A la mémoire de nos pères

En ce jour de l’Appel du Général de Gaulle, dit du 18 Juin 1940, auquel était très attaché mon grand-père maternel, qui disposait, par ailleurs, dans sa bibliothèque de ses Mémoires de Guerre, en tant que petit-fils, élevé chez lui, comme un fils de substitution (ma mère ayant été rappelée à Dieu lors de ma naissance), je voudrais aussi saluer sa mémoire. Lui qui, un jour, m’appela dans l’intimité de sa chambre pour me faire une déclaration expresse, m’annonça qu’il me léguerait certes quelque chose du matériel, mais qu’il me léguerait surtout un héritage spirituel consistant en la récitation d’un simple formule « Seigneur accorde-moi plus de savoir et accorde-moi une bonne compréhension. »
En ce jour si particulier pour la Nation France, je repense à mes longues heures passées dans la compagnie passionnante de mon grand-père maternel adoptif, sur le perron de la maison de mon enfance, ou encore à ses moments à passer à dormir dans son dos sur son vieux lit en bois de tamarin, au rez-de-chaussée de la maison familiale, je pense à la bienveillance dont il a fait preuve, doublée d’une formidable, inépuisable et immense générosité d’âme à mon égard.
En ce jour, je pense à ces migrants, mes arrière-grands-parents qui ont nourri le « rêve français », en leurs cœurs, pour gagner des terres français plus accueillantes dans l’Océan Indien que la mère patrie Indienne à laquelle ils étaient pourtant tant attachés, au sacrifice qui fut le leur de tout quitter, de sortir de leur zone de confort pour venir s’établir à La Réunion, partie de France en Océan Indien, non sans être passés par l’île Maurice ou Madagascar au préalable qui n’est pas sans me rappeler une version différente du « rêve français » des ancêtres de la plupart de mes ami(e)s hindou(e)s et tamoul(e)s.
En ce jour du 18 Juin, en cette veille de la Fête des Pères, je ne peux m’empêcher de penser à mes autres pères qui sont passés de vie à trépas : Tonton Sadek, Tonton Daoud & plus récemment encore Tonton Ismaël dit Papata, ces êtres sublimes et lumineux qui m’ont couvert d’affection et qui étaient, chacun, exemplaires dans la Voie qui fut la leur. Des visages qui me reviennent, des conversations qui les rappellent à nos souvenirs inaltérables, des scènes d’une extrême intensité émotionnelle, des échanges d’amabilités, des histoires racontées au fil de l’eau, des fou-rires à n’en plus finir, qui font autant partie de mon héritage selon lequel « le lien précède le bien matériel ». Faire le lien avec eux, c’est rester en contact avec des maillons de la chaîne d’Amour Inconditionnel qui se perd dans la nuit des temps certes, mais qui doit s’entretenir, au jour le jour, car, assurément, pour qu’une Nation soit forte, il faut que les familles qui la composent soient des familles rayonnantes de joie, et, pas uniquement de richesses à n’en savoir plus quoi faire. Notre noblesse ne résidant pas dans ce que nous possédons, mais étant bien ce que nous sommes face à la vie, face aux circonstances, face aux aléas, face aux vicissitudes du quotidien, face au mépris, face aux dénis, face à la condescendance, face aux fourberies, rester droit et tenir bon pour toujours faire société.


