À La Réunion, la Sécurité sociale ne serait pas exempte de souffrance au travail

Cinq syndicats appelaient au débrayage et à la grève ce jeudi au siège de la CGSS à Saint-Denis. Le licenciement d'un cadre au dernier jour de sa période d'essai, alors que la Cour des comptes pointait il y a trois semaines les difficultés rencontrées par la direction pour pérenniser les postes d'encadrement, a été la goutte d'eau de trop.
Le directeur général de la Caisse générale de la Sécurité sociale (CGSS) Benoît Serio n'est pas venu à la rencontre des salariés, ce jeudi 16 octobre au matin, après avoir traversé en voiture la cour parsemée de quelques dizaines d'employés. Il n'a pas souhaité non plus répondre aux questions de Zinfos974, trois semaines après la parution d'un rapport de la Cour des comptes portant sur une période (de 2019 à 2024) durant laquelle il a été aux commandes de cet organisme privé assurant la gestion d'un bien public.
« C'est quelqu'un qui ne prend jamais la peine de discuter avec nous. Il ne négocie pas », assure Olivier Mouniata, secrétaire général CGSS à la CGTR. C'ets désormais bien connu : à la Sécurité sociale de La Réunion, « le dialogue social est limité », comme l'ont constaté dans leur rapport les magistrats.
À l'appel de cinq syndicats (CFDT – CFTC – CFE-CGC – CGTR – SUD), un préavis de grève était déposé pour la journée, avec une possibilité de simple débrayage pour les salariés qui le souhaitaient. Dans leur tract, les syndicats dénoncent la souffrance au travail, une organisation de management toxique institutionnalisée, un pilotage stratégique défaillant des ressources humaines, ou encore un manque de reconnaissance envers les salariés. Ces derniers n'ont pas digéré de n'être pas conviés aux festivités célébrant le 80è anniversaire de la Sécurité sociale à La Réunion.
« On a une direction plus proche du CAC 40 que de la réalité sociale de l'île »
L'entreprise emploie environ 1.320 personnes sur ses quatre sites et selon les syndicats, beaucoup ressentent une perte de sens et demandent « de la transparence dans les orientations et les décisions de gestion ». Le licenciement d'un cadre au dernier jour du quatrième mois de sa période d'essai, sans motif du directeur général Benoît Serio selon les syndicats, a mis le feu aux poudres, alors même que « la CGSS de La Réunion éprouve des difficultés pour assurer les fonctions de direction et d’encadrement » selon la Cour des comptes.

« On a une direction plus proche du CAC 40 que de la réalité sociale de l'île », avance Laurent Fargues, qui insiste lui aussi sur les dysfonctionnements de la CGSS en s'appuyant sur le rapport de la Cour des comptes, comme une gestion des marchés publics conduisant à des achats de billets d'avion dispendieux.
« Les salaries se retrouvent désarmés face à un management incompétent »
« La feuille de route de Benoît Serio n'est pas adaptée au territoire », appuie à son tour Olivier Mouniata. « Les salaries se retrouvent désarmés face à un management incompétent et un pilotage qui est vraiment injuste. Ils ont la tête sous l'eau, ils ne sont pas loin du burn-out pour certains », assure Amandine Rupert pour la CFTC.
Si l'on en juge par le rapport de la Cour des comptes, la Sécurité sociale de La Réunion peine à traiter les demandes des 128.000 usagers de la branche retraite, avec notamment plus de 2.000 demandes d'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) en souffrance en 2024.


