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À la cité Kayamb, les Mahorais se sentent exclus du "vivre-ensemble"

L’association "La rue des familles de France" s’est rendue ce mercredi matin à la cité Kayamb à Saint-Louis pour préparer l’ouverture de son antenne à Mayotte. L’idée de cette visite est de présenter à son fondateur les erreurs à éviter pour le 101e département qui s’apprête à construire un grand nombre de logements sociaux. En plus de l’état d’insalubrité de la résidence, ils dénoncent une forme de ségrégation qui sépare les Mahorais du reste de la population, empêchant leur intégration.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le mercredi 9 novembre 2022 à 16H21

De gigantesques marmites sont alignées au pied des immeubles de la cité Kayamb. Les mères de famille du quartier commencent à préparer le repas pour le mariage qui doit se dérouler samedi prochain ici même. La cérémonie aura lieu en plein jour et la fête se fera au cœur de la résidence. 

Ces conditions ne sont pourtant pas le fruit d’un formidable esprit de quartier, mais d’une impossibilité à pouvoir faire autrement. Car ils n’ont pas réussi à obtenir une salle des fêtes et la résidence ne dispose pas d’un local multi-services, comme c’est le cas pour les autres quartiers de la ville. Une situation qui renforce le sentiment de rejet des habitants de la cité Kayamb, dont la très grande majorité est d’origine mahoraise.

Un quartier communautarisé malgré lui

Un manque de mixité sociale que dénonce Jimmy Mangué, le vice-président de l’association "La rue des familles de France 974". "Ce n’est pas normal. On crée des tensions. Plus de la moitié des locataires réunionnais qui étaient ici sont partis, car on n’a pas su créer le vivre-ensemble. On y a mis la communauté mahoraise et on voit qu’ils sont abandonnés dans un état déplorable. C’est injuste pour l’humain", se désole-t-il.

Selon lui, cette répartition des locataires mahorais dans la cité Kayamb n’est pas le fruit du hasard. "Ils savaient quand ils ont fait les attributions. Ils voient les noms revenir, c’est presque toujours les mêmes. Aujourd’hui, pour tout cacher, ils vont donner des numéros. Mais ce n’est pas normal, car les locataires ne sont pas du bétail", s’emporte Jimmy Mangué.

"La cité Kayamb était auparavant un lieu de mixité sociale. Aujourd’hui, on retrouve une centaine de logements avec une seule communauté. Comment ça se fait qu’on n’ait pas fait une mixité ? Il y a plusieurs communautés qui ne s’entendent pas. Ce n’est pas normal", ajoute Antoine Samy Araye, le président de l’association "La rue des Familles de France 974".

"Ici, c’est Bagdad à La Réunion"

Madi, une habitante du quartier, a une autre métaphore pour décrire ses conditions de vie. "Ici, c’est Bagdad à La Réunion. Personne ne veut vivre à Bagdad. Il n’y a même pas un endroit où les enfants peuvent jouer. Il n’y a aucun parc avec du gazon, tout est bétonné. Je dois couvrir les enfants pour éviter qu’ils se blessent s’ils tombent en jouant", déplore la mère de famille.

Si les extérieurs ne sont déjà pas accueillants, les bâtiments sont dans un état déplorable. Les murs s’effritent, le réseau électrique est à refaire et les infiltrations d’eau sont monnaie courante. Les habitants doivent sans cesse faire jouer leur assurance pour refaire des travaux dans leur appartement, alors que l’origine des problèmes vient de la structure du bâtiment.

Le danger est omniprésent pour les habitants et particulièrement pour Roger*, l’un des derniers Réunionnais du quartier. En raison de l’effritement du balcon surplombant son jardinet, le sexagénaire risque sa vie à chaque fois qu’il sort. Celui qui vit dans l’appartement depuis son inauguration a vu la cité dépérir au fil des années. Lassé des promesses, il jure qu’il enverra promener le prochain qui viendra lui parler de la rénovation de la cité.

Aider à l’intégration

L’enjeu pour l’association est de permettre aux habitants de vivre dans des logements décents et d'aider à leur intégration. Car ils l’affirment, cette situation est loin d’être une fatalité. "Il faut faire en sorte qu’ils apprennent à vivre dans un appartement. Vous savez, nous, enfants de La Réunion, nous vivions dans des maisons individuelles. On a eu du mal à s’intégrer dans des appartements, ça a pris du temps. Pour eux, c’est pire que nous, car ils ramènent leurs coutumes et ils ne sont pas adaptés", souligne le président de l’association.

Pour illustrer son propos, il présente le travail qui a été fait à la ZUP du Port où "l’on a redonné cette dynamique sociale avant de lancer la grande réhabilitation du Port. Avant cette réhabilitation, il fallait intégrer les gens dans un nouveau vivre-ensemble". A contrario, il cite le cas de la cité Fayard à Saint-André où rien n’a été préparé dans ce sens.

Mais pour agir, Antoine Samy Araye sait qu’il doit avoir le soutien des locataires de la cité Kayamb, mais également de tous les logements sociaux. Si ces derniers ne se mobilisent pas lors des élections des représentants auprès des bailleurs sociaux, l’association aura du mal à agir. "Il faut qu’ils votent, sans quoi on donne une force incroyable aux bailleurs. Nous avons 80.000 logements sociaux à La Réunion et seulement 20% qui vote"; regrette-t-il.

En espérant des jours meilleurs, les habitants font contre mauvaise fortune bon cœur. Vendredi, une grande partie des habitants ont prévu de nettoyer le quartier pour le mariage. Un évènement qu’ils espèrent transformer en un beau souvenir, malgré les conditions.

*Prénom d'emprunt

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