logement à Saint-Paul. Il a reformulé son opinion devant le Copil. « Il a été énoncé qu'il y avait 43 000 demandeurs de logement. Il y en a quand même un tiers qui sont sur le parc social, ce sont donc des demandes de mutation. Et un quart des demandeurs qui sont logés sur le parc privé. L'Insee fait état de 30 000 logements vacants dans le privé. La réponse ne passera pas que par le logement social, je dis ça parce qu'on a tendance à forcer la barque », a déclaré le DG de la Semac, appelant à une « mobilisation du parc privé à l'ensemble des composantes de la société réunionnaise. »

Ce chiffre de 30 000 logements vacants dans l'île serait toute fois « à relativiser » selon une autre source, notamment parce qu'il engloberait de nombreuses situations différentes, entre logements difficiles à relouer et vacance conjoncturelle, sans oublier les logements vacants qui servent en réalité de locations touristiques meublées.

Enfin, seules huit communes de l'île atteignent ou dépassent (comme Saint-Denis) leur quota de logements sociaux fixé par la loi SRU. Une autre piste à explorer pour les services de l'Etat, face aux élus comme Eric Ferrère qui freinent la construction de ce type de logement sur leur territoire.

Etiquettes : Logement

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