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À Mayotte, « on demande aux gens qui se font soigner à l'hôpital d'apporter leurs propres draps »

Ecrit par Thierry Lauret – le lundi 30 décembre 2024 à 19H12

Si l'ouverture de l'hôpital de campagne de Cavani contribue à soulager les personnels du Centre hospitalier de Mayotte, ceux-ci continuent à travailler dans des conditions difficiles, alerte la CFDT. Le syndicat explique qu'en plus d'évoluer dans des infrastructures parfois dévastées ou inondées, les agents ne son plus pourvus en tenues propres, pas plus qu'en eau potable.

La rencontre n'était pas prévue à l'agenda du ministre de la Santé et n'a du reste rien d'officielle. Mais ce lundi 30 décembre, deux syndicalistes de la CFDT du Centre hospitalier de Mayotte (CM) ont pu échanger avec Yannick Neuder entre deux portes. Et lui remettre « une lettre de doléances », tout en l'alertant verbalement sur des dysfonctionnements au sein des établissements hospitaliers de l'île Hippocampe.

« On l'a interpellé pour lui dire que nous n'avons pas été sollicités, voire même que nous avons été exclus de toutes les discussions concernant le cyclone Chido. Avant, pendant et après son passage. C'est aujourd'hui seulement qu'on a eu rendez-vous avec la direction pour faire le point sur le passage du cyclone. Je trouve que c'est du mépris », explique Toihir Said Hassani, représentant du personnel et secrétaire de la section CFDT santé-sociaux au CHM.

Selon le syndicaliste, le plan Blanc, qui cadre les mesures préventives de sécurité à appliquer dans les hôpitaux de l'île en cas de cyclone, n'aurait pas été correctement mis en œuvre. « Les personnes d'expérience qui auraient dû chapeauter cette crise n'ont pas été sollicitées. L'hôpital devait réquisitionner du monde, mais ce dispositif a été déclenché trop tard », affirme Toihir Said Hassani, en indiquant que le courrier remis ce matin au ministre de la Santé étaie ses accusations.

Selon Ousséni Balahachi, secrétaire général de la CFDT Mayotte, « plus de 30% des toitures du CHM ont été arrachées et beaucoup d'autres ont été fragilisées ». L'ancien infirmier, retraité depuis novembre dernier, évoque des services fermés ou fonctionnant dans des conditions dégradées, avec des personnels évoluant les pieds dans l'eau à cause des infiltrations.

« On vit comme dans l'ancien temps »

Le secrétaire général de la CFDT assure que la direction de la maternité de Mamoudzou, la plus importante de France au nombre de naissances, envisage de fermer le site dévasté par des inondations, pour délocaliser les activités dans deux annexes situées dans le sud et le nord de Mayotte. Ces mêmes locaux qui étaient « fermés depuis juillet 2023 par manque de sages-femmes », ajoute-t-il.

« On a un autre souci, c'est le manque de tenues pour les agents hospitaliers, du fait que la lingerie qui s'occupait de nettoyer les vêtements est tombée en panne. Il n'y a même pas de linge pour couvrir les lits, on demande aux gens qui se font soigner à l'hôpital d'apporter leurs propres draps », rapporte Ousséni Balahachi.

Son collègue de la CFDT Toihir Said Hassani déplore que les agents hospitaliers de permanence ne reçoivent « qu'une petit barquette de nourriture par jour, avec une pomme et une orange, sans bouteille d'eau ». Selon le secrétaire de section du CHM, les personnels ne sont donc pas mieux lotis que le reste de la population mahoraise sur ce point.

« J'habite à Tsingoni, c'est là ou il y a la retenue collinaire : on n'a ni eau, ni électricité, ni réseau internet. On vit comme dans l'ancien temps », confie Toihir Said Hassani. « Les points où il y a de l'électricité sont saturés car les gens viennent charger leur téléphone, non pas pour téléphoner mais pour s'en servir comme lampe de poche. On entend qu'il y a des bouteilles d'eau par-ci par-là, mais il n'y a pas de bouteilles d'eau distribuées, on est obligé de boire l'eau du robinet avec les risques de maladie. »

Selon le syndicaliste, les citernes publiques sont prises d'assaut dès lors qu'elles sont remplies et occasionnent des queues de plusieurs centaines de mètres. « Je crois que le pire est à venir, parce qu'il y a des cadavres de zébus ou de cabris partout et on ne sait pas comment faire pour les enlever », prévient l'agent hospitalier.

Etiquettes : CFDT | Cyclone Chido | Mayotte

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