Premières courses avec les "produits solidaires" et premières réactions

Paradoxal. C'est le mot qui vient à l'esprit en recueillant les quelques témoignages de ménagères et de couples venus faire leur course en ce premier jour de changement des prix en rayons.
Notre choix s'est porté sur le "vieux" Score du centre ville du Port, celui-là même dont les vigiles avaient dû baisser rapidement les grilles le soir du regroupement devant la SRPP. Rappelez-vous, une bande de jeunes mécontents du discours de Jean-Bernard Caroupaye avaient décidé de "descendre" en ville. Le Score se trouvant à 500m de la zone industrielle...
Premier constat : l'enseigne que nous avons choisi joue le jeu pleinement. Les mini-affichettes sont on ne peut plus visibles. Sur le même linéaire, on peut à la fois trouver des affichettes "Prix Cospar, 1er prix", et les "Prix réduits de la marque de distributeur", rien que ça.
Il a souvent été reproché aux produits Cospar d'être camouflés, ou très mal aiguillés. Les "produits solidaires" sont eux très visibles. Pas assez pour certains. "N'aurait dû mettre ce band produits devant une plus grande étiquette. Mi vient de rent' dans le supermarché et moin la venu pou ça même", explique Rose-May. Plus loin, Carine, accompagnée de sa fille, montre du doigt son caddie qui contient un poulet ti gayar à 10 euros. Elle n'a donc pas choisi le Crête d'or à 600g, qui se trouve être le seul et unique produit de cette gamme à baisser de 40%. Quant à l'étiquettage, elle ne l'avait pas repéré.
"Eduquer les consommateurs"
Nous sortons de la grande surface pour questionner ceux qui sont déjà passés à la caisse. Christelle, la trentaine, commence à charger son coffre. "J'ai fait mes courses comme d'habitude. J'étais pourtant au courant de la baisse des prix, mais bon... ce n'était pas vraiment les produits qui m'intéressaient", témoigne-t-elle.
Toujours sur le parking, Marthe, retraitée, nous dépeint sa vision de la société réunionnaise. "J'ai pu vivre à l'étranger, j'ai voyagé. Quand je suis revenue à la Réunion, tout avait changé", assure-t-elle. En bien ou en mal, demande-t-on. "En mal ! Je pense que la question de la vie chère est surtout liée à l'éducation des personnes. Quand je viens dans une grande surface, j'y viens avec ma liste, je ne fais pas d'écart. En tout, je me fixe 100 euros par semaine. J'ai par exemple acheté une barquette avec différentes salades : de la mâche, de la roquette... parce que j'aime ça, je suis très produit "de la terre", je fais d'ailleurs partie d'une association dans ce domaine. J'en ai eu pour 3,75 euros. Ca me fait 3 salades. Assez pour une semaine. Nous sommes deux à la maison. Quand les enfants viennent, évidemment, ils veulent autre chose, mais je pense que les jeunes parents sont aussi tentés de faire absolument plaisir à leur enfant, alors ils ne disent jamais non. Il faut se fixer un quota lorsque l'on vient ici". Parole d'ancien.
Garée à deux pas des portes du supermarché, la famille Boinali Bora ressort avec, chose exceptionnelle, tous les chiffres de leurs achats en tête: "Le sachet de riz demi-luxe de 10kg c'était 10,50 euros, la farine 89 centimes, nous faisons attention à tout". Mais concernant le riz précisément, cette famille a raté le seul produit qui a baissé (-15%) mais se trouve être du riz de luxe à 5kg. Ce qui n'était pas le premier choix du couple. "Mais les produits ont augmenté ailleurs", à en croire le couple qui "n'a pas fait attention" aux nouveaux "produits solidaires".



